Jour 1 : arrivée à Vientiane
Ce n'est pas souvent qu'on arrive de 24h de trajet et 4 heures de retard sur le planning initial avec un comité d'accueil à l'aéroport qui tout sourire vous prend votre bagage et vous accompagne en pousse-pousse jusqu'à votre hôtel. De là, après une bonne douche, rendez-vous au point de ralliement des routards de Vientiane, LE café Wifi, pour ma première Lao Beer, très légère et rafraîchissante. Parce que oui, en ce début du mois de mars, j'ai pris quelques degrés, il doit faire dans les 30 degrés à l'ombre et rien que d'aller de l'hôtel au café, je transpire déjà.
Petit tour en ville, très calme, on chercherait presque les voitures, oubliez les klaxons, à part éventuellement celui d'un vélo, vous ne les entendrez pas. En revanche, vous croiserez de nombreuses motocyclettes enfourchées par 3 à 4 personnes, parfois plus s'il y a des enfants dans le lot. Vientiane, c'est ma première capitale asiatique sans le stress, les embouteillages, la pollution et les odeurs d'égout. Ça ressemblerait plutôt à une toute petite ville de province, bien sympathique, où il fait bon vivre et se prélasser au bord du Mékong. Seul inconvénient, quelques moustiques vous tiennent compagnie à la tombée de la nuit. Pour vous dire à quel point c'est petit, on arrive de l'aéroport en 10 minutes, et celui-ci est à peine à 4 km du centre-ville ! On a donc tout de suite oublié les affres du voyage et on est immergé dans l'Asie qu'on aime tant, avec ses petites maisons en bois, ses temples bouddhistes, ses marchés colorés, ses pousses-pousses, et ses palmiers.
Après un après-midi tranquille, petite ballade sur le lit du Mékong à moitié à sec en cette fin de saison sèche. On se croirait presque au bord de la mer avec ce sable blanc, ces cocotiers, et la boule de feu qui se reflète sur l'eau. Petit dîner bien épicé sur l'une des terrasses qui bordent le fleuve. J'ai choisi une salade traditionnelle, ce qui veut dire avec des piments rouges, dont mon palais se souvient encore, mais absolument délicieuse.
Inutile de vous dire qu'après 48h sans dormir, je suis tombée du sommeil du juste avant de repartir requinquée à l'assaut des temples de la ville. Là, j'essaye mon nouveau mode de transport : après la marche, le vélo. En effet, cette petite capitale sereine se prête aux ballades en vélo, même pour les novices comme moi qui n'ont pas encore osé s'aventurer sur un Vélib' à Paris. Ici, chose toujours étonnante, les gens ne sont pas pressés, il conduisent très calmement, sans se bousculer et vous laissent la priorité quand vous êtes en vélo. Le parfait baptême du feu pour moi ! De plus, j'ai mon escorte avec Matias et Christine qui signalent nos virages à gauche, car je n'ose pas encore lever le bras du guidon, trop concentrée à garder ma route et mon équilibre. Mais ça va venir...
A peine arrivés, aussi vite repartis, nous embrayons pour quelques heures de minibus jusqu'au magnifique site de Vang Vieng, mon étape préférée du séjour. Nous arrivons au coucher du soleil dans un paysage karstique (les fameux pains de sucres comme à la baie d'Along au Viet Nam).
Le lendemain, quasiment remise du décalage horaire, j'ai suivi mes amis marcheurs pour le grand tour de Vang Vieng. Nous avons cumulé plusieurs ballades que la plupart des gens font en vélo ou à moto, mais nous sommes des warriors, alors on a préféré faire ça à pied sous la chaleur. Et en plus, comme j'avais terminé ma valise après un apéro qui s'est prolongé jusqu'à deux heures du mat la veille du départ, j'ai oublié mon indispensable cheich de voyage, et ai donc supporté le cagnard sans couvre-chef. Une petite trentaine de kilomètres au milieu des champs de courgettes, les rizières, les bambous géants, les papillons nous accompagnant, nous avons fait une petite excursion dans une grotte à la lampe torche.
