lundi 31 mars 2008

Same same but different

Comment vous décrire le Laos en quelques mots. Beaucoup d'eau, de verdure, des routes sinueuses, des montagnes en forme de pains de sucres, des bananiers, des cocotiers, des rizières bien sûr, mais surtout le sourire des gens et des couchers de soleil bien rouges.

Jour 1 : arrivée à Vientiane
Ce n'est pas souvent qu'on arrive de 24h de trajet et 4 heures de retard sur le planning initial avec un comité d'accueil à l'aéroport qui tout sourire vous prend votre bagage et vous accompagne en pousse-pousse jusqu'à votre hôtel. De là, après une bonne douche, rendez-vous au point de ralliement des routards de Vientiane, LE café Wifi, pour ma première Lao Beer, très légère et rafraîchissante. Parce que oui, en ce début du mois de mars, j'ai pris quelques degrés, il doit faire dans les 30 degrés à l'ombre et rien que d'aller de l'hôtel au café, je transpire déjà.

Petit tour en ville, très calme, on chercherait presque les voitures, oubliez les klaxons, à part éventuellement celui d'un vélo, vous ne les entendrez pas. En revanche, vous croiserez de nombreuses motocyclettes enfourchées par 3 à 4 personnes, parfois plus s'il y a des enfants dans le lot. Vientiane, c'est ma première capitale asiatique sans le stress, les embouteillages, la pollution et les odeurs d'égout. Ça ressemblerait plutôt à une toute petite ville de province, bien sympathique, où il fait bon vivre et se prélasser au bord du Mékong. Seul inconvénient, quelques moustiques vous tiennent compagnie à la tombée de la nuit. Pour vous dire à quel point c'est petit, on arrive de l'aéroport en 10 minutes, et celui-ci est à peine à 4 km du centre-ville ! On a donc tout de suite oublié les affres du voyage et on est immergé dans l'Asie qu'on aime tant, avec ses petites maisons en bois, ses temples bouddhistes, ses marchés colorés, ses pousses-pousses, et ses palmiers.

Après un après-midi tranquille, petite ballade sur le lit du Mékong à moitié à sec en cette fin de saison sèche. On se croirait presque au bord de la mer avec ce sable blanc, ces cocotiers, et la boule de feu qui se reflète sur l'eau. Petit dîner bien épicé sur l'une des terrasses qui bordent le fleuve. J'ai choisi une salade traditionnelle, ce qui veut dire avec des piments rouges, dont mon palais se souvient encore, mais absolument délicieuse.

Jour 2 : de Vientiane à Vang Vieng
Inutile de vous dire qu'après 48h sans dormir, je suis tombée du sommeil du juste avant de repartir requinquée à l'assaut des temples de la ville. Là, j'essaye mon nouveau mode de transport : après la marche, le vélo. En effet, cette petite capitale sereine se prête aux ballades en vélo, même pour les novices comme moi qui n'ont pas encore osé s'aventurer sur un Vélib' à Paris. Ici, chose toujours étonnante, les gens ne sont pas pressés, il conduisent très calmement, sans se bousculer et vous laissent la priorité quand vous êtes en vélo. Le parfait baptême du feu pour moi ! De plus, j'ai mon escorte avec Matias et Christine qui signalent nos virages à gauche, car je n'ose pas encore lever le bras du guidon, trop concentrée à garder ma route et mon équilibre. Mais ça va venir...

Nous avons donc fait quelques bornes pour aller visiter le grand temple de Vientiane, tout d'or vêtu, après avoir fait une petite halte devant un arc de triomphe, devant lequel des mannequins se font photographier en robes de mariées. Puis, retour au centre pour un charmant temple au mille Bouddhas assis dans des petites niches, statuettes en or sur fond rouge, un régal pour les yeux, d'autant que toutes sortes de fleurs décorent l'atrium.

