mercredi 12 novembre 2008

Plus blanc que blanc

Je reprends la plume après une longue absence pour vous raconter mon dernier périple. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été crapahuter dans le désert. Novembre 2006, la Libye, exactement 2 ans ! Si l'on oublie un bref passage dans le Grand Canyon et la Vallée de la Mort en novembre 2007, mais ça ne comptait pas vraiment, vu que la majorité du trajet s'est faite en voiture et qu'aux Etat-Unis, un fast food n'est jamais bien loin. Pour retrouver des sensations fortes : chaleur, vents de sables, nuitées à la belle étoile, tendons qui tirent, solitude et silence, il a fallu reprendre les basiques : le sac au dos, les chaussures de rando, le duvet igloo, le cheich, et deux ou trois petits accessoires pas vraiment indispensables mais forts utiles comme un guide des étoiles, une lampe torche ou encore un produit anti-moustiques, si, si vous verrez.

J-2 : Deux de tension !

Petite frayeur de dernière minute, je fais une chute de tension à deux jours du départ, avec 10 et les jambes qui flageolent. Je vais voir mon médecin qui me fait arrêter pour une journée, me dope et me donne sa bénédiction pour le départ, ouf, j'ai eu chaud ! J'évite quand même de faire la fête jusqu'à pas d'heure comme à l'accoutumée la veille de mon départ et décline la soirée Salsa qui me tentait pourtant bien...

J1 Petites mésaventures à l'arrivée au Caire

5h de vol plus loin, me voilà au Caire à la tombée de la nuit. Nous avons pris une heure de plus et le soleil se couche vite à cette saison. Je rencontre mon premier Nomade, Pierre, qui a pris le même vol que moi. Nous embarquons pour une petite virée en voiture dans le Caire jusqu'à notre hôtel escortés par un Alexandrin charmant. La circulation n'est pas aussi dantesque que dans mon souvenir mais l'heure est tardive et ça roule mieux que prévu. Nous traversons le centre ville très animé à cette heure, les boutiques restant ouvertes jusque tard dans la nuit, puis le Nil sur le pont des soupirs où les Cairotes se donnent rendez-vous pour se conter fleurette.

Arrivés à l'hôtel Pharaon, nous déposons nos affaires avant de nous retrouver pour aller dîner. Je frappe à la porte de Pierre et, ô surprise, un homme en caleçon avec les cheveux tout ébouriffés m'ouvre la porte. J'ai vraisemblablement dû le tirer de son sommeil et m'excuse pitoyablement, j'ai dû me tromper de chambre. René, un Niçois qui est arrivé avant nous par un autre vol, via Zurich, me rassure, je ne me suis pas trompée de chambre, mais Pierre est déjà descendu. Je suis quand même confuse, ça fait deux fois qu'il se fait réveiller en 1/4 d'heure, la 1ère fois par Pierre qui pensait que son colocataire arriverait dans la nuit par l'avion de 3 heures du matin, puis par moi !

Dans le hall de la réception, pas de Pierre en vue. Le personnel de l'hôtel me dit qu'ils ne l'ont pas vu passer. J'attends et me demande où il peut bien être. En fait, il est allé faire un petit repérage dans le quartier et n'a rien trouvé d'intéressant. Nous décidons donc d'opter pour l'option la plus simple à cette heure, le bar de l'hôtel. Nous nous renseignons auprès d'un groupe de Néerlandais pour connaître le taux de change et évaluer les prix du menu. Juste un petit snack avant de se coucher, boulettes de viande et poulet, sans oublier de tester les bières locales dont nous allons être privés pendant la semaine à venir. Sakara contre Stella, c'est kif kif, de la pisse d'âne.

Au moment de payer, petit soucis, nous avons donné tous nos dollars pour payer le visa, et ils n'acceptent ni les euros ni la carte bleue or nous n'avons pas encore changé d'argent... Heureusement, nous sommes à deux pas de l'hôtel Sheraton qui fait du change toute la nuit ou presque. Pierre y va avec un employé de l'hôtel pendant que je reste en otage dans le restaurant. Nous finissons par payer et allons direct au lit vu l'heure avancée.

J2 Des Pyramides à l'oasis de Farafra changement de décor

Réveil à 7 heures, petite nuit pour ceux qui se sont couchés à 3 heures du matin et on fait escale à Athènes. Pas terrible, non plus pour nous qui nous sommes couchés vers 1 heure, mais on est plus motivé par le réveil que lorsqu'on va au boulot. Le Sphinx nous attend, et ça c'est un rendez-vous qu'on ne peut pas manquer ! Après le petit dej, nous faisons connaissance avec le reste de l'équipe, trop dans le coltar pour faire de vraies présentations et mémoriser les prénoms, nous remettons ça à plus tard.

Nous découvrons la ville à la lumière du jour et c'est nettement moins glorieux que de nuit : immeubles en béton à l'architecture "moderne", mais déjà vétuste, la plupart du temps inachevée, dont la verticalité laisse parfois à désirer, et où un revêtement de peinture a été jugé complètement superflu. La crasse a recouvert tout ça d'une épaisse couche, cumulée à la pollution ambiante. Nous sommes vraiment affligés pas le spectacle.

A cette heure-ci l'embouteillage est monstre et c'est à qui aura le moins peur pour se faufiler et avancer à coups de klaxon. Fatigue, pollution, nuisances sonores, tout y est. Nous finissons par atteindre Gizeh où un guide nous fait un topos aussi intéressant qu'inusité sur les Pyramides, le Sphinx et leur histoire. Deux ou trois trucs à vérifier sur Wikipédia, les pyramides feraient partie d'un grand ensemble reproduisant sur la terre la constellation d'Orion dans le ciel, comme le Pharaon est l'image du Dieu Soleil Râ et le Nil, le reflet de la Voie Lactée. Les Mammelouks alliés aux Anglais pour défendre les valeurs de la religion contre l'athéisme Napoléonien auraient tiré à bout portant dans le nez du Sphinx pour détruire cette idole barbare. Une momie retrouvée dans un sarcophage aurait coulé lors de son trajet vers l'Angleterre, tandis que le sarcophage revendu ensuite à un riche Américain par un Anglais aurait malencontreusement pris le Titanic pour sa traversée de l'Atlantique. Comme quoi, les Pyramides ont été conçues avec des maléfices visant à faire échouer les pilleurs de tombes. On ne sait pas trop si toutes ces théories sont fondées mais c'est si joliment raconté et si poétique qu'on a bien envie d'y croire.

Ensuite, nous avons quartier libre pour visiter le site. 1h45, ça devrait suffire, rendez-vous à midi moins le quart au minibus. Seul hic, je n'ai pas pris de montre pour le voyage. Seul mon portable me servira de réveil. Je pars avec le groupe, mais on s'éparpille au fur et à mesure. Je découvre un passage vers le Sphinx que je n'avais pas vu lors de ma dernière visite en 2005. On est vraiment très près et j'admire le faciès sculpté malgré la perte de son nez et de sa barbe postiche, les pattes sont aussi très bien conservées. Brouillard ou pollution, les Pyramides sont noyées dans une brume qui les entoure d'une ambiance flottante, irréelle et inattendue. Ca changera des photos carte postale avec le ciel bleu azur.

En remontant vers Képhren, nous sommes assaillis par les chameliers qui veulent tous nous faire un bon prix parce que nous sommes Français et Zinédine Zidane, et patati et patata. On arrive difficilement à s'en défaire et il faut atteindre la charmante Mykérinos pour obtenir un peu de calme. D'ici, c'est vraiment enchanteur et beaucoup moins fréquenté. C'est la plus petite mais sans doute ma pyramide préférée. Je ne veux pas trop m'attarder tout de même, bien que j'aie été tentée d'en faire le tour. Je rebrousse donc chemin derrière Képhren en direction de Khéops. Quelques cavaliers me rejoignent. Je longe la pyramide à distance pour mieux l'admirer et je me retrouve par inadvertance dans un endroit où l'on fait des fouilles, ce qui est bien évidemment interdit d'accès au public. Un garde me fait donc signe de m'éloigner. J'arrive aux abords de Khéops et j'hésite à en faire le tour, j'ai à peine le temps, mais c'est tentant. J'accélère le pas, plus que 8 minutes avant l'heure du rendez-vous. Mais le site est grand, le temps de redescendre par la route en longeant le Sphinx, je suis à la bourre. Je me fait un peu sermonner par le guide, j'ai 1/4 d'heure de retard, oups, désolée.

Hani m'accompagne pour changer de l'argent, et houste, en route pour l'oasis. A peine avons nous dépassé l'enceinte des pyramides que la moitié des passagers du minibus commence à somnoler. La route est assez monotone et on ne perd pas grand chose. Je me réveille et entame une grande discussion avec Sabine sur le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle (elle porte un T-shirt à son effigie) qu'elle a accompli depuis Vézelay, en solo, en 2 mois, avec une tendinite dès le deuxième jour. Ca vous pose un peu la personne et son tempéramment. Sabine me raconte donc ses expériences chez l'habitant et en gîte, la fois où elle a eu le plus peur alors qu'elle se reposait seule en pleine forêt et qu'un individu pour le moins bizarre l'a abordée, ses rencontres avec des familles d'accueil dépourvues de tout, mais d'une chaleur et d'une générosité incroyable.

Sur ces entrefaites, nous arrivons au Bagdad Café, comme l'a baptisé Marie-Jo. Je n'ai malheureusement pas pris de photos, mais cette halte en plein désert mérite le détour pour son aspect lugubre, crasseux, et vétuste. Il s'agit d'un bâtiment bleu sur un seul étage qui n'a pas été repeint depuis l'origine et se pose au bord de la route rectiligne pour accueillir les routiers du désert. Des tables et des chaises en plastique maculées sont réparties dans la salle. Nous nous y posons pour pique-niquer.

Je me pose un problème fondamental. Mes lingettes sont dans mon gros sac de voyage sur le toit du minibus. Je vais faire un petit tour aux toilettes en espérant trouver un lavabo. Non seulement les toilettes sont dans un état exécrable mais il n'y a pas d'eau courante et encore moins de lavabo ! Je demande à Hani où je peux me laver les mains. Un serveur m'emmène en cuisine où un minuscule évier crasseux offre l'avantage d'un robinet avec eau courante. En revanche, il n'y a pas de savon me précise-t-on. Je me rince donc les mains et me promets de ne pas prendre de café ou de thé au bar après le déjeuner. Je n'ose même pas imaginer comment ils lavent les verres !

Le déjeuner est constitué d'un bol de pâtes aux lentilles dans lequel nous versons une sauce tomate agrémentée d'un peu de vinaigre. Le résultat est étonnant mais pas mauvais du tout. Pour terminer sur une note sucrée nous goûtons à un fruit inconnu de la plupart d'entre nous, la goyave. Cela s'apparente à une poire d'extérieur. Hani nous montre comment la déguster. On retire les extrémités, puis on la coupe en deux. La chair est blanche avec de petites graines jaunes pâles au centre. On peut ensuite manger la chair en laissant la peau ou la peler. Personnellement, je trouve ce fruit délicieux mais les avis sur le sujet sont partagés.