Pour notre deuxième journée à Vang Vieng, on a changé de moyen de locomotion et opté pour le vélo. Mais là, pas juste pour quelques bornes comme à Vientiane : pour de vrai. Et l,à mes petites fesses ont dégusté. Parce qu'en plus, on avait le bonheur d'être équipés de VTT avec des selles pour hommes... Au début, les 8 1ers km par la route étaient tout tranquilles, ça montait à peine, presque pas de voitures, on longeait les fameux paysages karstiques avec quelques rizières inondées, chose rare en saison sèche puisque la plupart sont asséchées, et donc beaucoup moins pittoresques. Les choses se sont compliquées quand Matias a trouvé sur sa carte de la région un charmant petit chemin de terre au milieu des rizières, et là gare à tes fesses. Ça cahote, tant et plus, on évite les pierres quand on peut, on avance à peine plus vite que les piétons, et je sue à grosses gouttes... Mazette. Quelle aventure ! Nous rejoignons un chemin un peu plus praticable, mais le mal est fait, et je suis vraiment fatiguée.
Jour 5 : de Vang Vieng à Luang Prabang
C'est déjà avec un peu de nostalgie que l'on quitte Vang Vieng. Une étape absolument incontournable au Laos. Douceur de vivre, paysages à couper le souffle, mais nous gagnons le nord et l'ancienne capitale de Luang Prabang par une route tortueuse mais dont le paysage de montagnes recouvertes de jungle fait oublier les heures. Luang Prabang est classée au patrimoine de l'humanité pour son site entre le Mékong et la Nam Kane, ses ravissantes maisons coloniales, ses temples, sans parler des petits bonzes en tenue orange qui sillonnent la ville armés de leur omberelle-parapluie.
Le lendemain, nous négocions un tuk-tuk pour nous emmener faire une petite excursion vers une cascade qui tombe dans une série de piscines naturelles aux couleurs turquoises entourées de végétation luxuriante. Ce havre de paix est aussi une réserve qui soigne un tigre du Bengale et de charmants petits ours au faciès de koalas, on leur ferait bien des câlins, mais ils sont quand même bien gardés derrière un grillage. J'en suis donc quitte pour acheter un t-shirt écolo 'sauvons la planète', avec de petites pattes imprimées, pour la modique somme de 5 dollars. Ça va faire un heureux !
De retour à Luang Prabang, nous nous écartons des sentiers battus par les backpackers pour nous aventurer de l'autre côté de la Nam Kane après avoir payé notre péage pour le pont et profité de cette traversée pour mitrailler les petits moines en tenue orange qui me fascinent par leur grâce et leur esthétique zen. Nous abordons alors la vraie ville de Luang Prabang, qui ressemble plus à un village, à l'écart des bars, des guesthouses et des touristes, où il n'y a rien de spécial à voir si ce n'est quelques temples et des habitants qui vivent leur vie tranquillement, bien surpris de voir des touristes s'aventurer ici. Nous prenons ensuite un autre pont qui a tout du pont de la rivière Kwai (Kantchnanburi en Thaïlande pour ceux qui sont passés par là ou pour ceux qui sont restés confortablement à regarder le film dans leur canapé).
Jour 7 : remontée de la Nam Ou en pirogue
Nous ne quittons pas Luang Prabang sans nous être levés à l'aube pour assister à une vieille tradition locale, le défilé des moines qui viennent mendier leur nourriture auprès des habitants de la ville dans une attitude humble et pieuse. De là, nous changeons à nouveau de moyen de locomotion, malgré les appréhensions de Christine, et décidons de faire un voyage de 8h, toujours plus avant vers le Nord, en remontant le Mékong, puis la Nam Ou, en direction de Nang Khiaw, petit village perdu dans les montagnes du Nord. Nous ne sommes pas déçus par notre choix, bien préférable aux interminables trajets en minibus sur des routes pleines de virages et de nids de poule, où l'on met plus de trois heures pour faire 100 km, donc 9h en moyenne pour aller d'une étape à une autre. Avec la chaleur et l'entassement dans les bus, c'est très éprouvant.