A peine arrivés, aussi vite repartis, nous embrayons pour quelques heures de minibus jusqu'au magnifique site de Vang Vieng, mon étape préférée du séjour. Nous arrivons au coucher du soleil dans un paysage karstique (les fameux pains de sucres comme à la baie d'Along au Viet Nam).

Grosse hésitation pour savoir si cela valait la peine de payer le péage pour traverser le pont sur la rivière et aller dans l'auberge recommandée par le Routard à l'écart du village. Heureusement que Christine s'est motivée pour un sprint et nous dégoter la dernière chambre disponible. J'ai donc un peu pourri le voyage de noce d'un an pour deux nuits, j'espère que vous me pardonnerez ! En tout cas l'auberge était une trouvaille, au calme, avec une nourriture délicieuse et des pankakes à la banane sans comparaison dans aucune de nos autres étapes, plus un petit DJ fan de reggae et de musique bien sympa dans l'esprit des vacances.

Le soir même, je fonce à la douche après Matias qui s'en est fort bien sorti. Mais, coup du sort, panne d'électricité alors que je venais de me savonner. Et qui dit panne d'électricité, dit coupure d'eau, car la pompe n'est plus amorcée. Je me retrouve donc à me rincer, comble du luxe, à l'eau purifiée, à l'aide d'une bouteille : autant dire qu'il me restait quelques traces de savon à la sortie. Une chance que je n'aie pas été motivée pour me laver les cheveux à l'eau froide ce soir là ! J'aurais eu l'air bien avec mon shampooing sur la tête...

Jour 3 : boucle de 30km à pied autour de Vang Vieng
Le lendemain, quasiment remise du décalage horaire, j'ai suivi mes amis marcheurs pour le grand tour de Vang Vieng. Nous avons cumulé plusieurs ballades que la plupart des gens font en vélo ou à moto, mais nous sommes des warriors, alors on a préféré faire ça à pied sous la chaleur. Et en plus, comme j'avais terminé ma valise après un apéro qui s'est prolongé jusqu'à deux heures du mat la veille du départ, j'ai oublié mon indispensable cheich de voyage, et ai donc supporté le cagnard sans couvre-chef. Une petite trentaine de kilomètres au milieu des champs de courgettes, les rizières, les bambous géants, les papillons nous accompagnant, nous avons fait une petite excursion dans une grotte à la lampe torche. Matias a adoré, Christine et moi on préfère crapahuter au grand jour. En plus dans les grottes, ça glisse... Mais jusque là on a réussi à ne pas tomber et salir nos pantalons. On en a juste été quitte pour quelques frayeurs dans le noir. De retour à l'éblouissante lumière du jour, nous avons continué par la route, accompagnés des écoliers qui rentraient de l'école. On aurait bien fait du stop parce qu'on en avait plein les bottes, mais vu que toutes les mobs sont déjà avec 3 passagers, les vélos avec 2, et que les voitures sont quasi inexistantes, on a fini comme des braves, récompensés par un merveilleux citron pressé suivi de peu d'une tournée de Lao Beer.

