mardi 5 août 2008

Back in Uzbekistan (last 24h)

De retour à Samarcande, nous avons l'agréable surprise de changer de quartier. Non pas que le premier ne nous plaisait pas, mais notre nouvel hôtel est à deux pas du mausolée Gour Emir auquel nous voulions justement repasser !

En fin d'après-midi, Brigitte et moi, décidons d'aller voir de plus près la statue de Tamerlan. En chemin, nous visitons le mausolée Rokhabad, beaucoup plus simple que le Gour Emir mais non sans charme. Sa cour intérieure renferme quelques boutiques. Nous sommes tentées par de petits bols colorés en céramique qui ne sont qu'à 1$ mais nous ne sommes pas sûres qu'une fois rentrées nous ne regretterons pas cet achat d'impulsion. Je ne suis pas convaincue que Flo et Xav seront ravis d'exposer ça dans leur salon...

Le ciel ce soir est nuageux mais la lumière n'en est que plus belle. Après avoir marqué notre respect à Tamerlan, nous passons devant un couple de statues représentant Ouloug Beg et son maître. Inévitable crochet par le Réghistan dans les jardins duquel les familles viennent se promener à la tombée du jour. Nous poussons jusqu'au bazar de Tchorsu en quête d'un dernier petit souvenir mais il est déjà fermé. Il est temps de rentrer si on ne veut pas être en retard pour dîner. Dernier petit détour par le Gour Emir. Nous sommes à nouveau en admiration devant ses mosaïques travaillées.

Après dîner, nous sommes bien décidés à célébrer dignement notre dernier soir à Samarcande autour d'une bonne bouteille de vodka. Lionel et Guillaume on repéré le quartier étudiant et ses bars dans l'après-midi. Nous y retournons donc, mais à nouveau tout est fermé. Où sortent donc les habitants à la nuit tombée ? Mystère.

Nous revenons donc bredouilles vers notre hôtel. Sur la place du Gour Emir, une petite épicerie reste ouverte. Quelle chance, nous décidons donc de lui acheter quelques provisions de bière bien fraîche, une bouteille de vodka et du jus de pomme. Nous allons chercher des verres à l'hôtel et réveillons au passage les aubergistes qui dorment sur une paillasse dans la cour. Ils nous précisent que le petit déjeuner sera à 7h15. Pas de problème.

Par contre, pas question de faire du bruit dans la cour de l'hôtel où tout le monde semble déjà couché. Qu'à cela ne tienne, le petit muret d'enceinte du Gour Emir fera parfaitement l'affaire. Le site est très beau avec son éclairage de nuit. Quelques jeunes sont assemblés pour discuter. De rares touristes noctambules ou des couples d'amoureux viennent s'aventurer par ici pour goûter au romantisme du lieu. C'est particulièrement vrai ce soir où la lune est pleine au dessus de la coupole. Nous tentons d'immortaliser ça mais il faudrait vraiment un trépied avec le faible éclairage de la lune. L'idée y est.

Nous avons vraiment l'air d'une bande d'étudiants fauchés à boire nos bières dans la rue ! J'espère qu'on ne va pas se faire ramasser par les flics pour ivresse sur la voie publique, pas trop envie de passer la nuit au poste... En fait, l'endroit semble le point de rendez-vous d'un petit trafic. En effet, nous voyons de temps en temps une voiture, arriver en trombe, freiner en crissant des pneus, avec à son volant un homme complètement ivre. Il se pourrait bien que le petit groupe de jeunes, qui discute gentiment à côté de nous, soit en fait une bande de dealers... En tout cas, ils ne nous ont pas posé de problèmes et nous avons fini la soirée joyeusement.

Le lendemain, bouclage des paquetages et petit déjeuner dans la cour. Nous sommes assaillis pas les guêpes et pouvons à peine toucher à nos tartines et nos oeufs au plat. Nous mettons la confiture à distance mais rien n'y fait. C'est insupportable, nous quittons la table. En plus, les aubergistes n'étaient pas vraiment sympathiques. La femme faisait même franchement la gueule en nous servant. Nous avons donc hâte de décoller.

La route est longue et monotone jusqu'à Tachkent. Il fait très chaud dans le minibus et le chauffeur ne veut visiblement pas mettre la clim malgré notre demande. Il préfère rouler avec les fenêtres grandes ouvertes. Je suis assise derrière lui et, avec la vitesse, sur la voie expresse, je me prend plein d'air (chaud) dans la figure. Je m'emmaillote donc le visage dans mon cheich pour me protéger mais je n'en peux vraiment plus et je vais finir par perdre mes lentilles si ça continue. Je me cache donc les yeux pour les protéger. J'ai fini par obtenir gain de cause : hourra !

Enfin, nous nous arrêtons pour déjeuner. Ce n'est pas tant qu'on a faim, on est tellement nourri dans ce pays qu'on a jamais faim avant de manger ! C'est plutôt qu'on est tellement content d'avoir avalé la route. Pour nous remettre de la fatigue de la route, rien de tel que de belles brochettes, pas de soupe merci ça ira, avec la chaleur qu'il fait, on s'abstient volontiers, sans compter que, vu la taille des brochettes, il faut faire un choix !

De nouveau attaqués par des guêpes, un véritable fléau. Elles sont surtout attirées par le melon et la pastèque, juteux à souhait, et il faut se battre pour avoir sa part. Pas de quartiers, Joëlle assassine cruellement une guêpe en l'écrasant sous son verre. Bien fait, et que ça serve de leçon aux autres, non mais !

Arrivés à l'aéroport, nous faisons nos adieux à Bakhrom qui attend prudemment à l'extérieur pour s'assurer que l'on n'a pas de problème à l'enregistrement. Joëlle fait les 100 pas car elle a les jambes qui ont enflé avec la chaleur. Je regarde les pieds de Brigitte, idem. Mes mollets, deux poteaux, je ne les ais jamais vus comme ça, et on n'est pas encore monté dans l'avion ! On cumule les effets d'être redescendu des hauteurs du Tadjikistan et d'avoir retrouvé les 40°C de l'Ouzbékistan. C'est là qu'on aurait bien besoin d'un ruisseau descendant des glaciers pour se faire un petit bain de pieds !!!

mardi 29 juillet 2008

A bout de souffle ? si peu... à couper le souffle, surtout !

Changement de décor. Après les villes sublimes de la route de la soie, nous gagnons les flancs escarpés du Petit Pamir, massif montagneux à l'ouest du Tadjikistan, pour un trek de 5 jours.