A peine le temps de prendre un karkadé pour les courageux qui osent consommer au bar de l'établissement, une petite cigarette pour les fumeurs, et on est repartis. Je m'inquiète d'un petit bruit persistant qui semble venir du tableau de bord du minibus. Une sorte de cliquetis incessant. Je me demande si ce n'est pas un signal comme quoi une portière est mal fermée, le réservoir d'huile est vide ou autre source d'inquiétude. J'en parle à Hani qui ne semble pas comprendre.

Laurence finit par détecter qu'il s'agit d'un signal qui est émis dès que le compteur du chauffeur dépasse les 120 km/heure. Or le bruit est quasi-permanent sur toute la durée du trajet. Comme dirait Frédéric, le chauffeur a dû bien nous faire gagner 2h sur le temps de trajet. Il a en effet la conduite sportive et n'hésite pas à doubler sans visibilité, par la gauche comme par la droite, avec ou sans clignottant, l'important c'est de signaler sa présence par un petit coup de klaxon qui signifie dégage, j'arrive.

Nous passons quelques puits de pétrole. En dehors de ça, il n'y a pas grand chose le long de cette route rectiligne et désertique. Même les véhicules sont rares. Nous faisons une brève halte à l'oasis où une maman entièrement de noir vêtue, voilée des pieds à la tête fait quelque courses à l'épicerie accompagnée par deux ravissantes petites filles. Hormis cette petite épicerie et le garage Maradonna, l'oasis semble très désolée. En réalité 30 000 personnes habitent ici. Les habitants sont répartis sur de grandes distances.

La nuit commence déjà à tomber. La lumière est superbe et nous pouvons admirer le soleil couchant qui joue à cache-cache derrière une petite chaîne de montagne. Ce n'est qu'à la nuit tombée que nous arrivons au point de rendez-vous. Sans crier gare, le minibus ralentit au milieu de nulle part. Notre équipe nous attend au bord de la route. Ils déchargent nos sacs et nous précisent de récupérer nos lampes torches car nous allons marcher à la lueur d'un faible croissant de lune.

Ils chargent ensuite les sacs dans le 4x4 et nous laissent avec Choukri qui nous guide dans le noir. Au début, ce n'est pas évident mais au fur et à mesure l'oeil s'habitue. Et puis, il n'y a pas vraiment d'obstacle. En plus, c'est tout droit. A loin, on voit miroiter un feu, ou plutôt, en y regardant de plus près, trois. Seul Choukri pourra nous mener à bon port. Au bout de 45 minutes de marche, nous atteignons finalement notre bivouac avec joie. Un joli paravent rouge est dressé pour servir de décor à notre coin repas. Karkadé et thé à la menthe sont de rigueur pour nous acceuillir. Nous patientons un peu avec des cacahuètes pendant que le dîner se prépare. On a l'impression qu'il est très tard à cause de la nuit et de la fatigue de la journée mais en fait il doit être 7 heures du soir à tout casser...

Le dîner est excellent : soupe de lentilles, bien poivrée, sauf pour Laurence qui réclamme une dose supplémentaire. Il faut rajouter un petit jus de citron, pour parfumer le tout. Le seul truc c'est qu'on avait pas bien compris le dosage et qu'on a pressé allégrement nos demi-citrons dans la soupe. C'est très bon mais ça a vraiment goût de citron. Il faut donc reprendre une deuxième tournée pour réellement apprécier le goût de la soupe originelle. Cela continue par un de nos éternels plats de pâte ou riz selon les jours (ce soir c'est riz) accompagnés de légumes. Parfois un peu de viande. Pour le premier soir nous avons, de délicieux morceaux de poulet braisé (compter 1/4 de poulet par personne). Pour terminer par une excellente banane digestive. Autant dire que les estomacs sont calés. On a tout les sucres lents nécessaires pour aborder la marche du lendemain, sans compter les sucres rapides du thé à la menthe. Compter minimum trois cuillers pour une demi-tasse. Le résultat est assez proche du caramel maison.

Ce soir, pas de veillée. René, qui est pourtant celui qui a le plus dormi, donne le signal du départ. On récupère les matelas et les sacs de couchage et on s'éparpille pour trouver son coin chambre. On n'est pas encore très rôdés alors la préparation pour aller dormir prend un peu de temps. Je m'attendais à des nuits beaucoup plus fraîches et je n'ai emporté que mon pyjama polaire. Vu la douceur de la nuit, je le laisse au fond du sac et décide de coucher toute habillée avec mes vêtements de la journée. Ma polaire me sert d'oreiller. Lampe torche en collier autour du cou en cas de besoin. La gourde à portée de main. Et voilà, je suis prête.

Le problème, c'est que je suis surexcitée d'être arrivée dans le désert et que je ne trouve pas le sommeil. Qu'à cela ne tienne, je vais pratiquer la bonne vieille méthode. Compter les étoiles. Le ciel est tellement clair et limpide ici qu'il y a des milliers d'étoiles. Ca me prend donc énormément de temps. Je reconnais au passage quelques constellations. Mon équipement de nuit n'est pas encore complet, j'ai laissé mon guide des étoiles au fond du sac. Ce sera pour demain. Je finis par sombrer tardivement, mais contrairement à mes insomnies habituelles, sans aucun énervement. Il n'y a pas école demain et le ciel est si beau !

J3 On a marché sur la lune

5h30, jouvre un oeil. C'est l'aube. Le soleil n'est pas encore levé mais la lumière blanche m'a déjà réveillée. Contrairement à mon habitude, je ne trainasse pas au lit, ni une ni deux, je saute hors de mon duvet. L'avantage, c'est que je suis déjà toute habillée. Je cours donc à la poursuite du levant rougeoyant armée de mon appareil photo. Pieds-nus dans le sable frais, c'est le bonheur. Je découvre émerveillée le paysage dans lequel nous avons dormi, confiants. Rochers blancs sur lit de sable blond, baignés dans la lumière bleutée de l'aube.

Le soleil n'étant pas encore levé, je l'attends en commençant à me préparer, petit brin de toilette, changement de sous-vêtements, nouveau T-shirt, chaussettes et chaussures de rando. Je prépare aussi mon petit sac à dos pour la journée. Je transbahutte l'écharpe que j'avais prise en partant de Paris, elle ne me sera plus très utile ici. En échange, je récupère la trousse à pharmacie en cas de bobo.

Et là, c'est le drame, je m'aperçois que le soleil levant était juste derrière un rocher et que j'ai failli le louper ! 5h48, c'est l'heure que nous avait indiquée Hani. Je laisse donc tout en plan et cours donc à nouveau vers le petit farceur pour prendre quelques clichés. Alors que le rose jaunit à vue d'oeil et que la luminosité m'oblige à mettre rapidement mes lunettes de soleil, je rejoins le coeur du bivouac où Mahmoud est en train, le croirez-vous, de dresser une véritable table en bois avec tout le nécessaire pour notre petit déjeuner. En plein désert, nous avons un niveau de confort inespéré. J'imortalise donc l'instant devant l'oeil blasé des chameaux.

Grand luxe de petit déjeuner, galettes de pain (moisi diront certaines), miel, simili Vache Qui Rit, confiture de figue et de cerise, l'universel Lipton Yellow, café soluble et lait en poudre. Laurence a l'audace de tenter la confiture de figue sur lit de Vache Qui Rit (marque Ricci), quoi, on fait bien du chèvre-figue, alors pourquoi pas ? Avant d'attaquer le thé, je fait une petite vaisselle au sable avec mon quart (que nous avons la consigne de conserver pendant toute la semaine). Hani me précise qu'il faut quand même rincer avec un peu d'eau chaude sinon la vaisselle du désert n'est pas complète. Effectivement, ma tasse était recouverte d'une couche grisâte mêlée aux restes de sucre, incrustés au fond, charmant !

Après avoir fait nos provisions d'eau micropurée, brossé nos dents et rapporté nos sacs à proximité du campement, nous sommes fin prêts pour le grand départ. Une petite couche de crème protectrice, nouage de cheich un peu difficile le permier jour, on a perdu la main. Ca y est on décolle. J'étrenne le pantalon de coton que Christine et Matias m'on rapporté de leur tour d'Asie. Il est juste parfait pour la rando dans le désert. Merci les amis ! Nous avançons dans le sable dur avec à notre droite une énorme obélisque phallique dont la couleur change au fur et à mesure que la lumière se réchauffe. Au fond des plateux tabulaires calcaires.

Choukri et Hani essayent un rythme de marche et l'adapteront en fonction du groupe. Hani me glisse à l'oreille que le groupe va un peu doucement, en effet ils papotent tranquillement et sont déjà quelques mètres derrière nous, mais il ne faut pas exagérer, ils marchent tous d'un bon train. Le paysage change au fur et à mesure de nos pas d'une manière à peine perceptible. Nous montons légèrement et nous retrouvons au sommet d'une petite dune recouverte de champignons et de mergingues calcaires. De gros rochers et des falaises calcaires appraissent au loin. Malgré la montée du soleil, le ciel reste laiteux et les teintes sont très douces. Nous marquons notre première pause datte au pied d'une haute falaise.

Nous reprenons la marche au milieu de formes blanches plus improbables les unes que les autres. Voilà maintenant que certaines se parent de plumes. Un peu plus loin, une saillie dans la roche a des allures de lion avec sa crinière. Et voici une énorme coquille d'oeuf brisée. Nous longeons une longue dune et des plateaux tabulaires et débouchons sans prévenir sur une vue spectaculaire sur la Vallée des Tentes. Il s'agit de milliers de petit monticules calcaires dans les tons crème, allant du blanc au rosé, en passant par le jaune pâle. On semble distinguer un petit visage niché dans une anfractuosité de la roche. Difficile de ne pas s'arrêter un moment, saisis par la beauté du paysage.

Mais Hani repart déjà et Choukri est déjà descendu dans la vallée avec les chameaux. Nous les rattrappons et descendons dans le sable jaune avec en ligne de mire des formes encore plus étonnantes. Il semblerait que deux personnages aient été sculptés dans la roche. L'un debout porte une sorte de chapeau de pharaon, l'autre semble couché à la romaine sur une méridienne. La pierre blanche se détache sur un fond de ciel bleu. Avec ce sable couvert de ridules, on se croirait dans un tableau de Dali, il ne manque plus que les montres molles et la scène est complète.

L'endroit est bien choisi, c'est là que nous allons faire notre pause déjeuner. Choukri et Hani nous servent des nectars de fruits (mangue, goyage ou mélange exotique). Puis, ils se mettent au travail et nous préparent de magnifique salades : concombres, tomates et feta pour l'une, thon et oignons agrémentés d'un peu de citron pour l'autre. C'est un franc succès. Il faut juste faire attention à éviter les galettes de pain moisies, et tout est pour le mieux. Point important, ne pas trop regarder l'eau de rincage des légumes qui sert aussi d'eau de vaisselle et de rince-doigts !