Jour 4 : 30 km à vélo, c'est pire !
Pour notre deuxième journée à Vang Vieng, on a changé de moyen de locomotion et opté pour le vélo. Mais là, pas juste pour quelques bornes comme à Vientiane : pour de vrai. Et l,à mes petites fesses ont dégusté. Parce qu'en plus, on avait le bonheur d'être équipés de VTT avec des selles pour hommes... Au début, les 8 1ers km par la route étaient tout tranquilles, ça montait à peine, presque pas de voitures, on longeait les fameux paysages karstiques avec quelques rizières inondées, chose rare en saison sèche puisque la plupart sont asséchées, et donc beaucoup moins pittoresques. Les choses se sont compliquées quand Matias a trouvé sur sa carte de la région un charmant petit chemin de terre au milieu des rizières, et là gare à tes fesses. Ça cahote, tant et plus, on évite les pierres quand on peut, on avance à peine plus vite que les piétons, et je sue à grosses gouttes... Mazette. Quelle aventure ! Nous rejoignons un chemin un peu plus praticable, mais le mal est fait, et je suis vraiment fatiguée. Heureusement, nous nous arrêtons un peu dans des villages Hmongs, ethnie traditionnelle d'origine chinoise, puis près d'une grotte, qui se visite dans des énormes bouées, en se tractant sur une corde, car elle est inondée. Après avoir regardé partir quelques hollandais, japonais et hippies de tous les pays, nous optons pour garder nos fesses au sec et visiter plutôt la petite grotte de l'éléphant (ne vous y trompez pas, il s'agit d'une stalactite qui a la forme d'un éléphant et non de l'antre du pachyderme). En route vers cette nouvelle étape, le chemin caillouteux reprend de plus belle, et là en plus ça monte, je peine donc lamentablement sur mon VTT et cale sur une grosse pierre. Alors que je suis quasiment à l'arrêt et que je tente d'enjamber mon VTT, ma chaussure de montagne se prend dans la barre du milieu et là, c'est le drame : patatras, la fesse droite en direct sur une énorme pierre de toute ma hauteur, bang, le bleu du siècle, ouille, ouille, ouille, heureusement, Christine est là pour me relever, mais je fais un peu grise mine et je décide de rejoindre la prochaine étape en poussant mon vélo. Du coup, je profite à plein de la traversée d'un village avec ses habitants qui vaquent à leurs occupations. Puis, après la visite de la grotte de l'éléphant, nouveau péage pour traverser la rivière et rejoindre la route, ouf sauvée, j'enfourche courageusement mon vélo pour la route du retour, qui a le mérite d'être en descente. Ma carotte, une ferme biologique hautement recommandée, à juste titre, par le Lonely pour ses thés à la mûre - cobaye Matias, cake à la mûre - cobaye Christine, et milkshake à la mûre - cobaye votre serviteur. Tout était très réussi, et j'ai même rapporté du thé pour le souvenir. Je serai bien restée à attendre que mes fesses se remettent du voyage, mais il a fallu rentrer à Vang Vieng, et là dessus, nous avons embrayé sur une n-ième grotte, surplombant cette fois-ci la vallée, avec une pelletée de marches à gravir, mais du moment que j'avais posé mon vélo, mes petits pieds étaient très biens sur la terre ferme et prêts à grimper toutes les marches du monde (après le Népal, ils en ont vues d'autres). Pour le finish, Matias en pleine forme aurait bien continué ! Christine a eu la bonne idée de nous dégoter un bar avec sunset view et nous avons tranquillement attendu que le soleil veuille bien descendre sur les montagnes en forme de pains de sucre en sirotant notre inséparable Lao Beer. Et là on oublie tout, on regarde les femmes qui vont se baigner à la rivière pour la baignade/douche/lessive de fin d'après-midi, rapportant des seaux d'eau à bout de gaffe. Le temps s'écoule doucement et on apprécie.


Jour 5 : de Vang Vieng à Luang Prabang
C'est déjà avec un peu de nostalgie que l'on quitte Vang Vieng. Une étape absolument incontournable au Laos. Douceur de vivre, paysages à couper le souffle, mais nous gagnons le nord et l'ancienne capitale de Luang Prabang par une route tortueuse mais dont le paysage de montagnes recouvertes de jungle fait oublier les heures. Luang Prabang est classée au patrimoine de l'humanité pour son site entre le Mékong et la Nam Kane, ses ravissantes maisons coloniales, ses temples, sans parler des petits bonzes en tenue orange qui sillonnent la ville armés de leur omberelle-parapluie. Nous arpentons donc ses rues en admirant l'architecture si simple mais si jolie, ses temples entourés d'arbres en fleurs, nous longeons le Mékong boueux bordé de cocotiers, et nous terminons la journée par l'inévitable coucher de soleil sur le Mékong, un délice. Nous tentons le barbeque local, une vraie expérience culinaire où l'on fait griller viandes et poissons sur les braises, on fait bouillir pâtes, légumes en tous genres, oeufs, et l'on déguste sans trop savoir ce qu'on mange. On a quand même reconnu calamars, poulpes, on a même croqué dans un étrange poisson caoutchouteux, mais non malheureux, c'est la graisse pour faire griller les aliments, beurk !