Finis les maisons d'hôtes, les douches, les lits rembourrés, les minibus climatisés, la gastronomie orientale, la chaleur pesante des nuits. Chaussez vos chaussures de randonnées, arrimez vos sacs à dos, et suivez-nous pour 6 à 7 heures de marche par jour, avec des dénivelées de 1000 mètres à la montée + 1000 mètres à la descente, pour découvrir des lacs émeraudes, des glaciers perchés à plus de 5000 mètres d'altitude, des ruisseaux qui dévalent les pentes, des fleurs mauves, jaunes et roses, le braiment des ânes au réveil, mais surtout l'accueil des bergers avec un bol de lait caillé, les rencontres avec les paysans qui utilisent toujours la faucille pour les travaux des champs, les femmes qui lavent les tapis dans les lacs où il ne fait pas bon tremper ses orteils, les enfants qui font des kilomètres pour porter l'eau du puits au campement. Vous verrez, ça en vaut la peine, même si, oui, c'est vrai, il faut se doucher à l'eau froide descendue des glaciers, manger du pilaf et de la soupe aux choux presque tous les jours, dormir sous la tente, grelotter dans son duvet, supporter le mal des montagnes, la crève et la tourista. On en revient émerveillé, le sourire aux lèvres et le cœur oxygéné comme jamais !

Jour 1 de Pendjikent à Artouch
Après avoir passé la frontière (cf. le dernier épisode du message 'La vie en bleu'), nous montons à bord d'un ancien minibus de l'armée, haut sur pattes et tout terrain. A bord, notre équipage tadjike : Affreidin dit Alfred, notre guide de montagne, qui est étudiant en langues (Anglais + Coréen s'il vous plaît !) à Douchanbe pendant l'année scolaire, Asslidi (désolée pour l'orthographe des prénoms, je fais ça phonétiquement...), notre chef muletier, son jeune apprentis (14 ans à vue de nez), et notre cuistot un peu taciturne. Pendant le trajet, Bakhrom peaufine son Tadjike, tandis qu'Alfred, très liant, discute en Anglais avec Daniel. De mon côté, j'ai le regard rivé sur le paysage qui défile. Nous longeons une immense vallée avec au fond des montagnes ocre rose, dans la large vallée des champs de tournesols, qui exceptionnellement, tournent le dos au soleil, des vignes, et partout des paysans qui travaillent dans les champs. Ici, c'est encore sous le modèle communiste. On travaille donc en commun.

Nous prenons peu à peu de l'altitude, la route se rétrécit et devient de moins en moins carrossable. Mais notre chauffeur et notre camion sont à toute épreuve. Ils franchissent les nids de poule, et escaladent les pentes les plus improbables avec une dextérité surprenante. Le ravin n'est pas passé loin, mais on arrive sans encombre à Artouch, petit village qui marquera le début de notre trek, à la tombée du jour. Nous sommes accueillis dans une auberge toute neuve par une aimable famille où les enfants jouent les timides, tandis que les hommes déchargent nos sacs et que les femmes s'affairent pour nous préparer un bon thé. Le site est charmant, murs en pisé, jardin potager, verger planté de pommiers, peupliers en bordure de route, le tout encaissé entre les montagnes. C'est de bon augure.

La salle à manger comporte une grande baie vitrée mais un carreau est cassé et déjà ça fraîchit. On enfile les polaires pour la première fois depuis l'avion. Après un bon dîner, l'extinction des feux est rapide : alors que je vais me brosser les dents, les garçons sont déjà emmitouflés dans leurs duvets dans la salle à manger. Les filles ont une petite pièce à part et prennent un peu plus de temps. Il faut refaire les sacs intégralement car évidemment, c'est déjà le bordel après une semaine à crapahuter, et en plus on va changer complètement d'équipement : ce qui était au fond du sac passe sur le dessus, et vice versa. On finit par éteindre et sombrer du sommeil du juste.

Jour 2 d'Artouch au cirque de Koulikalon (2800 m)
Le lendemain de bonne heure, on est sur le pied de guerre. Joëlle appréhende un peu pour sa cheville. Mais le guide nous rassure, le premier jour c'est facile. Par contre, le deuxième jour ce sera plus difficile... Les bâtons de randonnée sont prêts, les gourdes sont remplies d'eau bouillie (avec un petit Micropur quand même, deux précautions valent mieux qu'une), on peut y aller. Nous commençons par un joli petit chemin au fond d'une vallée verdoyante. Nous longeons les champs et déjà les paysans sont au travail. Ils font une pause pour nous regarder passer et certains nous font de grands signes amicaux. Je suis en pleine conversation avec Alfred et n'ose pas l'interrompre pour prendre des photos.

Je rallie Joëlle pour m'assurer que tout va bien. Pour l'instant, ça va. Puis, j'attends Brigitte qui n'arrête pas de prendre des photos. Nous papotons avec Bakhrom et sommes rejoints par un jeune garçon sur son âne. Il est ravi de poser pour la photo et semble nous attendre à chaque tournant. Puis, il est fier et amusé d'appliquer un bon coup de badine sur le dos de son âne pour le faire repartir au trot. La pente s'accentue, on commence à grimper.
Nous croisons une gentille famille, les femmes et les jeunes filles portent longues tuniques aux couleurs vives, rose fuchsia, rouge, qui ressortent sur le vert des prés, et les photographions. Nous repartons, mais la petite fille nous court après en nous criant de nous arrêter, un bol de lait caillé tout frais à la main. Nous ne nous faisons pas prier et acceptons cette aimable offrande.

Un peu plus loin, nous rencontrons un autre groupe, qui redescend enchanté d'un trek de quelques jours, et nous dit que les paysages sont vraiment superbes, et que ça vaut le coup de se baigner dans les lacs de montagne. Par contre, ils ne nous cachent pas que l'on va souffrir dans la montée. En effet, la chaleur arrive juste au moment ou nous attaquons une bonne grimpette le long d'un torrent au bord duquel des vaches broutent l'herbe fraîche au milieu des petites fleurs jaunes. Certains commencent à souffrir de la chaleur. Brigitte peine de plus en plus. Elle n'avait pas prévu de partir en trek, car au départ elle ne devait faire que l'Ouzbékistan sur un autre circuit.

Tant bien que mal, on avance, mais c'est dur pour un premier jour. Ça grimpe de plus en plus raide et c'est l'heure chaude. Brigitte s'arrête de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, et quand elle repart, c'est tout doucement. Ça m'inquiète. Lionel sort les barres de céréales à la pause et ce n'est pas de refus, on a besoin de recharger les batteries. Mais Brigitte n'arrive même pas jusque là. Elle reste à l'ombre en contrebas derrière un rocher. Comme elle n'arrive toujours pas, je laisse mon sac a dos et redescend le raidillon pour aller voir ce qui se passe. Lionel m'arrête pour lui apporter une barre de céréales.

Brigitte n'est pas bien du tout. Elle a fait une chute de tension, ce qui lui arrive de temps en temps, mais là ça tombe vraiment mal. Du coup, elle n'a plus de force dans les jambes, elle voit des petits papillons et n'arrive pas à se reposer suffisamment à chaque arrêt. Je prends son sac à dos pour la soulager un peu et l'encourager à continuer. De toute façon, il n'y a pas vraiment le choix... On va y aller tranquillement. Heureusement, on arrive bientôt sur le plat et c'est la halte déjeuner. Nous engloutissons 1 morceau de concombre, 1 tomate, 1 morceau de fromage, 1 oeuf dur, 1 saucisse type Knacki, et une tranche de saucisson à l'ail : bien calorique et bourratif histoire de vous remettre d'aplomb !!!