Après cette longue journée d'inactivité, j'ai proposé un petit tour en ville avant le dîner et nous avons pu constater que la principale animation de Nang Khiaw était son cinéma, vous entendrez par là une sorte de vidéo club pirate dans lequel on retrouve moult navets américains, dont le très célèbre la plage, le seul film à peu près regardable étant Indochine, mais j'avoue que je ne suis pas une grande fan de Cathernie Deneuve et que je l'avais déjà vu, donc une fois suffit. Amateurs de kung fu, je pense qu'il y avait de quoi faire, mais il faut supporter les multiples coupures de courant qui viennent ponctuer le visionnage de la vidéo, on a donc laissé tomber.
Jour 8 : les grottes de Pha Tok
Nous rechaussons nos godillots pour une petite ballade de 7 km le long de la route, toujours au milieu des rizières et des montagnes. Nous ne sommes pas seuls sur le chemin car de nombreux écoliers pédalent sur leurs vélos et nous lancent à tout bout de champ des Sabai Di (bonjour en lao) excités. Nous faisons un petit détour à travers champs pour visiter quelques grottes à la lampe torche, suivis par deux jeunes guides qui espèrent récolter un petit pourboire, en plus de l'entrée des grottes que nous avons déjà payée. Ce fut notre seule escroquerie touristique du séjour, pour la modique somme d'un dollar par personne à régler en bakchich à nos éclaireurs. Nos petites grottes se sont avérées un peu sportives puisque nous avons dû descendre une échelle en bambou dont les barreaux étaient si espacés qu'il fallait presque faire le grand écart pour passer de l'un à l'autre, à éviter pour les personnes sensibles au vertige. Ce fut notre petite étape historique car cette grotte abritait un hôpital pendant la guerre. Une seconde grotte encore plus impressionnante, car extrêmement étroite et en colimaçon, menait au coffre fort de la banque du Laos, en ces périodes
Le lendemain, levés de bonne heure pour tenter désespérément de trouver le marché du matin et chopper un bus en partance pour le nord-ouest. On a fait chou blanc sur les 2 tentatives. On a donc pu à loisir admirer la brume matinale qui se levait sur les montagnes. J'ai aussi tenté de faire sécher mon livre de voyage parce qu'il m'était arrivé des mésaventures pendant la nuit. J'avais laissé tranquillement ma gourde à côté de moi sur mon lit pour pouvoir me déshydrater pendant la nuit, et j'ai dû faire une fausse manip en la rebouchant dans mon sommeil. Je me suis donc réveillée en plein milieu de la nuit avec l'étrange sensation, qui remontait à mon enfance, d'avoir fait pipi au lit ! Non, je vous rassure, je ne suis pas déjà incontinente, le goulot de ma gourde n'est plus étanche.
Après ce petit intermède routardo-littéraire, nous avons enfin pu monter à bord du bus que nous attendions depuis 3h, pour nous rendre compte que celui-ci avait fait un petit détour en aval du village pour charger plein de routards peu sympathiques et 2 laotiennes franchement antipathiques qui ont squatté toutes les places du bus ! Christine et Matias ont donc atterri sur un bout de banquette à contre-sens de la route et moi compressée entre le levier de vitesse du chauffeur et un touriste transpirant comme une vraie fontaine, à la place du mort et sans ceinture de sécurité bien entendu. Et nous voilà partis pour 3h et demie de route à 30 à l'heure avec tournicotti tournicotta tout du long, des nids de poule tous les 5 mètres et une chaleur à crever. Mon pire trajet de tout le séjour, avec en plus une envie de faire pipi terrible ! Le chauffeur a fini par s'arrêter au bout de 3h pour la pause pipi, mais là pas franchement de buisson pour les filles, enfin, j'ai quand même réussi à m'éclipser, et j'en ai profité pour troquer mes baskets et mes chaussettes contre mes tongues pour le reste du trajet...
Arrivés à OudomXai, ville-carrefour, circulez il n'y a rien à voir, nous avions prévu de prendre un deuxième bus pour une route tout aussi longue, mais là il nous file sous le nez car le chauffeur a arnaqué une bande de touristes français qui ont payé le prix fort au lieu d'acheter leur billet au guichet, du coup le chauffeur a filé sans demander son reste afin d'éviter le conflit... On arrive à négocier avec le guichetier officiel de faire partir un deuxième bus sous condition de trouver 10 passagers, on arrive à se grouper 9 et on paye la place restante pour faire le compte . On repart sans avoir pu dégoter de quoi déjeuner car les abords de cette gare routière ne proposent que des chips et des gâteaux secs immondes que je me refuse à acheter. Christine et Matias peuvent survivre sans boire et sans manger pendant des heures sans même broncher. Fort heureusement la route est meilleure et on a de vraies places assises dans le bus. On arrive donc, une première, en avance sur le timing prévu (d'habitude il faut toujours rajouter une bonne heure par rapport à l'horaire annoncé, les Laos ont compris que si on annonce d'entrée de jeu 8h de bus ça fait peur aux touristes alors ils disent qu'il n'y en a que 6 à 7h, mais bilan on met bien 8h).