Jour 6 : la cascade de Tad Kouang Si...
Le lendemain, nous négocions un tuk-tuk pour nous emmener faire une petite excursion vers une cascade qui tombe dans une série de piscines naturelles aux couleurs turquoises entourées de végétation luxuriante. Ce havre de paix est aussi une réserve qui soigne un tigre du Bengale et de charmants petits ours au faciès de koalas, on leur ferait bien des câlins, mais ils sont quand même bien gardés derrière un grillage. J'en suis donc quitte pour acheter un t-shirt écolo 'sauvons la planète', avec de petites pattes imprimées, pour la modique somme de 5 dollars. Ça va faire un heureux !
... et l'autre rive de la Nam Kane
De retour à Luang Prabang, nous nous écartons des sentiers battus par les backpackers pour nous aventurer de l'autre côté de la Nam Kane après avoir payé notre péage pour le pont et profité de cette traversée pour mitrailler les petits moines en tenue orange qui me fascinent par leur grâce et leur esthétique zen. Nous abordons alors la vraie ville de Luang Prabang, qui ressemble plus à un village, à l'écart des bars, des guesthouses et des touristes, où il n'y a rien de spécial à voir si ce n'est quelques temples et des habitants qui vivent leur vie tranquillement, bien surpris de voir des touristes s'aventurer ici. Nous prenons ensuite un autre pont qui a tout du pont de la rivière Kwai (Kantchnanburi en Thaïlande pour ceux qui sont passés par là ou pour ceux qui sont restés confortablement à regarder le film dans leur canapé). Nous rejoignons alors la rive touristique et quelques charmants petits temples, dont un temple khmer, tandis que Matias et Christine, qui en ont un peu soupé des temples après la Thaïlande et le Cambodge, préfèrent se réfugier dans une librairie à la recherche de livres à échanger. Pour terminer la journée en douceur, j'avise une charmante maison traditionnelle en bois de rose qui surplombe la ville et fait du café traditionnel lao, cultivé dans les plantations de la région des Bolovens dans le sud du pays. Nous papotons avec le propriétaire du café qui parle un Français parfait et a étudié à Paris. Un écrivain de passage a même publié un article sur lui ,vantant les mérites de son havre de paix et de son élixir, que nous avons dégusté avec plaisir. Là encore, j'en ai rapporté quelques grains pour les amateurs.

Jour 7 : remontée de la Nam Ou en pirogue
Nous ne quittons pas Luang Prabang sans nous être levés à l'aube pour assister à une vieille tradition locale, le défilé des moines qui viennent mendier leur nourriture auprès des habitants de la ville dans une attitude humble et pieuse. De là, nous changeons à nouveau de moyen de locomotion, malgré les appréhensions de Christine, et décidons de faire un voyage de 8h, toujours plus avant vers le Nord, en remontant le Mékong, puis la Nam Ou, en direction de Nang Khiaw, petit village perdu dans les montagnes du Nord. Nous ne sommes pas déçus par notre choix, bien préférable aux interminables trajets en minibus sur des routes pleines de virages et de nids de poule, où l'on met plus de trois heures pour faire 100 km, donc 9h en moyenne pour aller d'une étape à une autre. Avec la chaleur et l'entassement dans les bus, c'est très éprouvant. A côté notre petite chaise en bois à bord de notre pirogue nous semble d'un confort sans borne. Dire qu'il fait frais à bord serait exagéré, mais on peut toujours mettre un pied dans l'eau pour se raffraîchir, et au passage éclabousser ses voisins de derrière. Les paysages défilent dans une langueur délicieuse. On admire au passage les embarcations de fortune, petites barques qui prennent l'eau et que l'on manie à l'aide d'une perche afin d'éviter les récifs. On a même vu des pêcheurs s'aventurer à pied dans les rapides de l'eau jusqu'à la taille. On assiste aussi à la baignade des buffles dont certains sont un peu albinos. Nous avons aussi pu contempler les orpailleurs qui tamisent patiemment les paillettes d'or éparses dans le courant. La seule chose que je n'aie pas réussi à arrêter en plein mouvement sur mes innombrables clichés, ce sont les gestes imprévisibles des pêcheurs qui lancent leur filet avec grâce et précision. Nous avons donc pris notre temps et suivi la course du soleil qui se reflétait sur l'eau et donnait aux montagnes, falaises, rochers, plantes et visages une couleur changeante.