A peine 1/2h pour se faire une petite sieste digestive en essayant de trouver un coin d'ombre, et ça repart en plein cagnard pour une nouvelle grimpette. Nous arrivons au col avec une vue magnifique, et nous attendons tranquillement que les ânes nous rejoignent avec nos paquetages. Puis nous redescendons de l'autre côté et traversons une large vallée paradisiaque où se suivent de petits lacs couleur émeraude dans lesquels se reflètent des pins noueux. Ça sent bon la Provence ! C'est donc la récompense de cette journée "facile". Nous débouchons finalement vers 15h30 sur le cirque de Koulikalon. Petit ruisseau serpentant sur un green magnifique, entouré de sommets enneigés.

On se déchausse et on marche pieds nus dans l'herbe épaisse et tendre, Joëlle se précipite pour un bain de pieds plus que rafraîchissant dans le ruisseau, Brigitte ne bouge plus et attend que le soleil décline tranquillement. Il faut quand même se relever pour dresser les tentes. Brigitte et moi avons la chance d'avoir une tente neuve. Par contre, elle est assez compliquée à monter. Mais avec l'aide d'Alfred, on s'en sort. On est tellement sonnées que la tête nous tourne dès qu'il faut planter une sardine. Heureusement, elles s'enfoncent bien dans le gazon.

Brigitte et moi somnolons et papotons tout l'après-midi au soleil. Pendant ce temps, Guillaume, qui a la bougeotte, est parti explorer la prairie. Joëlle, motivée, prend sa serviette et ses affaires de toilette pour tenter une baignade dans le lac. Elle revient bredouille car l'eau est stagnante. Elle se replie sur le ruisseau qui offre, paraît-il, un coin baignade bien agréable. Ouaif.

En fin d'après-midi, alors que le soleil décline, Brigitte et moi nous motivons pour aller jeter un œil au coin baignade avant que la température ne baisse. Glaciale, l'eau !!! J'y vais jusqu'à mi-mollets pour ressortir au bout d'une minute à peine, tétanisée. Je vais mettre une bonne demi-heure à me réchauffer les pieds. C'est saisissant. Ça fait comme plein de petites aiguilles. Impossible. Je finirai le reste aux lingettes. Dire que je n'ai pas eu le temps de me laver les cheveux la veille du départ, c'est la cata !!!

Depuis un moment, nous entendons tonner. On espère que le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, par Toutatix... En fait, c'est pire que ça, tout d'un coup, un énorme coup de tonnerre se fait entendre. Nous levons la tête et avons juste le temps de voir un monceau de neige faire une chute vertigineuse du haut du glacier en bas de la falaise. C'est la première fois de ma vie que je voyais une avalanche. Avec les différences de températures, le glacier fond, craque et s'effondre. Inutile de vous dire que tout s'est passé très vite et que je n'ai pas eu le temps de prendre une photo pour immortaliser l'instant ! Mais pour vous faire une petite idée, le petit tas de neige en bas de l'image à gauche, il était accroché en haut quelques secondes plus tôt...

Guillaume revient au moment de l'apéro (vous entendrez thé vert, raisins secs, noyaux d'abricots salés, véritables petits beurres sans beurre, cacahuètes et noix). Il est ravi de sa ballade qui l'a mené en haut de la colline qui domine la prairie. Une bonne petite grimpette quand même... Nous sommes rejoints par un voisin, oui figurez-vous qu'à 500 mètre de là trois copains, dont deux amateurs de pêche à la ligne qui sont venus faire du trek dans la région, ont établi leur campement. L'un d'eux parle Tadjike, ça aide. Notre visiteur, lui, est Pyrénéen et bien sympathique. En tout cas, ils semblent avoir une grosse patate, et pas froid aux yeux.

Dès que le jour tombe, la température chute brusquement. J'enfile ma polaire, puis mon pull, puis je passe la doudoune. Ça promets pour la nuit. Nous ne traînons donc pas après le repas. On rentre chacun chez soi sous la tente pour une bonne nuit de sommeil après cette rude journée. Enfin, c'était un peu présumer de la fraîcheur et de l'humidité ambiante. J'ai l'impression de passer la nuit à essayer de trouver une position dans laquelle je pourrai réchauffer mon duvet. Rien à faire. L'air et l'humidité semblent passer au travers. Je n'ai aucune sensation d'avoir dormi malgré les épaisseurs. Il faut dire que je me suis trompée de duvet en partant. J'ai pris un vieux duvet qui a facilement mon âge, si ce n'est plus, au lieu de celui qui résiste à -5°C. Ça m'apprendra à faire attention !

Jour 3 Montée au col Aloudine (3750 m) et bivouac au bord du lac Aloudine

Je sors donc à l'aube et je me rapproche du feu que le cuisinier a déjà allumé pour préparer le petit dej. J'ai de l'avance, mais ce n'est pas grave. Je profite de la superbe lumière du soleil qui se lève sur les sommets. Aujourd'hui, il ne faut pas lésiner sur le petit dej, c'est LA journée difficile du trek. Je me force donc à prendre trois tartines de confiture : celle aux coings est délicieuse, celle aux cerises n'est pas mal non plus, mais super liquide, on s'en fout partout ! Brossage de dents au-dessus du ruisseau, et c'est parti. Brigitte voudrai partir avec les muletiers pour aller plus doucement, mais ils préfèrent qu'elle parte avec nous.

Nous commençons tranquillement et longeons plusieurs lacs qui font tâche d'huile et reflètent les sommets enneigés. Bakhrom, qui vient pour la première fois au Tadjikistan, est sous le charme et me demande de lui envoyer les photos que j'ai prises. Effectivement, c'est terriblement beau. Progressivement, nous prenons de la hauteur. Et nous commençons à attaquer les choses sérieuses. Un petit sentier bien raide. Nous sommes rejoints par la chaleur. Brigitte commence à montrer des signes de faiblesse. Je marche un peu avec elle pour lui donner du courage. Mais elle préfère s'arrêter et attendre les muletiers.

Nous continuons donc, mais un peu inquiets quand même de laisser Brigitte sur le bord du chemin. Et ce, d'autant plus que Guillaume manque de se faire attaquer par un chien de bergers, qui pense qu'il constitue une menace de taille contre son troupeau de chèvre. Nous avançons donc groupés, prudemment, et Affreidin fait signe aux bergers de tenir leur chien. Ils sont pénards, allongés au soleil, à papoter, dans un site magnifique. Pas mal la vie de berger !

Arrivés à leur hauteur, nous réalisons que ce que nous avons monté jusqu'ici n'était rien, un véritable mur apparaît devant nous. Ca nous flanque un coup au moral. Dire qu'il va falloir grimper tout ça... La seule chose rassurante, c'est l'herbe bien verte et les petites fleurs. Mais, les choses se compliquent. En effet, je commence à me sentir un peu faible. Or, je ne peux pas participer à la tournée de prunes gentiment proposée par Bakhrom, pour cause de tourista. Affreidin me dit qu'ils n'ont rien d'autre, ce qui m'étonne un peu parce qu'ils doivent bien avoir un petit morceau de pain pour le pique-nique. Soit, je continue mon chemin en rongeant mon frein.