Au fait, j'ai oublié de préciser que la destination de cet interminable périple qui nous a pris toute la sainte journée (ami Sainclair bonsoir), c'était Luang Nam Tha. Et là vous allez me demander ce qu'il y a à voir à Luang Nam Tha, et bien en fait rien. Notre idée de départ c'était de reprendre encore un troisième bus (le lendemain) pour Muang Sing point de départ pour des randonnées de quelques jours dans la jungle et les tribus du triangle d'or (passage de l'Opium entre Laos, Birmanie et Thaïlande). Mais là j'ai un flash et je me rappelle que les amis de Laurence (mon ex-collègue et et voisine de bureau pendant ces 2 dernières années) qui sont partis au Laos il y a 4 ans m'avaient dit au téléphone avant mon départ qu'ils étaient partis de Luang Nam Tha pour faire un trek dans la jungle. Changement de programme, on est vite convaincus par le redoutable vendeur de Green Discovery, l'agence de trek écolo locale, et on réserve 2 jours de rando dans la jungle pour le sur-lendemain. On pose donc nos valises dans une charmante auberge après avoir refusé celle recommandée par le Lonely, la patronne a pourtant baissé son prix de 5 à 3 dollars la nuit, mais la douche au dessus des toilettes à la turque après notre voyage rocambolesque, c'était too much ! On a donc été chez le voisin à 4 dollars la nuit avec douche dans la chambre, un luxe pour le budget de nos amis backpackers en année sabbatique. Petite entorse aux économies.
Jour 10 : à vélo dans les villages de Had Yao et Lao Houei Bon, j'ai été un peu méchante quand j'ai dit qu'il n'y avait rien à voir à Luang Nam Tha parce qu'on a quand même passé une chouette journée à faire du vélo dans les rizières et les villages alentours. On est arrivé juste à point avant l'orage dans le meilleur restaurant du Laos, on a fait péter le budget avec une addition de plus de 10 dollars à nous trois ! On a donc admiré la pluie et les éclairs à l'abri en savourant de bons petits plats bien épicés. De retour en ville, on a fait un tour au marché avec ses étals de viande, ses poissons frétillants dans des bassines, ses paniers en rotin.
Jour 11 : trek dans la réserve naturelle de la Nam Tha
Le lendemain, nous ne sommes que tous les trois pour notre trek. Il faut dire qu'après la pluie de la veille, on se demande ce que ça va donner de crapahuter dans la jungle... On a déjà connu la gadoue en Corse sur le GR20, alors on est équipés de nos capes de pluie, mais bon si on pouvait randonner au sec, ce ne serait pas de refus... On part sous la grisaille mais au sec. Ce n'est que de courte durée, la pluie est au rendez-vous et on essuie une petite douche raffraichissante. Nous sortons donc les capes de pluie et commençons les glissades sur l'argile rouge. Nos pantalons prennent donc des teintes barriolées. Seuls nos guides sont à toute épreuve avec leur petits parapluies dénichés dans la nature : ils coupent d'énormes feuilles pour s'abriter ainsi que des tiges de bambous qui nous servent de canne et nous évitent plus d'une glissade. Heureusement, la pluie n'est que de courte durée. Nous arrivons à notre halte de pique-nique sous un beau soleil et mettons nos affaires à sécher pendant que nous dégustons un délicieux poisson grillé, une petite sauce bien relevée et l'incontournable sticky rice, le tout présenté avec un art de la table étudié sur de grandes feuilles de bananiers.