C'est au coucher du soleil que nous avons atteint notre destination, émerveillés. Accueillis par les enfants à la baignade, nous avons grimpé les rives de la Nam Ou, sac au dos, afin de dénicher une petite auberge sur l'autre rive. Le Sun Set ne nous a pas fait bonne impression, matelas à même le sol dans une chambre minuscule, juste à côté de la pièce à vivre des hôtes, le tout dans un joyeux capharnaum où nul ne songeait à ranger, balayer, nettoyer. Nous avons donc pris nos cliques et nos claques et sommes allés plus loin, au Sun Rise, qui bien que très basique, nous a semblé plus hospitalier. J'ai quand même étrenné mon sac de couchage pour l'occasion, doutant de la propreté des draps, mais à vrai dire il faisait un peu sombre dans la hutte pour y regarder de près.

Après cette longue journée d'inactivité, j'ai proposé un petit tour en ville avant le dîner et nous avons pu constater que la principale animation de Nang Khiaw était son cinéma, vous entendrez par là une sorte de vidéo club pirate dans lequel on retrouve moult navets américains, dont le très célèbre la plage, le seul film à peu près regardable étant Indochine, mais j'avoue que je ne suis pas une grande fan de Cathernie Deneuve et que je l'avais déjà vu, donc une fois suffit. Amateurs de kung fu, je pense qu'il y avait de quoi faire, mais il faut supporter les multiples coupures de courant qui viennent ponctuer le visionnage de la vidéo, on a donc laissé tomber. Nous nous sommes rabattus sur le resto chic de la ville, seulement 6 tables dans un décor très stylé, genre cuisine nouvelle lao (ce qui veut dire pas grand chose à manger et cher pour le pays), mais très bon, et tenu par un occidental qui est tombé amoureux d'une laotienne et est donc venu s'enterrer au bout du monde. Enfin, il y a pire comme site où s'enterrer, la vue est magique, mais bon, pas folichon pour passer l'hiver (coupures d'électricité récurrentes, confort spartiate, et au niveau de l'animation, on a cherché désespérément le marché du matin, qui ne doit avoir lieu qu'une fois par semaine, on ne devait pas être là le bon jour, donc il ne vous reste plus qu'à visionner la plage et Indochne en boucle avec les coupures de courant, ou à vivre d'amour et d'eau fraiche).