Je me sens de plus en plus faiblarde. Au fur et à mesure de la montée, je prends du retard par rapport au groupe, et c'est maintenant moi qu'ils doivent attendre à chaque pause. Quand j'explique à Bakhrom, qui me demande ce qui ne va pas, que je suis en hypoglycémie, il me déniche un bonbon bien chimique, mais c'est exactement ce qu'il me fallait, et je le remercie en savourant le sucre qui me redonne un peu de forces. Le problème, c'est que je n'arrive toujours pas à avancer à mon rythme habituel. Je n'ai plus de force dans les jambes et je suis obligée de faire des pauses quasiment à chaque tournant.

En réalité, il n'y a pas de lacets sur le chemin, il attaque la montagne en ligne droite. Les Tadjikes n'ont pas l'air d'avoir besoin de réduire la déclivité de la pente. Ils attaquent à flanc de côteau. Je me crée donc mon propre chemin "hors piste" pour que ça monte moins raide. Du coup, je n'optimise pas forcément ma trajectoire, ni le relief. Les autres prennent de plus en plus de distance. Et, plus on avance, plus on découvre qu'en réalité le col est plus haut qu'on ne pensait car une partie de la montagne était cachée derrière une tuce. Déprimant...

Je commence à réaliser que nous sommes à plus de 3500 mètres et que nous n'avons pas vraiment fait de palliers pour nous accoutumer à l'altitude. Ce que je prenais pour de l'hypoglycémie pourrait bien être un début de mal des montagnes ou, en tout cas, les effets de l'altitude... Voir les autres si haut, si loin, est décourageant. Cahin, caha, je finis par arriver au col. Petite pensée pour Brigitte. Je ne sais pas comment elle va faire, toute seule, pour trouver le courage de monter tout ça. Pourvu qu'elle ait retrouvé les muletiers !

La vue est spectaculaire. Les sommets alentours sont tous enneigés. De l'autre côté du col, nous découvrons, quelques 1000 mètres plus bas, le lac qui nous attends pour bivouaquer. C'est là qu'on se dit qu'on n'a pas fini, après les 1000 mètres en montée, la descente. Nous appréhendons tous un peu. Daniel commence à avoir sa tendinite qui se réveille. Joëlle va tester la résistance de sa cheville à l'épreuve des cailloux. J'espère que mes genoux ne vont pas me lâcher... La descente ressemble un peu trop aux 900 mètres de dénivelées du GR 20 Sud, sauf que cette fois, il n'y aura pas de bergerie avec du vin chaud à l'arrivée !

Nous commençons la descente et c'est périlleux. Le début est très raide. On s'accroche aux bâtons et on y va doucement. Un peu plus bas, Affreidin nous arrête pour la pause déjeuner. Je donne ma tomate et mon concombre à qui veut, et je me replie sans enthousiasme sur mon oeuf dur et le saucisson à l'ail. Bakhrom me force à prendre une sardine à l'huile, qui se marie merveilleusement bien avec ma Knacki, mais je ne vais pas faire ma difficile, il faut reprendre des forces.

Ensuite, on cherche désespérément l'ombre pour une petite sieste. Les places sont déjà prises alors je m'abrite tant bien que mal sous mon cheich. Je n'y tiens plus, je cuis. Je prends donc la place de Joëlle qui est venue s'installer à côté de moi au soleil car elle avait froid à l'ombre ! Pas de demi-mesure avec ce climat. A peine 1/2h et déjà Affreidin nous fait signe pour repartir. Mais il n'est qu'1h30. C'est la pire heure pour marcher. En plus, on voit le lac, on va arriver au plus tard à 3 heures 1/2 si on repart maintenant. Pourquoi se presser ?

Nous sommes inquiets pour Brigitte et Joëlle pousse Affreidin à remonter au col pour lui aporter son pique-nique. Elle doit mourrir de faim, et en plus on voudrait être sûrs qu'elle a bien retrouvé les muletiers. Quand même, c'est vache il y a une bonne remontée à se faire. Mais bon, il est jeune et entraîné. Pour lui, ce n'est pas grand chose. Nous repartons donc avec Bakhrom à peine 10 minutes plus tard. C'est tout ce qu'on a réussi à négocier.

Nous croisons 3 alpinistes russes équipés chacun d'un bardas qui doit bien peser 15 à 20 kg. Ils affrontent donc le chemin que nous sommes en train de descendre, en sens inverse. Monter une pente pareille, en pleine chaleur, avec les sacs sur le dos, motivés les gars. Le troisième compère est une femme qui semble épuisée. Déjà que les mecs avaient l'air de souffrir. Elle est au bout du rouleau. Elle semble se demander ce qu'elle est venue faire dans cette galère. Suivre son copain, sûrement. Je crois que c'est la dernière fois pour elle...

Ensuite, la pente s'adoucit un peu. Je pique donc un sprint pour me venger de mes difficultés à la montée. Profitant de mon avance, je m'arrête quand même avant l'arrivée, un bon moment, en surplomb du lac pour admirer la vue. Lionel puis Guillaume me rejoingent et continuent leur chemin. J'attends encore un peu pour profiter du site avant de repartir. Arrivés au bord du lac, nous sommes accueillis pas les muletiers et la tente du groupe Allibert. Ils sont arrivés avant les nôtres pour réserver le campement au meilleur emplacement. Nous comprenons maintenant pourquoi notre guide nous faisait presser le pas ! Je profite d'attendre les autres pour me faire un bon bain de pied dans le ruisseau. Pas besoin de rester longtemps pour sentir l'effet : quelques secondes suffisent vu la température. Daniel puis Joëlle finissent par arriver avec Bakhrom.

On papote un peu, on se repose. Et nous sommes tout étonnés de voir débouler à peine un peu plus tard Affreidin suivi de Brigitte et des muletiers. Quelle surprise ! On ne les attendait pas si vite. Ils ont bien dépoté dans la descente. En effet, si les ânes traînent la patte à la montée, ils cavalent en descente. Brigitte nous explique qu'elle n'avait pas faim et a sauté la pause déjeuner. Elle a juste pris quelques fruits pour faire plaisir à Affreidin qui lui avait porté son casse-croûte. Elle a donc enchaîné la descente en compagnie des muletiers qui lui donnaient la main. Elle a dévalé la pente en toute sécurité puisqu'ils lui servaient de rempart en cas de faux pas. Impressionnant ! En tout cas, nous sommes contents qu'elle soit arrivée sans trop de problèmes.

Après, une petite pause, il faut se rechausser car nous allons bivouaquer un peu plus loin. Nous longeons donc de petits lacs et arrivons au bord d'une rivière qui se divise en plusieurs bras. Un peu d'aide à la traversée n'est pas de refus. Nous gagnons l'ombre des grands arbres et cherchons un endroit pour la tente. Pas terrible le sol aujourd'hui. Plein de cailloux. Les sardines ne s'enfoncent pas. On utilise des pierres. Mais notre tente claque à tout vent. Tant pis, ça fera l'affaire.