Après nos 5 heures de marche, on pose nos sacs dans notre grande hutte où notre guide s'affaire aux fourneaux (il a fait trois flambées dont deux à l'intérieur pour faire cuire notre dîner gargantuesque). Comme il refuse notre aide, nous décidons d'aller explorer le village. Nous croisons une marmaille criante et pleine d'enthousiasme qui nous réclame des photos en gigotant dans l'eau. Nous admirons le travail des femmes au métier à tisser. On nous propose même de la Lao Beer qui est arrivée jusqu'ici mais en l'absence de frigos, nous déclinons l'offre de bière chaude... Nous sinuons au milieu des cochons, des chèvres, des poules et des poussins et rejoignons notre hutte pour un fantastique repas. Nous goûtons à tous les plats. J'ai un faible pour les tomates fraîches aux épices. Et Matias fait un concours de Chipato (santé/cul sec) au Lao Lao (alcool de riz) avec un habitant du cru. Nous terminons la soirée par un massage Lao réalisé avec entrain par de jeunes villageoises qui se font récompenser avec des photos en posant très sérieusement (surtout ne pas sourire). La nuit se passe au milieu des courses de souris qui font un tintamarre du diable à travers toute la hutte et nous empêchent de fermer l'oeil.
Nous repartons de bonne heure, après une délicieuse omelette accompagnée de morning glories, pour visiter l'école où les enfants sont déchaînés. Le guide nous explique que les petites cabanes sur pilottis près desquelles nous passons sont de petits nids d'amour pour les jeunes villageois qui ont atteint la majorité et souhaitent un peu d'indépendance pour folâtrer avec de jeunes demoiselles. Nous repartons ensuite à travers la jungle accompagnés d'un Akha qui siffle pour attirer les oiseaux. En chemin nous admirons le soleil qui filtre au travers des arbres et fait resplendir le vert des bananiers. Nous apprenons à reconnaître quelques plantes médicinales très utilisées ici, le premier hôpital est à Vientiane, autant dire qu'il faut se débrouiller avec ce qu'on a sous la main en cas de soucis. Comment soigner le palus, la diarrhée et autres maux sévissant sous ces latitudes.
De retour à l'auberge, je laisse Christine et Matias repartir négocier le minibus du retour pour Luang Prabang, en sirotant un jus de citron à la terrasse. Les aubergistes sont en plein dîner et m'invitent à leur table pour boire une bière. J'accepte volontiers et commence à siroter tranquillement ma bière. Mais là mon voisin me fait signe que ce n'est pas la façon laotienne : il n'y a qu'un seul verre pour toute la tablée, et le principe c'est de le boire cul sec avant de le passer à son voisin. On tourne ensuite dans le sens des aiguilles d'une montre jusqu'à ce que ça revienne à votre tour, et ainsi de suite. Autant avec le Lao Lao, c'est raide, mais ça passe si on n'en abuse pas, autant avec la bière et les bulles, c'est une autre affaire. Mais politesse oblige je me prête au jeu en négociant tout de même de passer mon tour une fois sur deux ! Quand Matias et Christine reviennent de leur longue négociation, nous avons déjà vidé une bonne caisse de Lao Beer et je suis bien contente de céder ma place...
Jour 13 : de Luang Nam Tha à Luang Prabang
Après notre longue marche dans la jungle, je ne suis pas mécontente d'avoir une petite journée en minibus pour reposer mes orteils en regardant défiler le paysage avant de regagner Luang Prabang où nous faisons l'ascension du Mont Phousi juste à temps pour admirer le coucher du soleil avec vue sur le Mékong et les montagnes environnantes. Je suffoque un peu devant la horde de touristes qui sont au rendez-vous et je m'échappe vers le versant plus calme qui abrite une foule de Bouddha dorés et l'empreinte du pied de Bouddha lui-même que nous n'avons jamais vue. Notre dernière soirée à Luang Prabang a un planning bien chargé et minuté : après le coucher du soleil, shopping au marché de nuit, petit en-cas sur un stand végétarien dans la rue, puis on file au salon de massage avant la fermeture pour se délasser des courbatures du trek et du minibus !