Jour 8 : les grottes de Pha Tok
Nous rechaussons nos godillots pour une petite ballade de 7 km le long de la route, toujours au milieu des rizières et des montagnes. Nous ne sommes pas seuls sur le chemin car de nombreux écoliers pédalent sur leurs vélos et nous lancent à tout bout de champ des Sabai Di (bonjour en lao) excités. Nous faisons un petit détour à travers champs pour visiter quelques grottes à la lampe torche, suivis par deux jeunes guides qui espèrent récolter un petit pourboire, en plus de l'entrée des grottes que nous avons déjà payée. Ce fut notre seule escroquerie touristique du séjour, pour la modique somme d'un dollar par personne à régler en bakchich à nos éclaireurs. Nos petites grottes se sont avérées un peu sportives puisque nous avons dû descendre une échelle en bambou dont les barreaux étaient si espacés qu'il fallait presque faire le grand écart pour passer de l'un à l'autre, à éviter pour les personnes sensibles au vertige. Ce fut notre petite étape historique car cette grotte abritait un hôpital pendant la guerre. Une seconde grotte encore plus impressionnante, car extrêmement étroite et en colimaçon, menait au coffre fort de la banque du Laos, en ces périodes troublées. Une bonne planque. En ressortant, il fait toujours aussi chaud mais nous continuons notre route à la recherche d'une cascade. Faute de cascade, nous décidons de faire halte à un petit barrage de fortune fait de branchages, où les enfants pataugent gaiement, pêchant à l'aide de minuscules filets. La plupart sont tous nus et nullement troublés par notre présence. Ils se joignent même à nous pour partager l'ombre d'un abris. Nous regagnons Nang Khiaw après cette halte pour les 7 km du retour qui nous paraissent bien longs avec cette chaleur accablante. Heureusement, nous avons trouvé le meilleur cocktail lao pour nous raffraîchir à l'arrivée, le citron pressé avec de la menthe fraiche broyée en quantité, un régal. Nous avons aussi décidé de nous mettre à la coutume locale et de suivre les femmes et les enfants à la douche/baignade/lessive du soir. Nous avons repéré une petite plage en descendant de notre auberge qui est déjà prise d'assaut par une mamie et son petit fils, mais il y a de la place pour tout le monde et on fait trempette dans l'eau avec grand plaisir après avoir sué sang et eau tout l'après-midi. Pour ceux qui s'inquiéteraient des attaques de parasites, nous n'avons pas eu à en souffrir. On est partis du principe que si les locaux se baignaient à cet endroit là, c'est que c'était sûr. Enfin, par acquis de conscience, je suis quand même retournée dans ma hutte me faire un petit rinçage à l'eau du robinet (oui vous savez à l'ancienne, parce qu'il y avait juste un seau et un petit récipient pour s'asperger, donc pas vraiment une douche, mais ça fait l'affaire), encore que je suis bien persuadée que l'eau provenait directement de la rivière...

Jour 9 : de Nang Khiaw à Luang Nam Tha
Le lendemain, levés de bonne heure pour tenter désespérément de trouver le marché du matin et chopper un bus en partance pour le nord-ouest. On a fait chou blanc sur les 2 tentatives. On a donc pu à loisir admirer la brume matinale qui se levait sur les montagnes. J'ai aussi tenté de faire sécher mon livre de voyage parce qu'il m'était arrivé des mésaventures pendant la nuit. J'avais laissé tranquillement ma gourde à côté de moi sur mon lit pour pouvoir me déshydrater pendant la nuit, et j'ai dû faire une fausse manip en la rebouchant dans mon sommeil. Je me suis donc réveillée en plein milieu de la nuit avec l'étrange sensation, qui remontait à mon enfance, d'avoir fait pipi au lit ! Non, je vous rassure, je ne suis pas déjà incontinente, le goulot de ma gourde n'est plus étanche. Mon portable, qui me sert de réveil, et reposait tranquillement sur l'oreiller d'à côté, a survécu de peu à l'innondation. Mon duvet a été relativement épargné, même si j'ai dû me recroqueviller pour rester du côté sec. En revanche, mes 600 pages de Guimaraes Rosa, prévues pour résister à 2 fois 24h d'avion et d'attente dans les aéroports de Rome, Bangkok et Amsterdam, ont subi l'attaque de plein fouet. Elles ont même tellement apprécié cette petite baignade nocturne qu'elles se sont gorgées d'eau tant et plus. Mon occupation de la matinée a donc été de feuilleter les pages une à une pour tenter désespérément de les faire sécher. Peine perdue, au bout de 48h, la moisissure à commencé à ronger les 300 premières pages que j'avais déjà lues et le livre s'est fendu en plein milieu. Je n'ai cependant pas eu le coeur d'abandonner mon compagnon de route qui a pesé doublement dans mon sac...