Commence maintenant, l'épopée de la douche. Cette fois-ci, je décide de prendre mon courage à deux mains et d'y aller sans attendre pour profiter du soleil. Je traverse des éboulis de cailloux pour me rendre au lac le plus proche. Avec les tongues de marche c'est beaucoup moins évident qu'avec les chaussures montantes ! Je croise Joëlle qui a pris un chemin qui a l'air plus pratiquable. Affreidin arrive de façon inopinée sur son âne et m'indique par où passer. Je trouve un petit spot sympa, mais déjà gagné par l'ombre, pendant que Joëlle, un peu plus loin, profite encore des rayons du soleil.

J'ai apporté mon gant de toilette et vais donc pouvoir faire un peu mieux qu'hier. J'ai également pris une petite bassine pour tenter le lavage de cheveux. Pour la douche partielle (je reste quand même en sous-vêtements car nous ne sommes pas loin du chemin, en effet quelqu'un passe mais sans trop mater), avec le gant de toilette ça va. En revanche, ça ne va toujours pas être possible pour les cheveux ! Ils sont tirés aux maximum, je ne les supporte plus...

Ca y est, on peut enfin se poser et profiter du reste de la soirée. On discute, on lit un peu, on glandouille quoi. Ca fait tout bizarre de ne rien faire. On attend tranquillement l'apéro. Cette fois-ci je me méfie des cacahuètes, des raisins secs et des noix pour garder un peu de place pour le repas. Malgré tout, une demi-portion suffit largement à me contenter. Epuisés, nous ne tardons pas à rejoindre les tentes après avoir assisté à un magnifique lever de lune.

Jour 4 Montée vers le lac glaciaire Moutnye (3500 mètres)
Après une nouvelle nuit mouvementée, - La tente n'a pas arrêté de faire du bruit car la sur-tente était mal fixée. Et en plus, on était en pente, si bien que je me suis réveillée recroquevillée dans mon duvet et occupant 1/3 de mon matelas ! Bref, les joies du camping... - je suis prête avant tout le monde pour assister au lever du soleil sur les sommets, très belle lumière.

La bonne nouvelle, c'est que nous n'avons pas à refaire les sacs ni à démonter la tente, ce soir nous dormons au même endroit. Super. Brigitte décide de passer la journée au campement avec Lionel qui est malade (encore une victime de la tourista). Ils iront faire un petit tour dans l'après-midi s'ils se sentent le courage.

En fait, on ne peut pas vraiment faire ce qu'on veut. Affreidin les engage à faire le début de la ballade, qui est facile, avec nous jusqu'à un petit lac. Ils s'arrêteront et rentreront avec Asslidi quand ça commencera à grimper plus raide, car il y a ensuite beaucoup d'éboulis de cailloux prévus au programme. Marché conclus. On part donc, à la fraîche et à l'ombre, sur un petit chemin tranquille qui longe les lacs.

On commence à grimper un peu et je retrouve mon ami le mal des montagnes. Lionel, blanc comme un linge, Daniel, poursuivi par sa tendinite, et Brigitte, toujours pas vaillante, vont en rester là. Ils ont vu le lac, qui à cette heure-ci ressemble plutôt à une grande mare aux canard (sans les canards) car il est à l'ombre, et sont donc un peu déçus mais bien décidés à ne pas faire un pas de plus.

Joëlle, qui s'était beaucoup entraînée pour ce trek, résiste drôlement bien malgré sa cheville, et décide de continuer. Guillaume, lui, est toujours partant pour crapahuter. Bakhrom avance doucement mais sûrement. Affreidin, un vrai cabri. Quand à moi, j'ai connu meilleure forme, je me mouche toutes les deux minutes, toujours la tourista qui se fait sentir, plus les effets de l'altitude. Mais, il est à peu près hors de question que je n'aille pas jusqu'au bout.

L'éboulis de cailloux est, comme on pouvait s'y attendre, raide et fatiguant, mais les sommets enneigés nous donnent du coeur à l'ouvrage, et on avance donc sans rechigner. Je traîne un peu la patte mais c'est plus le problème d'altitude que de la vraie fatigue. Nous arrivons au niveau d'une plaque de neige qui est plus noire que blanche à cause de la poussière. Bakhrom s'amuse comme un petit fou et tente de faire du ski. La montée continue de plus belle et on passe à côté d'un grand cairn qui nous indique que nous sommes sur la bonne voie. Les sommets sont de plus en plus impressionnants.

On monte encore, toujours dans ces éboulis de pierre. Attention aux chevilles. A chaque fois qu'on pense arriver au sommet, on découvre que celui-ci est plus loin. A chaque fois, on se fait avoir. Malgré l'altitude, on trouve encore de jolies petites fleurs jaunes, mauves ou roses. Ca me redonne du courage. En regardant derrière nous, on peut admirer le lac d'où nous sommes partis, tout en bas, tout en bas. On a bien monté 1000 mètres encore aujourd'hui. Effectivement, en contrôlant avec Affreidin, le lac est à 2600 mètres. Nous ne sommes donc pas loin avec nos 900 mètres de dénivelées.

Au détour du chemin, on débouche, ô surprise, sur un lac marron glacé. Nous qui n'avions vu jusqu'ici que des lacs émeraudes à l'eau transparente, voici un paysage surprenant : très minéral, le vert a disparu. Tout est dans les tons bruns, beige, gris, avec une touche de blanc au sommet, et le ciel azur. C'est saisissant, et je trouve cela encore plus beau, plus sauvage, plus inédit.

Nous sommes comme des gosses. Séance photo. C'est à qui escaladera le rocher en surplomb le mieux positionné pour admirer le site et se faire photographier. On y était ! Ca méritait vraiment le détour. On aurait pu rester là des heures sans se lasser. Pour manger, nous refusons de nous mettre à l'ombre derrière un grand rocher qui nous bouche la vue comme nous le proposent Affreidin et Bakhrom. Pas question de perdre une miette du panorama qui s'offre à nous. Guillaume et moi, transportons notre gamelle dans les éboulis au risque de tout renverser pour profiter au maximum du paysage, nichés sur une pointe rocheuse.

Pour la sieste, j'ai même trouvé une petite margelle en contrebas du rocher et qui surplombe le lac. Je m'y installe donc confortablement. Mais attention, pas bouger, sinon tomber dans l'eau toute habillée ! Comme d'hab, il fait trop chaud pour rester au soleil, je regagne donc à regret, l'ombre du gros rocher. Même pas le temps de piquer un petit roupillon, qu'Affreidin est déjà à nous faire signe. Nous ne comprenons pas cette obstination à nous faire marcher en pleine chaleur et surtout, dans le cas présent, ne pas profiter du site exceptionnel. Bakhrom me répond que c'est parce qu'il n'y a rien n'a faire ici !!! C'est vrai qu'au campement, il y a une activité débordante !