Nous mangeons tous de bon appétit. Pour le dessert, oranges juteuses et sucrées à souhait, on a les mains toutes poisseuses, et finalement, l'eau dans laquelle trempent toujours quelques tomates et un concombre fera assez bien l'affaire. Le chameaux on senti l'odeur des écorces et s'en lèchent les babines. Sabine tente de répartir équitablement les écorces entre les deux jeunes chamelles (7 et 9 ans), mais la plus vieille qui est devant récupère tout les meilleurs morceaux, la plus jeune qui est encordée à la queue de l'aînée par le museau n'arrive pas à baisser la tête suffisemment pour atteindre le sol. En plus, l'autre lui met des batons dans les roues en s'agenouillant mais en relevant son postérieur. Marie-Jo arrive à la rescousse pour rétablir un peu la justice en ce bas monde. Mais du coup, Choukri doit éloigner les chameaux du tapis qui nous sert de table et de couche.

Après un petit thé digestif, nous ne tardons pas à trouver un coin où faire la sieste. Hani nous précise de ne pas ronfler trop fort. Il fait bien car à peine deux minutes plus tard il s'est assoupi et ronfle comme un sonneur. Après m'être un peu reposée, je profite du site magnifique pour aller examiner de plus près toutes ces roches blanches et tenter si possible d'en escalader une.

Je m'approche d'un énorme rocher lisse qui semble couvert de neige. A son sommet semble sugir un cavalier sur sa monture. J'en fait le tour pour voir si je ne pourrais pas grimper mais les parois sont trop raides et trop lisses. De l'autre côté, un véritable bonhomme de neige a été sculpté avec deux yeux, un nez et une bouche en terre glaise. J'admire de loin une marmotte géante qui semble guetter debout sur ses pattes arrières si un prédateur n'approche pas. Je m'intéresse à un crâne bien lisse qui semble muni de deux yeux protubérants. De là, je peux enfin assouvir ma soif de grimpette en escaladant le petit rocher qui n'est pas bien haut mais me procure une belle vision d'ensemble sur la vallée. Puis, je rejoins le groupe qui s'ébranle doucement.

Pour l'après-midi, je décide de troquer mes chaussures de rando contre mes sandales. En effet, c'est ce que Choukri et Hani ont aux pieds, et qui semble plus adapté à la marche dans le sable dur, que les chaussures de marche qui sont lourdes, chaudes, et s'enfoncent. Je laisse donc mes godillos aux chameaux et je ne regrette pas mon choix.

Nous suivons la vallée et marchons aux milieu des champignons et grains de café à perte de vue. Ils sont tous orientés dans la même direction, sans doute le sens du vent qui les a érodés. Le paysage est fantastique. J'ai l'impression de marcher sur la planète Tataouine dans la guerre des étoiles. Frédéric et moi, photographes compulsifs, prenons du retard sur le groupe. Frédérique grimpe même sur un rocher neigeux pour avoir une meilleure vue. J'ai encore pris du retard et le rejoins en piquant un petit sprint, ce qui n'est vraiment pas dans mes habitudes. Mais l'excitation créée par le paysage qui m'entoure me donne des ailes.

Nous rattrappons finalement le reste du groupe qui fait une pause à l'ombre sur une plaque de neige fraichement tombée. Laurence, Frédéric et moi grimpons la dune qui les surplombe et prenons à nouveau du retard. De là haut, nous les voyons disparaitre un à un dans un véritable lanyrinthe de champignons géants. Imperceptiblement le paysage change à nouveau. La texture des champignons est désormais striée comme s'il s'agissait de boue séchée travaillée par le passage de l'eau. Certaines formes présentent des aspects de mille-feuille dégoulinants de praliné. La lumière du jour commence à baisser et réchauffe la pierre de teintes jaunes orangées. La température devient vraiment plaisante. Mais il faut tout de même garder ses lunettes de soleil même si nous avons le soleil dans le dos car la blancheur du paysage est éblouissante.

Nous continuons à travers le dédale en essayant de ne pas perdre de vue les chameaux. Puis, nous débouchons sur une grande plaine sableuse entourée de hautes formations rocheuses. Au loin un 4x4 blanc, c'est bon signe. Mais, non ce n'est pas le nôtre. Mansour et Mahmoud se sont positionnés à l'abri de deux hautes falaises. Le site est une fois de plus très bien choisi. Après, un petit verre de karkadé réparateur, René et moi fonçon à l'assaut d'une immense dune à l'assaut du soleil couchant. Je n'ai pas fait d'entraînement cardio avant de venir et je suis toute essoufflée. Mais ça vallait le coup car on arrive juste à temps pour admirer la boule de feu qui rougoie à l'horizon avec en premier plan la Vallée des Tentes sillonnée par une caravane de retardataires.

Alors que nous redescendons tranquillement, nous assistons à un magnifique lever de lune qui se détache au dessus de la dune dans le ciel indigo entre les falaises rocheuses. Après de karkadé, c'est l'heure du thé à la menthe égyptien. Ne pas confondre avec le thé à la menthe pour les touristes. Différence primordiale la tasse de la théière (poignée rouge pour le karkadé, noire pour le thé, encore que Mansour aime bien faire des blagues). Différence non moins importante, la dose de sucre. René et moi sommes accro au thé égyptien, vous l'aurez compris ce dernier est plus dense en thé, donc plus amer, mais selon qu'il s'agit de la 1ère, 2ème ou 3ème tournée, vous aurez droit à beaucoup de sucre, ou énormément de sucre, ou vraiment du sirop.

Alors que certains font un petit brin de toilette à l'eau (compter un-demi litre d'eau par douche par économie), Hani sort son narguilé. Tabac au miel et braises tirées du feu. Je me laisse tenter mais après les remarques de certains comme quoi c'est 7 fois plus nocif que les cigarettes, je passe rapidement mon tour. Pierre, bon convive, continue à partager ce moment de calme et de relaxation avec Hani et Choukri.

A la lueur des lampes torches, Frédéric lit un roman policier pendant que Laurence récapitule dans son journal de bord les événements de la journée. Et il faut dire que cette première journée de marche a été chargée en paysages grandioses, lumière changeante, contrastes de couleurs de formes et de matières, prises de contacts entre les personnes du groupe, nos accompagnateurs et bien sûr les chameaux.

Pour le dîner ce soir, soupe de langues d'oiseaux, pâtes aux légumes et... bananes, pour le plus grand plaisir d'Isabelle. Thé à la menthe version tisane digestive pour les touristes. Petite conversation au coin du feu, mais rapidement la fatigue de la journée se fait sentir. Il faut dire qu'on s'est levés tôt et que nos muscles ont bien travaillé. J'espère que je vais réussir à trouver le sommeil. Cette fois-ci, je sors mon guide des étoiles et arrive à repérer la jolie Cassiopée, pour le reste, c'est un peu difficile avec la lumière de la lune et le fait que nous soyons encastrés entre deux hautes falaises calcaires. Au fur et à mesure que la terre tourne, je vois se lever Orion et je finis par m'endormir alors qu'il est quasiment à la verticale, soit pas loin de 3 heures du matin. J'ai dû un peu forcer sur le thé à la menthe...


J4 La poudre blanche, l'oeil creux, la Mort et la Madonne

A l'aube du jour suivant, je suis néanmoins sur pieds en un rien de temps. Je prends quelques affaires avec moi, histoire de faire un brin de toilette et de me changer à l'écart des regards indiscrets, encore que bien endormis à cette heure, en explorant les alentours à la recherche du meilleur spot pour observer le lever du soleil. Ca ne va pas être une mince affaire car des rochers en fouillis masquent l'horizons, je m'en approche de plus en plus en espérant pouvoir escalader l'un deux, mais je m'aperçois bien vite que ça ne va pas être possible, vu leur hauteur et que, plus je m'approche d'eux plus ils masquent l'horizon. Je change donc de trajectoire après avoir fait mes ablutions du matin à la lingette (donc sans eau ! oui, je sais pour des ablutions c'est assez paradoxal). Je décide de prendre du champ et de reculer davantage en direction de deux gros rochers dont l'un ressemble tout à fait à un gorille. Juste derrière, une haute dune va me donner le point de vue idéal. Je l'escalade donc et arrive à point nommé pour admirer le lever du soleil au loin sur les rochers avec devant moi les petites vaguelettes de la dune au premier plan. Le gorille a une allure fantomatique dans la lueur de l'aube et semble prêt à se détacher pour rejoindre le soleil.

Je rentre de ma petite ballade et distigue au loin la silouhette de Pierre en train d'escalader un rocher. De retour au bivouac, ça commence à s'agiter. Je me perche en haut d'un rocher avec vision d'ensemble sur la vie du camp. Mahmoud est en train de préparer le petit déjeuner, Choukri de seller les chameaux. Hani s'extirpe du 4x4 où il a soit disant mal dormi (apparemment le vent fait du bruit contre le 4x4 et ce n'est pas si confortable qu'on pourrait le penser). Alors que c'est tellement plus sympa de dormir à la belle étoile ! Déjà, Laurence et Frédéric arrivent. Ils sont rejoints par Sabine et Marie-Jo. René revient du haut de la dune, où il a pris tous les risques de mal dormir, en choisissant d'y placer sa chambrette, mais il aime bien tester des endroits improbables et éloignés du camp. Puis, vient Isabelle. Et, toujours bonne dernière, et incroyablement bien dormi, Catherine, qui dormirait n'importe où depuis qu'elle a travaillé en horaires de nuit.

Ce matin, c'est... et oui, vous l'aurez deviné : Vache Ricci, thé Lipton Yellow et miel ! Et pour changer l'ordinaire, aujourd'hui c'est confiture de fraise et d'abricot. Et, comble du luxe, les galettes de pain ne sont plus moisies... Ouh, là, là ! Magnifique ! Nous faisons provision d'énergie pour la demi-journée. On commence à être plus rôdés au niveau du paquetage des affaires et ce matin, pas de retardataires.

Nous suivons Choukri et Hani. Impercetiblement, la texture et la couleur du sol changent pour se transformer en une poudre blanche, dans laquelle on s'enfonce légèrement, et qui nous permet d'admirer les traces laissées par les chameaux. La couleur du sol est si changeante que leurs pattes déplacent les fins grains couleurs et font de jolis mélanges qui doivent particulièrement émouvoir René et lui donner des idées pour agrémenter sa palette de peintre à son retour.

Catherine est fascinée par le pas des chameaux. Elle en étudie le rythme et la logique. Il marchent à l'amble, c'est à dire qu'au lieu de soulever leurs pattes en diagonales, comme la plupart des quadrupèdes, ce qui semblerait plus logique en terme d'équilibre, ils avancent les deux pattes de droites, puis les deux pattes de gauche, mais attention, le pied arrière ne décolle qu'au moment où le pied avant va se poser. Etudier leur déanché derrière eux est vraiment comique.