Jour 14 : de Luang Prabang vers Paksé
De là, nous avions initialement prévu de faire 8h de bus pour aller visiter la plaine des jarres, mais on se dit que ça fait beaucoup de route pour voir un champs avec des pots en terre cuite, et Christine, qui est toujours pleine d'imprévu, calcule que si l'on se rend à Vientiane, on peut chopper un bus de nuit pour le sud du Laos et gagner ainsi du temps qui nous permettra de visiter cette région, ce qui nous avait paru de prime abord ingérable dans le temps imparti. Nous changeons donc allègrement notre plan et rempilons pour 6 heures de bus jusqu'à Vientiane.
Cela nous laisse juste le temps de retrouver notre port d'attache à Vientiane, le café Wifi où nous tapons la discute avec un Français, qui a bien du mal à trouver ses mots après une nuit arrosée, et passe sa vie à voyager et à refaire la déco d'hôtels et de restos à l'occasion, histoire de trouver de quoi survivre. A peine le temps de se dégourdir un peu les jambes et hop, nous montons à bord de notre bus de nuit direction Paksé pour 11h de voyage, mais en ligne droite pour une fois et sans trop de nids de poule, ce qui nous permet de piquer un petit roupillon avant de voir se lever le soleil.
Jour 15 : de Paksé à Champassak
Arrivés à Paksé, nous posons nos bagages dans une auberge tenue par un charmant Chinois, qui parle un Français impeccable et nous donne une foule de conseils pour notre séjour dans le sud. Mais finalement, nous n'allons pas nous arrêter en si bon chemin, et décidons de nous armer de courage pour reprendre un bus/pick-up/tuk-tuk local avec les locaux pour gagner Champassak qui semble plus sympathique que Paksé pour passer la nuit. Nous attendons que le bus se remplisse de passagers et de victuailles avant de prendre la route. Et quand on croit que le bus est plein, en fait il reste encore de la place, et il semble que l'on puisse entasser un nombre illimité de passagers à bord de ces petits engins motorisés.
Nous finissons par arriver à destination, et prenons juste le temps de poser nos sacs dans une auberge recommandée par notre ami Chinois de Paksé, avant de louer des vélos et affronter la chaleur accablante du sud du Laos, pour nous diriger vers le temple de Wat Phou classé au patrimoine de l'Unesco à 8 km de là. De prime abord, on se dit qu'on arrive sur un tas de ruine et que c'est une énorme entourloupe. On nous avais prévenu que ça ne vallait pas Angkor mais tout de même, on s'attendait à mieux. Mais en avançant, on découvre le paysage au fur et à mesure.
Nous ne pouvons pas repartir à vélo sous cette chaleur sans avoir fait une pause revigorante à base de régime de banane et de citrons pressés. Tous ces trajets nous avaient fait sauter la pause déjeuner et on commençait à se sentir un peu faibles. En regagnant Champassak, nous faisons une petite halte pour observer de jeunes moines en train de disposer de petits drapeau en préparation de festivités pour la soirée. Nous n'arrivons pas vraiment à nous comprendre mais ils semblent beaucoup s'amuser à tenter de répéter phonétiquement les mots que je prononce en Anglais avec leur petit accent Lao. De retour à l'auberge, je ne peux pas m'empêcher de piquer une tête dans le Mékong avec les enfants du cru. J'ai eu tellement chaud ! Après dîner, et malgré la fatigue après ces 48h éprouvantes, nous trouvons la force de retourner au temple où la fête bat son plein. Stands de nourriture en tout genre, attractions genre fête forraine, grande scène qui se prépare pour un concert live, et bien sûr les moines en prière pour l'inauguration du temple. La cerise sur le gâteau : un manège de cheveaux de bois, activé à bout de bras par deux hommes, petits mais costauds, pour le plus grand plaisir et l'émerveillement des petits.
Jour 16 : de Champassak à Don Khône
Nous quittons Champassak de bonne heure le lendemain matin car un trajet hasardeux nous attend. En effet, il n'y a pas de bus officiel pour aller dans la région des 4000 îles sur le Mékong à la frontière avec le Cambodge. Nous prenons un tuk-tuk qui nous ramène au bac pour traverser à nouveau le Mékong puis nous dépose au lieu-dit "km 30", il s'agit d'un croisement de routes où quelques marchandes de pommes se ruent littéralement sur chaque nouveau véhicule en tentant de vendre leur marchandise. C'est aussi une sorte d'arrêt où l'on hèle les tuk-tuks en provenance de Paksé et qui se rendent dans le sud. Il faut donc arriver de bonne heure car il y a plus de passage et donc moins d'attente en théorie.Au bout d'un bon quart d'heure, un tuk-tuk arrive complètement bondé or nous sommes 5 à chercher de la place à bord. Je me dis donc de prime abord que l'on ne va jamais tous rentrer, grossière erreur. C'était sans compter la capacité d'entassement et la possibilité de voyager sur le toit. Mais d'abord il faut franchir un obstacle de taille. 3 cochons sont enfermés dans des sacs de jute et suspendus à l'arrière du camion, si bien qu'il faut les enjamber si l'on veut rentrer dans le bus.