Je négocie tout de même un peu de temps supplémentaire et Guillaume et moi entammons un tour du lac, qui sera malheureusement incomplet en raison du timing despotique de nos guides. Je suis donc en pétard pas possible à la descente. En plus, j'ai dix fois trop mangé et trop vite, pas eu le temps de faire une sieste digestive, mon estomac ballotte dans la descente, c'est l'horreur. Je me tiens le ventre pour estomper les à-coups, mais c'est vraiment très inconfortable. Je peste tant et plus, je ralentis volontairement l'allure pour profiter un maximum du paysage, et bien montrer mon mécontentement.

Nous croisons à nouveau un alpiniste russe. Cette fois-ci il est carrément tout seul. Il a aussi un bon gros sac au dos. Il ne parle pas un mot d'Anglais, mais a quelques notions de Français. Je lui dit donc qu'il est presque arrivé et que c'est très beau là-haut pour l'encourager. Mais, lui, il a l'air d'un coriace. Plus tout jeune, mais le vrai baroudeur. Chapeau bas.

La descente me semble interminable. Bien entendu, elle est beaucoup plus dangereuse que la montée. Ca glisse. Il faut bien faire attention où on met les pieds. Malgré ça, je tombe à plusieurs reprises. Heureusement, mon petit sac à dos sert d'amortisseur. Sur la fin, je suis vraiment fatiguée. J'ai un regain d'énergie quand la descente s'adoucit et je cours un peu histoire d'avancer. Mais, j'ai de nouveau un retour de bâton sur le plat au bord du lac, et je décide d'y faire une longue halte pour profiter de la beauté du lieu, me raffraîchir un peut à l'ombre, et aussi emmerder Affreidin qui doit m'attendre et revenir sur ses pas pour vérifier qu'il ne m'est rien arrivé. Quelle tête de mule celle là. Enfin, nous voilà rentrés, fourbus mais contents.

Je suis enfin d'attaque pour une vraie douche. Avec Brigitte, nous partons en aval de la rivière. Nous repérons deux spots sympathiques, et vas-y que je te savonne, que je te rince, et hop, la tête sous la bassine, ouh qu'elle est froide, on remet ça une fois, deux fois, le shampooing ne mousse pas autant que d'habitude, mais ça fera l'affaire. Le plus compliqué, c'est le rinçage, ça prend un peu de temps. Ce n'est pas impec, mais ça suffit pour aujourd'hui. Bravo, je suis très fière de toi, ma chérie !

Arrivés à l'apéro, je n'ai pas faim du tout. Normal avec le repas de malade que j'ai fait à midi. La nuit tombe doucement. Je suis crevée. La soupe arrive. Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas : ça me révulse rien que de voir la graisse flotter dans l'eau chaude avec le petit bout de viande au milieu. Rien à faire. Le plat principal ne me dit rien non plus. J'ai les sinus complètement pris. Ca va pas.... Je vais vite me chercher un Doliprane 1000 que j'avale accompagné d'un petit morceau de pain, histoire de dire que je n'avais pas le ventre vide. Basta. Ce soir, je vais me coucher tôt.

Au moment ou je m'apprête à gagner ma tente, toute l'équipe nous fait signe de les rejoindre autour d'une grande flambée pour une petite fête improvisée. Après deux chansons, ça commence à danser, c'est plus que je n'en peux supporter, je me retire dans mes appartements. Malgré mes boules quiès, j'entends Asslidi qui hurle et est complètement déchaîné. Il a un coffre ! Et surtout, il a bu beaucoup trop de vodka... Je crois que j'ai bien fait de m'éclipser parce que ça a l'air de dégénérer. Mais, c'est de courte durée, car déjà tout le monde se dit bonsoir et regagne sa tente. Cette fois, je vais bien dormir.

Jour 5 Retour au cirque de Koulikalon en passant par le col Laudan (3600 m)
Réveil difficile. Heureusement que je me suis couchée tôt. Je mets un temps de malade à me préparer et à refaire mon sac ce matin, si bien que Brigitte commence à démonter la tente alors que je suis encore à l'intérieur pour gagner du temps. Je me force à grignotter un morceau au petit dej mais le coeur n'y est pas.

A peine le temps de me brosser les dents que l'on file déjà en longeant la rivière. Je n'ai pas eu le temps de remplir ma gourde, de mettre de crème solaire ni de stick à lèvres. Je prends donc du retard dès le départ en marquant des pauses. Je commence par perdre le groupe alors que je remplissais ma gourde. J'ai pourtant fait signe à Bakhrom mais il a continué d'avancer. Heureusement, le groupe Allibert n'a pas encore levé le camp et m'indique la direction à prendre. Nous passons près d'un village que je photographie mais il faut que je fasse à nouveau une pause pour changer mes batteries. Je me fais doubler par le groupe Allibert, qui prend le même chemin que nous. Les villagois me font de grands signes amicaux, surtout les enfants tout contents d'avoir de la visite dans ce coin reculé.

Nous quittons le fond de la vallée et attaquons sur une pente très raide. Dans la montée je dépasse le groupe Allibert, mais reste loin derrière les Nomades. Il fait déjà trop chaud. Je n'arrête pas de me moucher. J'ai la tête dans un étau malgré le Doliprane. Je me sens toute raplapla.

Quand la journée commence comme ça, c'est mauvais signe... J'avance à mon rythme, en faisant des pauses. J'aurais peut-être dû rester avec Brigitte et les muletiers. La difficulté est cependant compensée par le paysage magnifique que l'on découvre au fur et à mesure que l'on prend de la hauteur. En face de nous, un magnifique sommet enneigné. Et puis nous traversons de grandes prairies où abondent des fleurs jaunes hautes sur tige.

Nous redescendons un peu dans un ravin pour remonter de plus belle. Affreidin nous avertit que c'est le moment le plus dur de la journée. Effectivement, la pente s'accentue et je dois marquer des pauses régulières et avancer à pas de fourmi. Mais, on en voit bientôt le bout et, juste avant d'arriver au col, on découvre sous nos pieds d'étranges fleurs rouges. Le col est en plein vent. Juste le temps d'admirer le paysage de la haut et de prendre quelques photos de la chaîne de montagne qui s'étend à perte de vue.

Il va falloir longer des lignes de niveau puis franchir un deuxième col. Ca n'a pas l'air très loin de prime abord, mais il y a beaucoup de replis de terrain qui nous cachaient une partie du chemin. De plus, la montée nous a vraiment tous épuisés et le fait d'être revenus sur un terrain un peu plus plat n'est pas vraiment un soulagement. J'avance donc à petit pas juste derrière Bakhrom.

Celui-ci est un professeur de Français à l'université. Mais, il travaille désormais comme guide car il a deux enfants à élever et c'est mieux rémunéré. On sent qu'il n'a pas l'âme d'un animateur mais plutôt la curiosité, le perfectionnisme et l'érudition du professeur. Aussi, tout au long du chemin, il a son petit carnet à portée de main dans lequel il note des mots de vocabulaire, des réflexions pour peaufiner ses explications, des idées de thèmes à aborder, etc. Tous les soirs, ils nous pose des petits quizz de culture française qui nous laissent parfois perplexes. En tout cas, on sent qu'il est très heureux dans les montagnes et aussi émerveillé que nous par les paysages.