Cette drôle de danse, ryhtmée et lancinante, explique tout à fait la sensation de ballotement et de mal de mer que l'on éprouve lorsqu'on est perché sur leur dos. Amis sensibles des cervicales et des lombères, je ne vous recommande pas la méharée (randonnée chamelière). D'ailleurs, vous noterez que les nomades utilisent davantage les chameaux comme animal de bat et qu'ils marchent généralement à côté. Hani nous explique que c'est aussi pour les faire avancer, car sinon ils vont leur propre rythme et leur propre chemin, arrêt à chaque touffe d'herbe assuré, encore que dans la région, on n'a guère croisé que de maigres racines jusqu'ici, sans l'ombre d'un brin d'herbe désséchée.

De nouveau des rochers à plumes. Du sucre glace semble avoir saupoudré le sol sablonneux d'une fine couche volatile. Le paysage est plus que jamais lunaire. Le blanc devient gris perle. Puis, nous croisons d'énormes boules de glace bien lisses. Pafois, nous passons à côté de gros oiseaux à plumes, stoïques malgré la chaleur qui commence à se faire sentir. Je prends du retard sur le groupe pour prendre quelques photos car le site est vraiment magnifique. Les formes rocheuses sont vraiment très étonnantes. Nous sommes désormais plus encaissés entre de hautes formes rocheuses plus, quelques petites dunes par ci, par là. Petit sprint pour rattrapper le retard.

Nous faisons une halte avant d'arriver au site le plus connu et photographié du désert blanc aux dires de Hani. Double raison à notre halte, la première, c'est l'heure de la pause dattes, la deuxième, Choukri et Hani ont repéré au loin un grand groupe de touristes qui sont déjà sur le site. Petit embouteillage en plein désert ! Qu'à cela ne tienne, nous papotons joyeusement et profitons de l'ombre apaisante. Nous reprenons notre marche après que Choukri ait guetté le départ de la caravane et pouvons admirer tout à notre aise, un oeil percé dans la roche. Si l'on fait le tour de la paroi rocheuse, on peut voir le ciel bleu au travers. Nous nous penchons par la fenêtre pour faire un petit coucou à la caméra de nos amis restés de l'autre côté. Nous redescendons ensuite par une sorte de tunnel semi-cylindrique qui a dû autrefois laisser passer de l'eau et ressemble tout à fait à un couloir de bobsleigh. Un peu plus loin, nos amis les petits poucets ramasseurs de petits cailloux, Marie-Jo, Laurence, Catherine et Isabelle, tombent en admiration devant un coquillage intact fossilisé dans un rocher.

En continuant d'avancer, nous passons de drôles de petits personnages et de véritables chefs d'oeuvre sculptés, fendus, colorés ou décolorés. Merignues caramélisées, iles flottantes, hum les bons desserts... De nouveau un oeuf d'autruche géant qui n'a pas résisté aux intempéries. Le paysage est encore grandiose mais la chaleur et la fatigue nous gagnent. Il est temps de s'arrêter pour la pause déjeuner. Un gros rocher au milieux d'une grande vallée sableuse va nous faire de l'ombre.

Ajourd'hui, nous avons une sorte de ratatouille et de l'omelette. Choukri nous a aussi tranché d'épais morceaux de viande de boeuf séchée. Nous mangeons encore de bon appétit. C'est délicieux mais copieux. Nous ne sommes pas très sûrs des épices dans lequelles ont été conservées la viande mais ça ressemble terriblement à du cumin. Très bonne recette en tout cas. D'ailleurs tout le monde se ressert.

Après déjeuner, les petits rituels s'installent, thé à la menthe, puis sieste. Sabine n'aime pas trop dormir le midi et sort son bouquin, cérémonieusement enveloppé dans un papier plastique protecteur du Vieux Campeur. Elle nous explique, que ces sacs (reconvertis en guêtres grâce au système D) lui ont été bien utiles ainsi qu'à Marie-Jo pour marcher dans les hautes herbes coupantes et piquantes lors d'un précédent trek. En tout cas, je note pour le "protège-bouquin", car je rapporte toujours mes livres de poche dans des états calamiteux après mes treks dans le désert, et le plus frustrant c'est que, bien souvent, je n'en lis pas une seule page pendant le trek, trop occupée à d'autres activités à sensation comme crapahuter pendant l'heure de la sieste, discuter au coin du feu le soir ou regarder les étoiles la nuit.

Là encore, ça n'y coupe pas, après un petit somme, je pars en exploration. Pour cela, il faut traverser la grande vallée sableuse et aller voir ce qu'il y a derrière les rocher. Avec la chaleur qu'il fait, quitter l'ombre est en soi un exploit. Mais au bout de quelques instants le corps s'habitue. Ma petite virée accomplie, je rentre joyeusement au point de ralliement. Déjà les chameaux piaffent, mais Pierre et Frédéric sont, eux aussi, partis en exploration de l'autre côté de la vallée. Ca n'a pas l'air mal non plus par là bas, mais il est temps de se préparer. Nouage de cheich bien plus expérimenté. Bâton de rando. Topping en eau. Yalla !

La marche de l'après-midi est magique. Cette fois-ci, le spectacle est presque mystique. On dirait qu'on a semé des signaux pour nous laisser des messages. Rencontre stupéfiante avec une tête de mort posée délicatement sur le sable. Sabine me fait remarquer un petit personnage qui semble porter une casquette. J'y vois un Janus à deux visages. Plus loin, une immense Madonne marque l'entrée d'une vallée absolument exceptionnelle. Choukri nous attend à ses pieds en grande conversation avec son chameau. Autour de lui, de gros gâteaux de meringue, bien lisses, sont nappés d'une couche de praline onctueuse. La lumière tombante de fin d'après-midi donne à l'ensemble une athmosphère chaude et douce. Ici, un Sphinx à tête de chien. Et voici une bosse qui a été prise par un skieur laissant deux traces parallèles. Là, une immense dune adossée à un rocher et couverte de ridules. Elle est tellement belle que nous refusons de la souiller en l'escaladant. Pour finir, un sculpteur a déposé délicatement son oeuvre sur un joli piédestal qui prend des couleurs jaunes orangés avec le soleil tombant. Nous rejoignons Hani qui passe un petit coup de fil sur son portable en toute simplicité au dessus de rochers blancs crémeux marbrés de grosses veines marron glacés et violine. Nous avons un peu vécu les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, nous sommes vraiment passé de l'autre côté du miroir et avons rencontrés une foule de personnages plus abracadabrants les uns que les autres !

Arrivés au bivouac du soir, nous sommes accueillis par un Mahmoud rayonnant et lumineux, il est rasé de près et a mis un magnifique ensemble jaune pâle qui lui va à ravir. Et en plus, il aborde son magnifique sourire pour nous recevoir dans son humble demeure ! Sabine est définitivement sous le charme. Je prends quelques photos pour immortaliser l'instant et montrer à Mahmoud qu'on apprécie ses efforts de toilette. Il nous sert un jus de mangue réparateur après notre longue marche. 2ème soir, ça tire dans les mollets (et derrière les fesses). Marcher sur un terrain plat a aussi ses petits plaisirs...

Ce soir c'est la grande forme. Sabine se lance dans une de ses histoires favorites et nous parle de son expérience de "cheftaine de guidouilles", l'expression a tellement plu qu'elle va rester dans les annales... Puis, dans sa lancée nous raconte la fois où elle est partie faire pipi en pleine nuit, armée de sa lampe torche, et où elle a mis 45 minutes à retrouver son duvet. Ce ne serait pas si drôle si je ne vous précisais pas que Sabine a l'habitude de dormir toute nue dans son duvet. Et c'est encore plus drôle quand c'est Sabine elle-même qui vous le raconte. Hillarité générale, certaines en pleurent de rire. Et après, on s'étonne de se faire mettre en boîte par Frédéric !

Pour continuer dans la bonne humeur générale, Mansour ramène son bidon et commence à taper un petit rythme et à chantonner une petite chanson d'Aziza, habibi, et tutti quanti. René semble doué d'un don exceptionnel pour répéter les sons par mimétisme. Il arrive à choper l'air et les paroles alors qu'il ne les as jamais entendus et ne parle pas un mot d'Arabe. Il se lance néanmoins sans hésiter dans un duo exceptionnel avec Mansour.

Choukri participe timidement mais ce n'est pas son jour. Mansour et René lui répètent à l'envi, le seul mot qu'il connaisse en Français et qu'il nous ressasse toute la journée : "fatigué ?" "non Choukri pas fatigué !". Ca devient un jeu, puis une chanson avec son propre rythme de tam tam interprété par Mansour, avec en 2ème voix René, et quand l'un se fatigue, l'autre reprend de plus belle "Chou-kri / Fa - tigué, Chou- kri / Fa - tigué". Choukri essaye bien de riposter mais il est seul contre tous. Mansour et René en rajoutent trois couches si bien je sens le besoin d'aller prendre l'air et que Choukri, lassé et peut-être vexé, se retire dans son coin.

Pendant le dîner, Mansour continue le spectacle. Il est soit-disant puni par Hani et n'a plus le droit de parler. Il nous fait un vrai spectacle de mime très au point pendant toute la durée du repas. Il réussit à garder son sérieux malgré nos tentatives de le faire rigoler et rompre le silence. Après le dîner, Hani, Choukri, Mahmoud et Mansour nous chantent des chansons traditionnelles accompagnés des bidons. Puis, Hani nous fait une petite danse. Choukri nous tire par la manche pour que l'on participe. Pieds-nus dans le sable sur les tapis, ce n'est pas facile. Cela devient vite une grande ronde n'importe quoi et la ribambelle se dénoue dans la nuit pour aller au lit. Quelqu'un a pris mes sandales ! Tant pis, je ne vais pas très loin, on verra demain.

Ce soir, ils ont branché le vent multidirectionnel. On croit se coucher dans le bon sens afin d'être vaguement à l'abri. Encore que nous somme dans un couloir sableux qui se prête particulièrement aux courants d'air. En plus j'ai l'impression qu'il y a des moustiques, c'est complet ! Mais en fait, le vent a tourné pendant la nuit. Résultat, on mange du sable, on a du sable dans les yeux, dans le duvet. La méthode, remonter son duvet au maximum, enrouler sa tête dans son cheich, fermer les ouvertues, et attendre que ça se passe. Mais ça ne se passe pas et on crève de chaud. Le duvet est prévu pour aller à moins cinq et il doit faire 8 à 10 degrés au plus froid de la nuit.

Jour 5 Des cailloux, du sable, quelques palmiers, la traversée du désert quoi !