Petites âmes sensibles s'abstenir, les droits de l'animal et Brigitte Bardot ne sont pas encore arrivés au Laos. Christine monte bravement au dessus des cochons qui couinent tant et plus à vous fendre l'âme. Là, j'ai vraiment un haut le coeur et je me dis que je ne vais pas pouvoir. Mais il faut se rendre à l'évidence, je n'ai pas vraiment le choix alors j'arrête de faire ma chochotte. Toutefois, je ne peux me résoudre à prendre les chochons pour marche-pied et je me contorsionne pour grimper sur le côté via l'échelle qui mène au toit.
Puis, au bout d'un temps qui nous semble interminable, nous quittons la route pour une piste. Et là, la situation s'aggrave, puisqu'en plus de la compression, la chaleur, la fumée de cigarette, nous avons maintenant droit à une poussière du diable. C'est tellement dingue que les locaux qui ont l'habitude ont emporté de petites serviettes éponges pour se couvrir la bouche et le nez et empêcher la poussière de les étouffer. Novices en la matière, nous nous contentons de fermer les yeux pendant les trois quarts du trajet et de nous mettre en apnée le plus longtemps possible. Nous bouffons néanmoins énormément de poussière,
Après une dernière petite étape sur la piste, nous sautons à bas du camion épuisés. C'est donc un peu contris que nous embarquons à bord de la pirogue qui nous emmène à Don Khône à l'extrême sud du Laos et qui fait face au Cambodge. Nous naviguons entre les 4000 îles sur le friselis de l'eau. Le soleil darde ses rayons et nous comprenons pourquoi nous nous sommes donnés tout ce mal. C'est si paisible de voguer à bord de la pirogue après notre interminable trajet en tuk-tuk. Nous admirons au passage les grands arbres qui surplombent le Mékong, les cocotiers, le sable blanc, les maisons en bois sur pilottis, le paradis quoi. Une fois débarqués, il nous faut trouver un gîte et nous jetons notre dévolu sur le premier venu car nous n'en pouvons plus de marcher avec nos sacs par cette chaleur. Le sud du Laos c'est vraiment un micro-climat tropical. Nous avons sauté l'heure du déjeuner et je décide de tenter le gâteau de riz pour changer un peu mon ordinaire !
Jour 17 : 20 bons km à pied sur Don Khône
Le lendemain, après une nuit quelque peu agitée entre le bruit de la turbine pour l'électricité, le croassement des crapauds qui ont annexé ma salle de bain et la crainte qu'on rentre dans ma hutte pour me cambrioler (les racontards des guides de voyage), nous sommes d'attaque pour visiter l'île. Nous partons pour 7km de marche sur l'ancienne voix ferrée pour atteindre la pointe sud de l'ïle d'où l'on a une vue superbe sur les îlots du Mékong et la rive Cambodgienne. De là, nous avons soit disant trois km à faire pour rejoindre un site de baignade. En fait, je pense que les Laos de l'île confondent les miles et les km parce qu'on a fait nettement plus que 3 km...
Jour 18 : de Don Khône vers Vientiane
En effet, nous avons décidé de nous lever à l'aube pour aller voir les dauphins d'Irrawadi (des dauphins d'eau douce qui ont le nez tout cabossé). Au début, on n'y croyait pas vraiment, on se disait que c'était un mythe et qu'on allait surtout profiter d'une jolie ballade en pirogue au milieu des îlots, mais le pêcheur qui nous emmène nous fait descendre sur un bout de rocher à quelques encablures du poste frontière cambodgien en nous montrant du doigt l'horizon. Alors on plisse les yeux et on se concentre mais au bout de 5 bonnes minutes on ne voit que le clapotis de l'eau. Nous commençons à désespérer quand Matias repère un premier dauphin qui s'est pointé à l'horizon. Ce n'est pas évident à voir mais au bout d'un moment on finit par repérer leur trajectoire et surprendre quelques uns qui font de petit sauts pour reprendre de l'air. On a bien essayé de vous rapporter un cliché, mais tout ce qu'on a réussi à avoir c'est une grande étendue d'eau avec le Cambodge à l'horizon. Mais, vous nous croyez sur parole ?