Une fois le deuxième col franchit, place à la descente. Comme toujours, assez raide. Mais nous sommes plus motivés qu'à la montée. Je retrouve un peu d'énergie. Par contre, le temps commence à se gâter. Le ciel devient très nuageux et la couleur de certains nuages est inquiétante. On sent qu'on va se prendre un grain d'une minute à l'autre. On presse le pas, mais les nuages noirs nous rattrappent, et force est de constater qu'il faut vite sortir la cape de pluie avant de se faire saucer. Le grain n'est pas bien méchant, mais je suis tout de même contente d'avoir eu de quoi me protéger.

Très vite ça s'arrête mais le temps reste menaçant. Nous décidons tout de même de nous arrêter pour pique-niquer au bord du ruisseau. J'ai encore les intestins dérangés et je préfère me contenter d'un bol d'épeautre (céréale proche du blé mais un peu brune). Ca remplit et c'est relativement neutre à ingérer comme aliment. De quoi reprendre un peu de forces sans s'intoxyquer.

Nous repartons peu après en raison du temps. Pas de sieste aujourd'hui. Nous nous prenons néanmoins un deuxième grain sur la figure. Arrivés dans la plaine, nous sommes rejoints pas les ânes. L'âne blanc est déchaîné, il ne fait que des bêtises aujourd'hui. Il veut se rouler dans la poussière mais il oublie qu'il est chargé. Il ne peut donc pas se relever tout seul et les muletiers sont obligés de s'y mettre à deux pour le redresser.

Un petit ruisseau coule au milieu d'un gazon bien vert que parcourent deux beaux chevaux bruns. Nous continuons d'avancer pour arriver de l'autre côté du cirque de Koulikalon. Pour rejoindre le lieu du campement, il faut traverser la rivière et nous avons besoin de la main et des pieds assurés d'Affreidin pour nous porter secours. Tout compte fait, nous rebroussons chemin et traversons à nouveau la rivière car les muletiers du groupe Allibert ont devancé les nôtres une fois de plus. On finit par trouver un endroit bien sympathique où planter nos tentes.

Il pleuviotte par intermitences. On s'abrite donc à l'intérieur mais on laisse ouvert car sinon on étouffe. On en profite pour somnoler un peu après cette journée fatigante. Au réveil, je décide d'aller lire un peu au soleil. Mais à peine posée sur un rocher, la famille de bergers, qui habite le lieu pendant l'été, me fait signe de les rejoindre. Ils ne parlent pas un mot de Français ni d'Anglais. Ils semblent cependant très intéressés par mon livre et le déchiffrage de l'alphabet latin qui est peu utilisé chez eux.

Je reviens vers le campement attirée par une bonne tasse de thé vert bien chaud. Mais le soleil commence à baisser et ça fraîchit vite. Nous rentrons donc papoter sous la tente avec Brigitte. Puis, nous décidons de ressortir profiter de la lumière du jour en suivant l'habitude de nos accompagnateurs : s'allonger sur les matelas emmaillotés dans les duvets pour papoter bien au chaud. La technique fonctionne à merveille. Le dîner arrive et je mange du bout des lèvres. Je ne tarde pas à retrouver le chemin de mon lit, je suis vannée.

Jour 6 Montée au col de Tchukurak (2445 m) et bivouac au bord du lac Tchukurak
Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui, pour notre dernier jour de marche, une journée facile nous attend. Le col n'est qu'à 2445 mètres : facile ! En plus le paysage est absolument fabuleux. Nous commençons par marcher au fond de la vallée sur un terrain quasiment plat. Nous sommes entourés de pins, les sommets alentours sont blancs de neige, et une multitude de petits lacs s'égrainent sur notre chemin. De quoi occuper nos appareils photos. Nous longeons des habitations en ruine au bord du lac et je ne peux m'empêcher de mitrailler les enfants qui sont tout contents. Par contre, Affreidin l'est moins et me fait signe de presser le pas.

Nous entammons la montée, qui s'annonce quand même un peu abrupte, mais le paysage qui se révèle sous nos yeux nous fait une fois de plus oublier la difficulté. Bakhrom me demande comment on appelle le phénomène physique du reflet du soleil sur les vaguelettes des lacs. Je lui apprend les termes "scintiller" et "miroiter". La vue du cirque de Koulikalon de ce côté est exceptionnelle. On admire les sommets au loin, les lacs aux couleurs changeantes, et tout près de nous des pins à flanc de côteau et des touffes de petites fleurs mauves.

A peine deux heures de marche et nous sommes déjà au col. En plein vent, ça ne change pas. Nous nous adossons donc au flanc de la montagne pour être à l'abri et faire une petite pose en admirant la vue. Il faut encore négocier pour rester plus longtemps. Rien n'y fait. Je décide de rester quand même et de rattrapper le groupe dans la descente. De l'autre côté, en contre-bas, nous voyons déjà notre point d'arrivée, le lac de Tchukurak. A vue de nez, nous y serons largement à temps pour le déjeuner. Mais qu'allons nous faire là-bas tout l'après-midi ?

La descente n'est pas trop difficile. Nous traversons des prairies puis rentrons dans la forêt et longeons le ruisseau. Le chemin est constitué d'une sorte de poussière blanche très fine. Il faut garder ses distances car nous soulevons beaucoup de poussière à chaque pas. Nous glissons à plusieurs reprises car la pente devient plus raide et le sol est très glissant. On bouffe donc pas mal de poussière.

Un peu avant l'arrivée, nous croisons un village de nomades surprenant. Les habitations sont des sortes de tentes semi-cylindriques faites d'un patchwork de tissus. Affreidin nous demande de ne pas trop nous approcher car les chiens sont méchants. Malgré l'avertissement, nous approchons prudemment des villageois, ravis de notre passage, pour prendre quelques photos.

Puis, nous continuons la descente vers le lac. Sa couleur est hypnotique et le site est grandiose. De plus, plusieurs femmes, accompagnées de leurs enfants, sont descendues au bord du lac où elle profitent de l'eau pour procéder à toutes sortes d'activités : lavage des tapis, du linge, de la vaisselle, etc. Elles sont ravissantes avec leurs longues tuniques rose vif. Elles sont un peu timides mais ravies de nous montrer leurs enfants. Elles nous précisent les prénoms de chacun.

Affreidin et Bakhrom nous houspillent pour monter les tentes. Mais nous aurons bien le temps dans l'après-midi. Le repas arrive, mais je n'y touche pas car j'ai mangé une barre chocolatée type Mars, il y a à peine 1 heure et je n'ai vraiment pas faim, surtout pour l'éternel saucisse, oeuf dur, saucisson sec, etc. En revanche, les villageois nous ont apporté du lait caillé auquel je fais honneur. Ca faisait longtemps qu'on n'en avait pas mangé et c'est très raffraîchissant par cette chaleur.
Après déjeuner, je fais une petite sieste à l'ombre d'un arbre, puis nous nous décidons à monter la tente. Affreidin et Asslidi nous parlent d'un petit lac où nous pourrons aller dans l'après-midi pour ceux qui veulent. C'est à 1 heure d'ici. On va juste attendre que la chaleur passe un peu. On se repose donc tranquillement au bord du lac et on regarde l'activité des femmes et des enfants qui vont chercher de l'eau au puits, de l'autre côté du lac. Il y a un va-et-vient incessant.