Une heure avant l'aube, les bourrasques regagnent de l'amplitude. Ca devient tellement insupportable que dès les premières lueurs de l'aube, foutu pour foutu, je n'ai pas dormi, je me lève pour aller explorer les environs à la recherche du soleil. Et ce matin, ça va être compliqué, car une énorme falaise bouche l'horizon à l'Est. Je dois donc la contourner, pieds-nus puisque mes sandales ont disparu dans la nuit et que mes godillos sont avec les chameaux quelque part dans un sac... Maintenant que j'y songe, j'avais mes tongues qui sont restées dans mon sac pendant tout le voyage, et que je n'ai pas pensé à utiliser. Dommage, en cette occasion elles m'auraient été bien utiles.

J'avance d'abord dans le sable puis dans de petits cailloux à pas de plus en plus lents. Et c'est loin ! Ouille, ouille, ouille, mais l'endroit est si beau. Je trouve un passage, je m'y dirige. Là, le sol est un peu meilleur, puis je retrouve le sable. Et le soleil ! Ah, et au loin, venant de l'autre directin mais c'est... quelqu'un du groupe qui me dit bonjour. Heu, je n'ai pas mes lentilles alors je ne vois pas qui c'est, comme je suis très myope, c'est très gênant, ah si, c'est Daniel. Lui aussi il est venu admirer le lever de soleil mais le chemin qu'il a pris avait l'air plus court. Je vais l'essayer au retour. En attendant, nous avons du sable à perte de vue, et au loin, la boule de feu qui apparaît, floue, sans les lentilles, mais suffisemment nette pour viser avec l'appareil ;-)

Le retour au campement est en effet beaucoup plus rapide et moins caillouteux. Et j'ai trouvé la coupable, c'est Marie-Jo qui avait confondu mes sandales avec les siennes dans la nuit... Dur, ce matin. Tout le monde a mal dormi, sauf Catherine qui s'était fait une mini-tente avec deux sacs et un cheich tendu entre les deux. Oui, enfin bon, passons. Hani a lui aussi soit-disant mal dormi dans le 4x4. Hum ! Nous, on a très, très mal dormi, dans le sable. Voilà, c'est dit. Maintenant, p'tit dej, brossage de dents, et en route mauvaise troupe ! Non mais, ho, on va pas écouter cette bande de pleurnichards gémir sur leur sort toute la journée, pas vrai. Regarde les chameaux, même pas de duvets pour se protéger, est-ce qu'ils font la tronche, mais non, la patate.

Avant de partir, Mansour, qui ne semble pas vouloir nous laisser partir ce matin, réclame une petite photo souvenir. Alors que nous faisons de grands au revoir à Mahmoud et Mansour, qui restent pour déblayer le campement et repartir faire le plein de provisions à l'oasis, nous attaquons la marche dans la caillasse en direction de la route que nous allons devoir traverser. Derrière nous le paysage est magnifique avec de grandes falaises blanches. Nous nous retournons donc fréquemment car devant nous s'étend une plaine de caillasse à l'infini, un reg dans le langage touareg, mais ici on n'est pas au Sahara, alors ça s'appelle autrement. Le sol noir est constitué de basalte et de pierrite qui absorbent la lumière du soleil et renvoient la chaleur.


Pour la marche d'aujourd'hui, Sabine a décidé de suivre ma technique de la sandale. C'est moins bien pour les chevilles mais tellement mieux pour la chaleur et pour marcher dans le sable. Le problème c'est que là on est sur des cailloux et que ce n'est pas forcément l'idéal. Heureusement, ce sont essentiellement des cailloux plats. Mais certains ont l'air coupants et il faut bien regarder où on met les pieds. Je lève bien les pieds à chaque pas ce qui perd une partie du bénéfice d'avoir mis les sandales. Sabine semble pour l'instant très contente de son choix.

Nous arrivons enfin à la route. C'est très surprenant : avant même d'apercevoir l'asphalte, en plein désert, un panneau indicateur nous fais signe de tourner à droite. Au moment de traverser, on regarde à droite et, heureusement qu'on a encore quelques réflexes de la vie civilisée, parce que, justement, une voiture arrive. Les chameaux se tiennent sagement en rang, au bord de la route, pour la laisser passer. Le reg continue de plus belle de l'autre côté de la route et la caillasse devient plus périlleuse. Il faut redoubler d'attention pour ne pas se tordre une cheville quand on est en sandales, questions que l'on ne se poserait pas si on avait mis les chaussures montantes.

Nous continons d'avancer mais, en pleine discussion sur Madagascar avec Laurence, Sabine qui ne regarde pas devant elle, se gamelle méchamment en butant dans une pierre. Evidemment c'est son ongle abimé qui a pris ! Pas de bol. En plus elle est tombée en plein sur le genou sans mettre les mains devant. Et ça, ça fait hyper mal. Elle reste un peu étourdie de sa chute. Nous sommes tous inquiets mais elle tente de nous rassurer en minimisant les dégats. Nous faisons quand même une petite halte pour mettre un peu de désinfectant.

Et dire qu'elle venait de changer de pantalon ce matin. Il va falloir faire un peu de couture et Sabine n'aime pas vraiment les travaux manuels semble-t-il. Catherine qui est une pro et a cousu elle-même ses serouals dans de magnifiques tissus colorés, lui explique comment s'y prendre. On verra tout ça à la pause déjeuner. En attendant, la caravane repart courageusement. Chacun guette pour voir si Sabine arrive à marcher sans trop de peine et vérifie régulièrement comment ça va.

Nous franchissons une petite côte et après plusieurs heures de caillasse, le paysage change pour nous offrir une vue plongeante sur une mer de sables semée ça et là de quelques îlots verts composés de palmiers décrépis. C'est le début de l'oasis à laquelle nous devons déjeuner. Là s'évanouissent toutes nos images d'oasis luxuriantes des vallées marocaines ou mauritaniennes. Eux, tout là bas à l'ouest du Sahara, reçoivent régulièrement, même si c'est avec parcimonie, des gouttes de pluie en provenance de l'Atlantique. Mais ici, à l'extrémité Est du continent africain, comment voulez vous qu'un petit nuage en provenance de l'Océan, traverse la Mauritanie, l'Algérie, puis la Lybie, et arrive intact en Egypte pour crever là, au dessus de nos tête, alors que pas un semblant de relief de s'élève pour le briser, et que, de toute façon, il a déjà été arrêté avec certitute pas les chaînes de montagnes marocaines et algériennes. Bref aucune chance.

Les oasis qui vivent ici vont puiser dans les nappes phréatiques fossiles. Et puis, cet endroit a été déclaré réserve naturelle, et est donc interdit aux agriculteurs égyptiens qui alimentaient jusqu'ici les palmiers en eau pour leur faire produire des dattes. Désormais, c'est complètement à l'abandon. On n'a pas bien compris pourquoi une agriculture écologique ne pourrait pas demeurer en toute harmonie en favorisant la préservation de l'oasis. Mais, quand on voit le Caire, on se dit que la présence humaine peut être tellement dévastatrice pour l'environnement qu'il vaut peut-être mieux l'en bannir. L'agriculture biologique est sans doute un concept de riches occidentaux qui n'est pas arrivé jusqu'en Orient.

Les sandales redeviennent efficaces et on apprécie le changement de terrain. Un peu de végétation enfin après avoir traversé un univers complètement minéral pendant plusieurs jours. Les chameaux s'en donnent à coeur joie. Nous faisons une petite pause dattes à l'ombre d'un bosquet de palmiers pendant que les chameaux dégustent avec plaisir quelques plantes herbacées qui n'ont pas reçu d'eau depuis belle lurette. De charmants petits oiseaux sautillent non loin de nous, il s'agirait de bergeronnettes, semble-t-il. Accident, les dattes sont renversées dans le sable. Finies nos sources d'énergie revitalisantes lors des pauses !

Nous repartons avec la chaleur dans le dos. Marcher dans le sable est fatiguant. Sabine ferme la file des marcheurs. Je suis encore derrière car j'ai traîné à prendre des photos comme d'habitude, en plus là je commence à sérieusement fatiguer. Au loin, j'entrevois un gros palmier et je décide que c'est notre pause déjeuner, il ne peut en être autrement, je ne pourrai pas aller plus loin. Je vais puiser dans mes dernières ressources pour remonter un à un la file des marcheurs. Pour cela, il me faut doubler ma vitesse de croisière car je suis vraiment loin derrière. Je ne vois même plus les chameaux qui sont tout là bas cachés derrière une dune.

Marie-Jo avance tranquillement, mais d'un pas assuré et constant, en prenant le temps de s'arrêter pour ramasser quelques jolis caillous blancs légèrement transparents, il s'agit de quartz qui sont éparpillés ici comme des joyaux perdus et luisant au soleil. J'en ramasse aussi un ou deux pour ma collection. J'arrive à la hauteur de Catherine quand je m'aperçois que les chameaux continuent après mon palmier ! Tous mes espoirs se brisent, c'est la débâcle. Mon dernier espoir repose dans l'énorme palmier qui semble nous tendre les bras à l'horizon.

Encore avancer, toujours avancer, ne pas s'arrêter, il fait chaud, très chaud, j'ai mal aus pieds, j'ai les mollets qui tirent, ça tire aussi derrière les cuisses et jusque dans les fesses. Vivement qu'on arrive. Eurêka, Choukri s'arrête au pied du palmier géant. On arrive enfin. C'est superbe. Le palmier sous lequel nous nous sommes arrêtés est époustouflant, un véritable treillis de branchages à l'intérieur, plusieurs troncs enchevêtrés, d'où surgissent des têtes palmées et effilées qui se détachent contre le ciel à contre jour. Je prends quelques photos avant de m'asseoir car je ne me relèverai plus pour longtemps.

Je m'affale littéralement sur les tapis étendus à l'ombre par Choukri. Nous commençons à somnoler épuisés par la marche et par la chaleur. Sabine a du boulot : nettoyage d'ampoule, pansement et couture ! Elle aimerait bien que Marie-Jo joue au docteur, mais Marie-Jo est en vacances et Sabine a passé l'âge d'aller voir le pédiatre surtout pour une ampoule. Désinfectant, Compils, gaze, sparadrap et élastoplasts circulent accompagnés de conseils pour le positionnement du pansement et la taille des Compils. Laurence a l'idée du siècle pour faire tenir le pansement. Personnellement, je veux bien passer toute ma trousse à pharmacie s'il le faut mais je ne veux pas voir ça !

Pendant ce temps, Choukri et Hani nous mijotent notre déjeuner. La chaleur du feu parvient jusqu'à nous et nous oblige à nous déplacer car nous sommes sous le vent et la fumée se rabat sur nous. Etant donné la chaleur qu'il fait, même à l'ombre, on n'a pas besoin d'un petit radiateur supplémentaire. Aujourd'hui, alors que pendant la marche de la matinée j'ai dit pour rigoler que j'avais envie de fromage, on nous sert d'énormes portions de salade de pâtes accompagnées de belles tranches de cheddar ! Incongru mais très bienvenu. En plus, j'ai une faim de loup. Pour une fois, il n'y a pas que Pierre qui réclamme une deuxième tournée.