Après une petite heure d'observation, nous regagnons le village et pressons le pas car nous avons réservé le bateau et le minibus VIP de 11h pour Paksé. Il était hors de question de se refaire le pittoresque voyage de l'aller. Nous prenons donc place à bord de notre bus climatisé pour une route beaucoup plus paisible et confortable. De retour à Paksé, nous nous précipitons à la banque pour refaire le plein de Kips car nous sommes à sec. Il faut dire que nous avons un peu de mal avec les horaires des banques (ça ferme à 4h de l'après-midi, c'est bien sûr fermé le week-end, et comme on est en vacances on a du mal avec les jours et les heures... moi ça ne fait que trois semaines que je suis partie et déjà je suis déconnectée, mais imaginez Christine et Matias qui vagabondent depuis 7 mois !).
Nous profitons de cet après-midi pour faire un petit tour dans Paksé, petite ville coloniale avec quelques jolies maisons, comme d'habitude un petit temple au bord de l'eau, un marché où l'on cherche quelques gâteaux secs et des bananes, et puis finalement on essaye des sortes de muffins-beignets qui ont l'air bien appétissant et se révèlent être exactement ce qu'on pensait des muffins-beignets, pour une fois qu'on devine ce qu'on va manger ! Nous terminons par un petit apéro sur le toit de l'hôtel chic de Paksé où il y a plus de serveurs que de clients. On admire le coucher du soleil avec vue plongeante sur la ville qui est entourée de rivières sur 3 côtés et au loin les montagnes.
Nous sommes fin prêts pour notre dernière nuit d'aventure à bord du bus de nuit couchette. Nous espérions gagner en confort sur le bus de nuit de l'aller où nous avions voyagés assis, cependant le calcul n'est pas évident. En effet, le principe c'est qu'on est dans des lits superposés 2 places (donc on a un voisin). Pour Christine, c'est Matias, donc tout va bien. Pour moi, c'est heureusement un petit asiatique plutôt qu'un grand néerlandais, car le lit fait grosso modo 1,65 m de long et 30 cm de large. On tient donc tout juste côte côte. On ne peut pas se tenir assis car le plafond est trop bas.
Et là je me dis que je ne connaissais pas encore mon voisin, mais qu'on va vite faire connaissance sur ces 11h de trajet en promiscuité !!! En fait, il s'est tout de suite endormi et ça a été un vrai problème quand j'ai essayé de l'enjamber pour aller aux toilettes. Je me suis vite retrouvée dans une position scabreuse avec les hoquets de la route et j'ai dû me résoudre à le réveiller si je ne voulais pas lui casser une jambe en m'écrasant sur lui. Bref, une folle aventure dont je me serai bien passée surtout que j'ai mis 10 bonnes minutes à chercher mes tongues à tatons dans le noir avec les à-coups du bus.
Jour 19 : dernière journée en solo à Vientiane
On a fini par arriver à l'aube à Vientiane, un peu groguis, à la recherche d'une boulangerie ouverte à 5h30 du mat... On a fini par revenir à la case départ, la boulangerie suédoise qui ne nous avait pas branché du tout, mais bon, il fallait bien poser nos sacs. On n'a pas tout perdu car ils avaient le journal de Vientiane en Anglais avec des nouvelles toutes fraîches du Tibet. Petit entrefilet pour préciser que le Laos soutenait la Chine et avec quel argument devinez donc ? Que les tibétains sont des va-t-en guerre qui compromettent la paix dans la région. Comme capacité à manier la langue de bois, on avait rarement vu aussi intéressant... Ce fut à peu près notre seul contact avec la politique communiste de tout notre séjour, à part ça on n'a pas eu à s'en plaindre.