Asslidi, Affreidin et Daniel, téméraires, vont se faire une petite baignade raffraîchissante dans le lac. Daniel revient très impressionné par la performance d'Asslidi, une force de la nature, qui est resté au moins cinq minutes dans l'eau glacée à batifoler et nager le crawl.

Vers 16h, je propose de partir pour le lac. Affreidin demande à Bakhrom s'il veut venir, mais j'intercepte un signe éloquent de ce dernier : il a eu sa dose. Joëlle, Guillaume et Daniel sont partants. Pendant qu'ils se préparent, je prends en photo une maman avec ses petites filles qui sont en train de remonter des seaux d'eau jusqu'au campement en amont. Mais, au lieu de poser leurs seaux pendant que je prends les photos, les petites filles les portent fièrement et prennent la pause. Gênée de les avoir fait porter leur charge pendant 5 minutes pour rien, je décide de délester les petites filles et de faire un bout de chemin avec elles. Elles sont aux anges et l'une des deux petites s'accapare mon bâton de marche.

Voyant que le groupe semble prêt à démarrer, je me sépare de l'aimable compagnie et cours rejoindre les Nomades. En fait, on attend encore Joëlle. De plus, le chemin passe précisément par là où j'étais, il y a à peine 2 minutes. Je remonte donc la pente toute essoufflée. Affreidin, lesté de son sac à dos dans lequel il porte habituellement le pique-nique, fonce comme jamais. J'ai retrouvé mon énergie et je m'escrime à le suivre, mais c'est vraiment intense, surtout après mon petit sprint. Je meurs de soif. J'impose donc une petite halte. La chaleur est encore très forte. Et la montée est raide. Nous grimpons une bonne demi-heure à un rythme accéléré. Daniel ne se sent plus très motivé pour voir un énième lac et décide de rebrousser chemin tout compte fait.

Nous nous retrouvons donc avec le noyau dur. Le chemin se complique, nous devons traverser un énorme éboulis rocheux. Joëlle ralentit le pas pour ne pas se tordre la cheville. Cela fait facilement une heure que nous marchons et Affreidin, qui vient là pour la première fois, sur les conseils d'Asslidi, ne semble pas très sûr de son chemin. Il se demande si Asslidi ne lui a pas fait une blague en lui disant qu'il fallait une heure pour atteindre le lac...

Nous continuons tout de même vaillamment. Moins d'une demi-heure plus tard nous atteignons un cirque avec le lac le plus translucide que nous ayons vu jusqu'à présent, pourtant la concurrence est vive. Nous sommes sous le charme. Nous avons le sentiment de fouler une terre encore vierge. En fait Asslidi nous attendait à l'arrivée. Nous posons pour une photo souvenir. Nous faisons un petit tour du lac et je remplis ma gourde à l'endroit où il semble y avoir le plus de débit.

Le soleil est déjà en train de baisser et il ne faut pas tarder à redescendre. Cette fois-ci Asslidi connaît le chemin et nous évitons l'éboulis rocheux. La vue sur le lac est superbe. Nous dévalons donc la pente derrière Affreidin. Asslidi, tout content, reste en arrière avec Joëlle. Nous ne les voyons plus derrière nous. Affreidin n'arrête pas de crier "Asslidi" pour savoir si tout va bien. Ce dernier finit par lui répondre qu'il se débrouille très bien tout seul ;-)

De retour au bord du lac, l'ombre a gagné du terrain et la température a chuté. Nous apprécions donc bien le thé vert brûlant qui nous est servi avec l'apéro. Je suis enchantée d'avoir retrouvé la forme pour le dernier après-midi de marche ! Dernière soirée au coin du feu. Il faut à nouveau rentrer dans les sacs de couchage et s'emmitoufler dans nos polaires, voire sortir la doudoune, pour tenir le choc thermique. Le dîner se fait donc en costume de bibendum. Ce soir, la soupe brûlante est la bienvenue.

Jour 7 Descente vers la base des alpinistes russes puis retour à Pendjikent via Artouch
Réveil matinal pour un dernier petit éboulis en descente, avant de regagner la base des alpinistes russes où nous attend notre minibus. Je ne suis pas encore bien réveillée. Rien de tel qu'une petite descente comme celle là pour vous remettre les yeux en face des trous. J'ai quand même réussi à me gameller sans me faire de mal.

Nous attendons l'arrivée des ânes en compagnie des enfants que nous avions croisés le premier jour. Ils nous réclamment un peu de crème. En effet, les pauvres bambins ont le visage et les lèvres tout gercés par les contrastes de température et le soleil. Ils sont donc ravis de s'étaler de bonnes couches bien épaisses un peu n'importe comment, laissant de grosses trainées blanches.
Un petit garçon joue au cheval de bois à califourchon sur un grand bâton. Son grand frère lui emboîte le pas. A deux pas de la station de départ des alpinistes, une famille vit dans une barraque en tôle ondulée dans la plus grande précarité. Nous sommes donc un peu tristes de quitter ce pays si attachant mais dont les habitants vivent dans le plus grand désarroi.

Une fois nos sacs chargés à bord du minibus militaire qui doit nous raccompagner à la frontière, nous faisons nos adieux à nos compagnons de route muletiers qui repartent chez eux à dos d'âne. La route du retour est tout aussi magnifique qu'à l'aller. Nous sommes brinquebalés au rythme des soubresauts de la route. Nous reconnaissons le chemin que nous avions fait à pied depuis Artouch.

Arrivés au village, Affreidin court récupérer les céramiques que Brigitte et Joëlle avaient laissées à nos hôtes afin de ne pas les casser lors de notre périple en montagne. Pendant ce temps, nous mitraillons les enfants qui nous observent depuis le bord de la route. Ce n'est pas tous les jours qu'une voiture pleine d'étrangers passe dans le coin. C'est reparti de plus belle. Musique tadjike à fond, notre chauffeur a le pied sur le champignon malgré l'état de la route qui est en fait un chemin caillouteux, en descente de surcroît ! Le ravin n'est pas trop profond mais inquiétant quand même...

Nous rejoignons la vraie route et notre chauffeur essaye de doubler la Mercedes devant nous, qui ne va pas assez vite à son goût sur cette route de montagne pleine de tournants. Inutile de vous dire que nous doublons sans visibilité dans un tournant. Mais la Mercedes vexée remonte à notre niveau et nous serre, on se croirait dans un film de James Bond ou de Hitchcock.

Arrivés à Pendjikent, notre chauffeur continue de rouler à fond de train. Il se fait héler au passage par un policier qui veut lui coller une amande pour excès de vitesse. Le chauffeur ne ralentit pas d'un pouce mais crie par la fenêtre au policier qu'il emmène des touristes à la frontière et qu'il repassera au retour ! Incroyable. Arrivés à bon port, nous repassons la frontière dont je vous épargne le récit très semblable à celui de l'aller...