Après déjeuner, nous partons à la recherche de l'ombre qui est rare. L'idée étant de nous éloigner légèrement de Hani le ronfleur si l'on veut essayer de faire un petit somme. Je n'arrive pas vraiment à dormir mais je me repose un peu. Au bout d'un moment, mes jambes me démangent à nouveau quand je vois que René a tenu sa promesse d'escalader le plateau tabulaire qui surplombe l'oasis. On distingue en effet une petite silhouette au sommet à côté du cairn qui marque le passage de précédents marcheurs.

Je traverse donc l'étendue de sable et me dirige également vers le plateaux. En arrivant par le côté la montée a l'air accessible. Petit éboulis de cailloux à gravir. Je suis un peu essoufflée en arrivant en haut. Il y a une sorte de petit muret naturel à escalader pour arriver sur le plateau et René me tend une main secourable car avec ma gourde dans une main et mon ipod dans l'autre, je n'ai pas vraiment de quoi m'agripper aux prises.

De là haut, nous voyons au loin le point d'où nous sommes partis ce matin. Nous voyons aussi nos amis les fourmis qui s'abritent sous le gros palmiers. Nous prenons quelques photos souvenirs puis nous redescendons pour rejoindre le groupe. Catherine est en train d'expliquer à Choukri comment jouer au Sudoku pendant que Laurence a posé à Marie-Jo, Sabine et Hani une énigme.

Nous repartons à l'assaut de l'après-midi mais la chaleur se fait moins sentir. Nous avons rechargé les batteries et la marche se fait d'un pas léger. Nous longeons des cordons de dune qui n'en finissent pas. Je tente de remonter au devant des chameaux pour les prendre en photos mais il faut courrir pour y arriver. Ils ont l'air d'aller doucement avec leur démarche paisible mais ils ont de grandes jambes. Il font naturellement du 5-6 km / heure.

Nous sommes toujours dans le sable et sommes tout réjouis de trouver une énorme dune qui se présente et longe notre chemin. René et Pierre ne se font pas prier pour la grimper, nous sommes suivis par Frédéric et Laurence, toujours partants pour une petite grimpette. Celle-ci est en pente douce sur du sable dur, donc pas trop consommatrice d'énergie. Mais elle est d'une longueur insoupçonnée.

Arrivés au sommet, nous sommes très contrariés de voir une bouteille d'eau minérale vide nous foncer dessus. Je l'intercepte et la glisse dans mon sac à dos pour la rapporter au campement. La lumière est magnifique et la dune continue de plus belle toujours plus haut en plusieurs vagues de dunes. Beau point de vue pour attendre le coucher de soleil mais on a encore de la route avant d'arriver au bivouac. René continue plus haut mais je préfère profiter du luxe de descendre la dune en courant et en criant comme une sauvage à l'attaque de la caravane qui passe en contrebas. Frédéric et Laurence en font de même mais sans crier si bien qu'ils entendent la dune vibrer sous leurs pieds.

Nous longeons une petite montagne de calcaire avec des coulées creusées dans la roche. Soudain la forme d'un visage se découpe contre la paroi rocheuse. On croirait un page venu offrir une fleur à sa belle. C'est en fait l'ombre portée d'un gigantesque rocher. Nous débouchons ensuite sur une sorte de cirque encaissé dont le sol blanc nous donne le sentiment d'avoir posé le pied sur une autre planète. Petite séance photo. Frédéric me confie son énorme Réflex pour quelques clichés avec Laurence, mais je n'ai pas vraiment l'habitude de ces gros engins et je ne suis pas très sûre du résultat...

A peine un peu plus loin, nous découvrons l'emplacement du bivouac et notre comité d'acceuil habituel. Le karkadé est un vrai plaisir. A peine avalé, Pierre et René se précipitent pour retraverser la vallée et grimper une dune en direction du soleil couchant. Pierre, dans la précipitation pour ne pas rater le soleil, laisse ses chaussures et y va pieds-nus, sous les imprécation de Sabine et Marie-Jo. Pendant ce temps, nous profitons des derniers rayons du soleil tandis que Frédéric explore le site pour localiser le meilleur emplacement contre le vent. Visiblement, le vent tourne autour de chaque petit rocher et semble ne pouvoir être évité quelle que soit la direction que l'on prend.

Je reste auprès du feu et remets à plus tard la décision de l'emplacement de ma chambrette. D'ici là le vent aura le temps de tourner et on avisera. Ce soir, avant le repas, Hani nous parle des Coptes et des règles drastiques de la religion orthodoxe, en particulier les nombreuses périodes de jeûne. De son côté, Choukri, Musulman, ne manque jamais la prière du soir qu'il va faire un peu à l'écart du groupe. Soudain, en bordure du gros rocher à côté duquel nous campons, une petite forme furtive se détache contre le blanc du calcaire à la lueur du feu. Il s'agit d'un fennec ou renard du désert attiré par l'odeur de notre dîner...

Après un copieux repas du soir, nous avons droit à un dessert de fête, du Halva, sorte de nougat/pâte d'amande en 3 fois plus calorique et bourratif. Sabine, Laurence et Isabelle ne se font pas prier pour terminer les dernières miettes. Après l'énergie dépensée aujourd'hui pour marcher sous la chaleur, un petit excès gastronomique comme celui-ci doit être bien vite absorbé.

Au moment d'aller se coucher, le vent s'est levé violemment. Il est nettement plus fort que la veille au soir et je ne me sens pas d'attaque pour une nouvelle nuit à manger du sable. Or, je ne vois pas vraiment d'endroit où m'abriter, les éléments semblent déchaînés. Je demande donc l'hospitalité à notre équipe locale qui, coutumière du fait, a pris place à l'abri du paravent. Je vais donc chercher mes petites affaires, et à ma grande surprise, à mon retour, Mansous a dressé la petite table basse en guise de séparation pour le dortoir : d'un côté Mahmoud, Choukri et Mansour, de l'autre Eléonore. Ils sont très bien élevés ces Messieurs du désert et pleins de gentilles attentions. Toujours est-il qu'ils semblent ravis de m'héberger.

Une fois installée dans mon duvet, je m'aperçois que l'abri du paravent n'est pas idéal non plus, les pans de tissus claquent à tout vent, le sable passe par en-dessous et par au-dessus, j'ai l'impression d'en recevoir des seaux à chaque raffale. Le bruit est assourdissant et ça me met dans un état d'énervement pas possible. Je passe donc la moitié de la nuit assise à essayer de me calmer et de respirer un peu d'air sans sable. Si je reste allongée dans le duvet, enroulée dans le cheich avec juste un mini-trou pour les yeux, le nez et la bouche, j'ai l'impression d'étouffer. En plus, Mansour, qui s'inquiète de ne pas me voir allongée en train de dormir, me braque sa lampe torche droit dans les yeux en me demandant si je dors, vraisemblablement si je suis assise les yeux grands-ouverts, c'est que non, mais je me serai quand même passée de la lumière braquée sur moi... Ca me donne une idée pour éviter le sable dans les yeux, je vais mettre mon cache qu'ils distribuent dans les avions ! En effet, ça améliore la situation et contribue à me calmer un peu. Tout à coup, je me sens comme asphyxiée par une odeur de feu de bois, est-on en train de cramer ? Je retire mon cache pour les yeux et sors précipitemment la tête de mon duvet, ah, non, c'est juste Mahmoud et Mansour qui se fument une petite cigarette en plein milieu de la nuit. Je ne les blâme pas, avec cette nuit cataclysmique, il faut bien passer ses nerfs sur quelque chose.

Jour 6 Grosse fatigue

A l'aube, toute l'équipe s'active rapidement. Sauf Choukri, le pauvre, il est blotti sous une énorme couverture à nos pieds et on ne voit pas un bout qui dépasse. Moi qui croyait qu'il était à l'abri du paravent à côté de Mansour et Mahmoud, le pauvre chamelier m'avait cédé sa place sans rien dire et a passé la nuit en plein vent !

Pour aujourd'hui c'est encore une journée de sable qui nous attend, pour changer ! Et c'est toujours et encore plat. Je suis les chameaux mais sans grande conviction. Aujourd'hui, ils creusent des fleurs de lotus dans le sable. Nous croisons quelques palmiers dont certains émergent derrières des dunes et m'évoquent les moulins à vent de Sancho Pança avec leurs grands bras de géants et leurs longues barbes emmêlées. Catherine, elle, observe Hani avec son bâton de marcheur et, transposant le paysage dans une jolie gamme de vert, se figure un golfeur sur son green. Chacune ses visions, à cette heure de la journée le soleil tape bien fort, et il n'est pas dit que ce ne soit pas l'effet bien connu de l'insolation qui nous fasse miroiter toute sortes de visions. Notre diversion de la matinée, une table d'orientation au milieu du désert, tout le monde se penche dessus en essayant de déchiffrer la topographie du lieu, mais tout est plat et l'on cherche le relief en vain. Nous trouvons néanmoins à nous abriter du soleil sur une sorte de banc creusé dans le flanc d'un gros rocher. De là nous observons le sol rocheux qui prend une teinte violette contrastant sur le jaune du sable.

Sabine prend une petite gorgée dans sa gourde high tech qui a le mauvais goût de fuire malgré une technique de goutte à goutte très étudiée. Heureusement, nous ne sommes pas à court d'eau. Etude comparative des différents modèles de poches à eau avec leurs avantages et leur inconvénients. Celle de Laurence est difficile à dévisser mais au moins elle ne fuit pas. Certains ont même une poche hypothermique qui préserve l'eau bien fraîche. Et puis, il y a les vieux baroudeurs qui en sont restés à la bonne vieille gourde en métal qu'il faut sortir à chaque pause au lieu de s'hydrater régulièrement tout au long du chemin. Chacun partage ses combines et note les nouveaux équipements dans lesquels investir pour le prochain trek.

Un peu plus loin, nous faisons une pause en pleine chaleur sous un groupe de palmiers et ô surprise, Choukri nous présente des dattes. Nos amis ont été faire un rapprovisionnement à l'oasis afin que nous ne manquions pas de carburant pour la route. Nous repartons, mais je sens que la motivation baisse. Ca m'a lair toujours aussi plat et aujourd'hui, j'avoue que le paysage est très joli mais un peu lassant à mon goût, ça manque de relief. Nous sommes bientôt à la pause déjeuner, mais je décide de faire les dernières 20 minutes à dos de chameau pour mettre un peu de piment dans le trajet.

Ca ne loupe pas, je commence par me casser un ongle et m'en retourner un autre car Choukri ne m'a pas prévenue quand il a fait se lever la chamelle et j'ai dû m'accrocher en toute hâte à la corde d'arrimage. Une fois là haut, ça balance, ça balance. Catherine me fait un petit reportage photo pour le souvenir. Oui, j'aurai fait ma touriste au Sahara, pardon dans le désert Libyque (qui ne fait pas partie du Sahara, et ne se situe pas en Libye, bandes d'ignares, mais en Egypte, entre la frontière Libyque justement et le Nil) !

A peine montée sur le chameau, que Choukri fait faire une pause à ces derniers pour boire à un abreuvoir plein de mousse et de vase. Je demande à Choukri s'il ne faut pas que je descende avant, de peur de me trouver catapultée la tête la première dans l'abreuvoir au moment où les chameaux vont baisser la tête. Non, tout va bien se passer. Nous repartons pour ce qui me semble une courte marche, mais à dos de chameau je ne sens pas la fatigue, et nous atteignons l'ombre prometteuse d'un groupe de palmiers pour la pause déjeuner.

Il fait une bonne grosse chaleur et le sommeil nous gagne. Hani, nous raconte que la dernière fois qu'il est passé dans le coin un couple de touristes en 4x4 lui avait demandé s'il n'avait pas vu leur guide car ils l'avaient perdue. C'est embêtant en plein désert... Le pire c'est qu'ils ont repris le 4x4 sans la guide qui a dû rester plantée quelque part par là sans vivres, sans moyen de locomotion. On espère qu'ils ont fini par se retrouver !

L'après-midi, nous reprenons la marche mais c'est toujours plat et il n'y a pas grand chose à voir. On en profite pour papoter un peu. Ce n'est qu'au moment où la chaleur commence à diminuer et le soleil à décliner que nous approchons d'un site féérique. Au loin de grosses meringues blanches hémisphériques se multiplient. Catherine nous parle des Polonaises, ces gâteaux de meringue et de fruits confits. Nous avons quelques gourmands dans le groupe... Vous les branchez cuisine, et hop, ça embraye, et on ne peut plus les arrêter.

Nous jouons à cache-cache entre les dômes et finissons par rejoindre le campement du soir idéalement positionné entre plusieurs rochers. C'est l'heure du karkadé que nous savourons avec plaisir. Puis, nous repartons entre les meringues repérer le meilleur point de vue pour observer le coucher de soleil. Catherine et Pierre ont trouvé un chouette endroit. En plus, des nuages commencent à masquer l'horizon ce qui devrait nous faire un très beau ciel. Heureusement, le soleil trouve à se faire une petite place entre eux pour que nous puissions continuer à l'admirer. Le ciel devient rose puis mauve et finit pas se griser.

Chacun s'éparpille pour trouver sa chambrette pour la nuit. Ce soir pas de vent, une foultitude d'emplacements. Nous partons aux 4 points cardinaux et René comme toujours le plus loin. Difficile de trouver un coin tranquille pour les toilettes dans ces conditions ! A chaque fois qu'on se retourne on voit quelqu'un en train d'installer son matelas, de faire un brin de toilette ou de bouquiner. Le mieux est encore d'aller à côté des chameaux. Ils ne s'offusqueront pas.

Pour notre dernier soir tous ensembles, notre équipe de choc nous sort le grand jeux. Mansour, qui est devenu très complice avec René, s'appuie sur son épaule. Puis, René se plaignant que ça lui fasse mal au dos, Mansour se propose pour lui faire un petit massage. Mahmoud ne veut pas être en reste et se met à faire un massage à Pierre. C'est plutôt Marie-Jo qui en aurait besoin car elle ne semble pas trouver de position confortable pour son dos. Mais, elle refuse le traitement hasardeux, non homologué par un kinésithérapeuthe diplômé. Sabine en revanche saute sur l'occasion pour bénéficier d'un petit massage de la part de Mahmoud, pendant que je réclame de mon côté auprès de Mansour. Tant qu'on ne le signale pas à Nomade pour que ça fasse partie du programme des prochains treks, pas de problème.

Jour 7 Grosse chaleur, ampoules, sable, dune et farniente

Après une nuit formidable, sol confortable, température idéale, absence de moustiques, pas une once de vent, on se sent frais et dispos, d'attaque pour notre dernière demi-journée de marche. Aujourd'hui, ça s'annonc tranquille, on marche jusqu'à midi où l'on retrouve Mahmoud, Mansour et le 4x4 pour un dernier déjeuner tous ensemble. Ensuite, Choukri, repartira à pied avec ses chameaux jusqu'à l'oasis pendant que nous profiterons de l'après-midi dans un site exceptionnel.

Entre la thérorie et l'expérience, quelques légères distorsions. Notre premier ennemi ne tarde pas à pointer son nez, à peine 9h30 et déjà une chaleur accablante. Nous marchons dans la caillasse, puis celle-ci cède progressivement la place à de grande plaques de calcaire reposant sur le sable blond, et enfin ne reste plus que le tapis sable strié par le vent à perte de vue. Notre deuxième ennemi arrive sur le coup de 10h30, la fatigue physique et mentale. Les petits petons se rebellent, certains se couvrent d'ampoules, les muscles tirent, les chevilles travaillent dans le sable, et le paysage est d'une platitude désespérante, avec parfois un cep de vigne isolé, tout désseché et tout tordu, au loin une chaîne de montagne qui semble ne jamais vouloir se rapprocher malgré tous nos efforts pour aller vers elle. Notre 3ème ennemi, nous même, le cerveau refuse d'avancer plus vite et de donner des ordres au corps endolori, les distances ne semblent plus humaines, nous perdons nos repères, nous sommes seuls face à notre cheminement mental, à essayer de remotiver notre bon ange, de plus en plus silencieux, et à tenter de faire taire notre mauvais ange, en train de récriminer contre tout et n'importe quoi. Certains envoient les chaussures ballader et décident de continuer pieds-nus.

Soudain, au dessus d'une grande plaque neigeuse miroitant au soleil, une immense dune se profile à l'horizon et le bon ange prend le dessus. Accélère, bon sang ! Le temps de boire une petite gorgée, et à l'assaut, les globules rouges s'activent, les yeux brillent, l'énergie du désespoir, un, deux, trois, ça glisse, c'est de plus en plus raide, mais je t'aurai ma cocotte. Sabine est en train de se répéter les mêmes paroles d'encouragement et récolte la médaille de bronze. Je n'arrive pas sur le podium, mais je suis là, juste pour le fun à contempler l'arrête de la dune.

En bas, nos amis se ravitaillent en dattes pour reprendre un peu d'énergie avant la battaille finale. Le paysage devient de plus en plus beau. Nous passons la dune et admirons à nouveaux des rochers calcaires aux formes lissées par l'érosion. Sous ce soleil de plomb, ils sont encore plus étincelants. Au loin un véritable pain de sucre nous ensorcelle. Derrière lui, surprise, Mahmoud, Mansour et le 4x4 sont là à nous attendre tranquillement. Vu la chaleur exceptionnelle, nos amis ont eu recours au système D pour nous faire une sorte d'abri à l'ombre du 4x4 en se servant du paravent. L'ombre est un vrai bonheur. Et puis, comme c'est le dernier jour de marche, nous pouvons exceptionnellement faire un excès d'eau et nous asperger la tête pour nous raffraîchir.

Mahmoud nous a gâtés aujourd'hui. Pour le déjeuner il nous sert des chips d'aubergines absolument délicieuses. Une petite sauce au citron les parfume à souhait. Une purée de pomme de terre maison agrémentée de morceaux d'oeufs durs vient compléter la salade de tomates. Les plats sont si joliment présentés que nous prenons des photos de la table. Pendant que Mahmoud apporte les plats, Catherine rejoint Isabelle qui a trouvé un magnifique espace fumeur, assise sur un rocher blanc bien lisse. Après l'effort, le réconfort.

Après déjeuner, nous faisons nos adieux à Choukri qui repart pour un long après-midi de marche en pleine chaleur. Il ne devrait pas être chez lui avant 9 ou 10 heures du soir. Le temps de regagner à pied l'oasis où il va laisser les chameaux pâturer, et de là, prendre un bus jusque chez lui.

Nous cherchons l'ombre pour faire une petite sieste réparatrice. Sur la crête d'une dune à l'ombre d'un gros rocher, Mansour s'inquiète pour mon confort et m'apporte un tapis. Je regarde passer un petit scarabée tout étonné de se faire prendre en photo. J'essaye de prendre encore quelques clichés du lieu mais toutes mes batteries sont en train de me lâcher les unes après les autres. Je vais rater le dernier coucher de soleil alors qu'il s'annonce assez spectaculaire vu la myriade de minuscules nuages qui se sont accumulés à l'ouest.

Je m'éloigne du 4x4 et escalade plusieurs dunes puis un petit monticule empierré. De là, je vois Sabine et Marie-Jo qui s'attaquent à un sommet voisin et de l'autre côté René, perché sur une autre hauteur. Tout au loin, Pierre s'est aventuré au fond de la vallée. Devant, Catherine fait le tour d'un gros rocher à la recherche de petits cailloux. Frédéric et Laurence prennent des photos en haut d'une dune de l'autre côté du campement.

Finalement, je redescend de mon perchoir, en proie à l'envie pressente de courrir au bas de la dune. Isabelle, Catherine et René se sont regroupés en haut d'un monticule et me font signe de les rejoindre. Nous discutons un moment, puis Isabelle retourne se ballader pendant que nous attendons tranquillement que le soleil veuille bien se coucher au milieu de tous ces petits nuages. Le spectacle est magnifique. Heureusement que René a encore quelques cartouches. Il mitraille le ciel enflammé.

A la tombée du jour, nous regagnons le campement d'un pas lent, les yeux encore pleins du spectacle féérique auquel nous avons assisté. Dernière soirée au coin du feu, dans le confort spartiate du campement. Le manque de douche se fait jour après jour plus pressant. En particulier ce soir quand on sait que demain on a une longue journée de route qui nous attend. Petite pensée pour Choukri qui n'est pas encore arrivé chez lui à l'heure qu'il est...

Hani profite d'un instant de calme pour revenir sur notre voyage et nous demander notre avis. Hormis les horaires de vol qui ont été franchement pénibles pour ceux qui ont fait un stop à Athène en pleine nuit, on se creuse la tête pour trouver des points d'amélioration pour les prochains. Les paysages étaient magnifiques, l'équipe d'accompagnement était aux petits soins, la logistique était parfaitement huilée, nous n'avons manqué de rien et bénéficié d'un cuisinier hors paire à bien des égards, l'équipe était assez complice et a semblé tout gérer sans anicroches. Il faut le dire nous sommes vraiment satisfaits de notre voyage.

Le dîner se termine par une agréable surprise, une énorme part de halva à partager plus ou moins équitablement selon l'appétit. Puis chacun regagne son nid douillet pour la nuit.

Jour 8 4x4, source chaude et retour à la civilisation

A l'aube, je me réveille de bonne heure et termine rapidement mon paquetage. Je commence à être bien rôdée. Le lever du soleil a l'air superbe mais il faut aller le chercher un peu loin en haut des dunes, même encore plus loin et surtout plus haut, si l'on veut surplomber la petite chaîne de montage qui bouche l'horizon. Je retrouve le promontoire d'où nous avons assisté la veille au coucher du soleil. Si l'on se positionne de l'autre côté, il est idéal également pour servir d'observatoire au levant. J'admire la couleur du ciel et les petits nuages qui le parsèment mais je n'attends pas que le soleil montre son nez de peur d'être en retard. Petit sprint matinal dans le sable pour rentrer au bivouac à temps pour le petit déjeuner.

Finalement, ça va, on a le temps. On va devancer Mahmoud et Mansour qui chargent le 4x4. Un autre 4x4 nous a rejoint également. Notre petite marche matinale nous conduit en haut d'une dune. Les 4x4 seront plus léger sans nous pour faire cette partie du trajet et éviter de s'enliser. Le chargement, c'est tout un art pour équilibrer les poids et s'assurer qu'on ne perdra rien en route. Nous patientons calmement pendant les derniers préparatifs puis les 2 véhicules filent d'une traite jusqu'à nous à grand renfort de poussière.

Catherine, Isabelle, René et moi montons à bord du 4x4 de Mansour et Mahmoud, "4x4 fumeur", pendant que Marie-Jo, Sabine, Laurence, Frédéric, Pierre et Hani embarquent dans le "4x4 non fumeur". Sabine et surtout Laurence ne supportent pas la fumée. Or, Mahmoud et Mansour sont des fumeurs invétérés à qui on peut difficilement demander de passer 1/4 d'heure sans allumer une cigarette.

Après 1 semaine passée en compagnie de Mansour, nous allons enfin pouvoir admirer ses talents de chauffeur. Il est tout fier de nous montrer ce qu'il sait faire, en particulier zigzaguer sur la piste, faire la course avec l'autre chauffeur et bien sûr éviter de s'enliser dans les dunes. Derrière nous, un nuage de poussière s'élève et l'autre 4x4 doit garder ses distances s'il ne veut pas être aveuglé et asphyxié. Il profite que la piste se dédouble pour remonter son retard et nous montrer la puissance de son moteur, Mansour se mesure à lui pendant un moment puis finit pas lui céder le passage.

Après une petite ballade chahutée et amusante, nous regagnons la route et arrivons à la source chaude, qui surgit au milieu de nulle part. Une petite barraque, quelques palmiers, et un bassin en ciment, sans oublier le vacarme infernal d'un générateur qui a dû faire la guerre. Les plus courageux ont apporté leur maillot de bain et profitent de la source sulfureuse (au sens propre du terme). Ils babillent dans l'eau comme des enfants contents d'avoir retrouvé une bonne baignoire après 8 jours d'abstinence.

De retour dans le 4x4, un court trajet nous attend pour regagner l'oasis. Là, nous avons un petit moment à attendre que le minibus vienne nous chercher. Hani nous propose de nous asseoir à la terrasse du café pour prendre un thé ou un narguilé. Nous observons le passage des vélos rouillés, des motocyclettes qui pétaradent, et des femmes entièrement voilées de noir qui passent d'un pas lent et pesant pour certaines.

Après l'arrivée du minibus et son chargement, c'est le moment de faire nos adieux à Mahmoud et Mansour qui semblent très émus. Nous avons pris leurs coordonnées pendant le trajet en 4x4. Hani nous a également transmis son email pour que nous puissions rester en contact. Nous profitons du long trajet pour échanger également nos adresses malgré les soubressauts qui nous font faire des ratés. L'ambiance est déjà au retour, l'avion, la reprise. Dur. Certains profitent de ce moment propice pour regarder leurs photos.

Notre chauffeur est le même qu'à l'aller. Il reçoit toujours autant d'appels sur son portable avec sonneries différenciées selon les interlocuteurs et plus cocasses les unes que les autres. Il a toujours le diable au corps et nous mène un train d'enfer. Heureusement, la route est droite et il n'y a pas trop de traffic. La faim commence à se faire sentir et nous arrivons en début d'après-midi au Bagdad Café de l'aller. Le ménage n'a visiblement pas été fait depuis la semaine dernière, ni certainement depuis des années.

Cette fois-ci nous avons nos lingettes à portée de main et en faisons un usage intensif, nous bradons les stocks en fin de séjour. Le repas se compose d'un ensemble de mets à grignotter : boulettes, chips d'aubergines, chips de pomme de terre, etc. Nous calons un peu sur les galettes de pain et les bananes. Après cette halte rapide, nous reprenons la route qui nous semble défiler plus vite qu'à l'aller. En effet, nous arrivons déjà dans l'immense ville nouvelle du 6 octobre (où étaient fabriqués nombre de nos aliments en boîte, les nectars de fruits en particulier). C'est une ville moderne, très étendue, mais à l'architecture absolument ignoble. Des kilomètres et des kilomètres de cités dortoirs. Le traffic se densifie et notre chauffeur fait preuve de toute sa témérité en doublant et klaxonnant sans cesse pour nous faire gagner du temps sur la durée du trajet.

L'entrée dans la ville du Caire est difficile. C'est extrêmement pollué et embouteillé surtout à la tombée du jour. Nous le ressentons d'autant plus que nous avons passé une semaine à l'écart du bruit et de la poullution et nos poumons et nos oreilles supportent très mal ces agressions. Au bord de la route, la misère se fait plus présente : mendiants, immeubles inachevés, tôle ondulée, et surprise, de ci, de là, quelques cultures en plein milieu de la pollution ambiante. Nous finissons par retrouver le chemin de l'Hôtel Pharaon et faisons nos adieux à Hani. Lui aussi semble très ému.

Nous prenons 1h30 le temps de se doucher et de se remettre du voyage avant de nous retrouver pour dîner. La douche est un régal. A vrai dire, il en faut deux pour se débarrasser de la crasse et de la poussière accumulés. Mes cheveux reprennent forme humaine sous l'effet de l'eau et du shampooing, après avoir été agglutinés pendant huit jours sous mon cheich. Je déballe toutes mes affaires pour tenter de tout réempaqueter avec un semblant de logique. Il n'y a plus beaucoup de linge propre de toute façon. Je trouve tout de même de quoi me vêtir pour ce soir et demain. Je suis prête avant tout le monde, étant seule dans ma chambre, ça va plus vite.

Les nomades descendent les uns après les autres sur leur 31, cheveux shampooinés et coiffés, vêtements propres, maquillage pour les plus coquêtes. Métamorphose. Ca nous fait rire de nous regarder comme si nous ne nous étions jamais vus. On avait oublié notre propre tête. Ce soir nous allons dîner en ville dans un restaurant du centre qui nous a été recommandé par Hani. Pierre maîtrise le trajet. Seulement, nous allons devoir faire un petit arrêt au Sheraton pour retirer de l'argent.

Nous avons bien failli nous perdre autour du Sheraton mais finalement le groupe se reforme et l'on arrive sans encombre, ou presque, au restaurant. Il faut juste courrir très vite au milieu de la circulation en espérant très fort qu'aucune voiture ne nous passera sur le corps. Les feux de circulation existent bien sûr mais sont totalement inusités. La règle est de se faufiler au petit bonheur la chance quel que soit son moyen de locomotion.

Le restaurant est une énorme déception. C'est plein à ras bord de groupes de touristes Allemands, Espagnols, Français, et j'en passe. Pas un seul Egyptien en dehors des serveurs. La déco est kitchissime. Ca sent l'attrappe-touriste à plein nez, d'autant plus que la table d'Allemands qui nous cède la place conteste l'addition... Nous nous attablons tout de même et commandons des bières pour renouer avec notre tradition alcoolique. Nous refusons de prendre le menu gargantuesque que nous propose notre serveur et prenons juste un plat chacun avec quelques mezzes. On sent déjà qu'on n'a pas assez consommé par rapport à ses attentes et qu'il se renfrogne. Hum !

Les plats arrivent avec des erreurs par rapport à nos demandes et, quand l'on conteste, le serveur nous indique qu'il n'y avait plus de ceci ou de cela. Il ne nous l'aurait évidemment pas dit au moment de la commande et nous facture bien évidemment comme si les plats avaient été complets ! Le repas reste correct mais il n'y aura certainement pas de pourboire pour ce soir. Nous nous dépêchons de finir nos plats et ne commandons pas de déssert dans cet endroit déplaisant.

A la sortie, certains sont pressés de retourner à leur chambre, devant se lever à 1 heure du matin, autant se coucher au plus vite pour avoir au moins quelques heures de sommeil dans les pattes. Les autres profitent de l'activité nocturne sur la grande avenue qui nous ramène à l'hôtel pour faire quelques emplettes. En l'ocurrence, Catherine a flashé sur une petite bijouterie qui propose des pierres semi-précieuses montées sur des bagues ou en pendentifs. Cahterine, Isabelle et René lâchent leurs dernières livres sans trop mégoter sur les prix à la plus grande joie du vendeur. Pierre aura tout son temps dans les trois jours à venir. Il a prolongé son voyage pour visiter Le Caire à son rythme.

Nous regagnons difficilement l'hôtel à cause de la circulation encore dense à cette heure. Nous préférons emprunter le passage souterrain du métro pour traverser la grand-place qui nous paraît bien effrayante. Nous finissons par arriver à bon port après avoir retraversé le Nil sur le pont des soupirs avec en contrebas les petits bateaux discothèques aux néons fluorescents multi-colores. Nous restons encore un petit moment dans le hall de l'hôtel avant de nous séparer, épuisés, pour regagner nos chambres. Pierre, René et moi transmettons à Catherine et Isabelle nos messages d'au-revoir pour les couche-tôt du groupe qui se sont enfuits dans la nuit du Caire et à qui nous n'avons pas fait la bise.

Jour 9 Retour au pays

Rendez-vous à 7h dans le hall avec mon chauffeur pour l'aéroport. Petit dej rapide, je fait mes adieux au pesonnel de l'hôtel et découvre étonnée que j'ai un minibus et trois chauffeurs pour moi toute seule !? En fait, l'équipe locale attaque sa grosse journée d'arrivées. Ils vont donc bien sûr m'accompagner à l'aéroport mais surtout récupérer plusieurs groupes. A cette heure-ci la circulation du Caire est raisonnable et l'on arrive sans encombres. Encore que mon accompagnateur me demande de descendre du minibus avant d'arriver à la porte d'embarquement tellement c'est encombré. Le dépose-minute ne fonctionne pas vraiment comme il se doit. C'est donc dans la pagaille et à pied que l'on entre dans l'aéroport.

Là, la pagaille est encore plus complète. Heureusement que mon accompagnateur sait où il faut se rendre parce que les files sont immenses et sans queue ni tête. Nous nous faufilons tant bien que mal avec mon gros sac. Et j'arrive finalement jusqu'au comptoir d'embraquement où une jeune femme me passe allégrement devant. Une fois débarrassée de mon bagage, nous arrivons dans la file pour la douane. Mon accompagnateur a les yeux défoncés et un énorme orgelet. Il m'explique que les week-ends, il bosse non-stop pendant trois jours et trois nuits pour acheminer les touristes à l'aéroport et les récupérer, ensuite il dort. Terrible. Certains ont des laisser-passer et grillent la file de la douane. Je finis par arriver à bon port après un de mes épisode les plus bordéliques dans un aéroport.