Après ce petit intermède routardo-littéraire, nous avons enfin pu monter à bord du bus que nous attendions depuis 3h, pour nous rendre compte que celui-ci avait fait un petit détour en aval du village pour charger plein de routards peu sympathiques et 2 laotiennes franchement antipathiques qui ont squatté toutes les places du bus ! Christine et Matias ont donc atterri sur un bout de banquette à contre-sens de la route et moi compressée entre le levier de vitesse du chauffeur et un touriste transpirant comme une vraie fontaine, à la place du mort et sans ceinture de sécurité bien entendu. Et nous voilà partis pour 3h et demie de route à 30 à l'heure avec tournicotti tournicotta tout du long, des nids de poule tous les 5 mètres et une chaleur à crever. Mon pire trajet de tout le séjour, avec en plus une envie de faire pipi terrible ! Le chauffeur a fini par s'arrêter au bout de 3h pour la pause pipi, mais là pas franchement de buisson pour les filles, enfin, j'ai quand même réussi à m'éclipser, et j'en ai profité pour troquer mes baskets et mes chaussettes contre mes tongues pour le reste du trajet...

Arrivés à OudomXai, ville-carrefour, circulez il n'y a rien à voir, nous avions prévu de prendre un deuxième bus pour une route tout aussi longue, mais là il nous file sous le nez car le chauffeur a arnaqué une bande de touristes français qui ont payé le prix fort au lieu d'acheter leur billet au guichet, du coup le chauffeur a filé sans demander son reste afin d'éviter le conflit... On arrive à négocier avec le guichetier officiel de faire partir un deuxième bus sous condition de trouver 10 passagers, on arrive à se grouper 9 et on paye la place restante pour faire le compte . On repart sans avoir pu dégoter de quoi déjeuner car les abords de cette gare routière ne proposent que des chips et des gâteaux secs immondes que je me refuse à acheter. Christine et Matias peuvent survivre sans boire et sans manger pendant des heures sans même broncher. Fort heureusement la route est meilleure et on a de vraies places assises dans le bus. On arrive donc, une première, en avance sur le timing prévu (d'habitude il faut toujours rajouter une bonne heure par rapport à l'horaire annoncé, les Laos ont compris que si on annonce d'entrée de jeu 8h de bus ça fait peur aux touristes alors ils disent qu'il n'y en a que 6 à 7h, mais bilan on met bien 8h).

Au fait, j'ai oublié de préciser que la destination de cet interminable périple qui nous a pris toute la sainte journée (ami Sainclair bonsoir), c'était Luang Nam Tha. Et là vous allez me demander ce qu'il y a à voir à Luang Nam Tha, et bien en fait rien. Notre idée de départ c'était de reprendre encore un troisième bus (le lendemain) pour Muang Sing point de départ pour des randonnées de quelques jours dans la jungle et les tribus du triangle d'or (passage de l'Opium entre Laos, Birmanie et Thaïlande). Mais là j'ai un flash et je me rappelle que les amis de Laurence (mon ex-collègue et et voisine de bureau pendant ces 2 dernières années) qui sont partis au Laos il y a 4 ans m'avaient dit au téléphone avant mon départ qu'ils étaient partis de Luang Nam Tha pour faire un trek dans la jungle. Changement de programme, on est vite convaincus par le redoutable vendeur de Green Discovery, l'agence de trek écolo locale, et on réserve 2 jours de rando dans la jungle pour le sur-lendemain. On pose donc nos valises dans une charmante auberge après avoir refusé celle recommandée par le Lonely, la patronne a pourtant baissé son prix de 5 à 3 dollars la nuit, mais la douche au dessus des toilettes à la turque après notre voyage rocambolesque, c'était too much ! On a donc été chez le voisin à 4 dollars la nuit avec douche dans la chambre, un luxe pour le budget de nos amis backpackers en année sabbatique. Petite entorse aux économies.

Jour 10 : à vélo dans les villages de Had Yao et Lao Houei Bon, j'ai été un peu méchante quand j'ai dit qu'il n'y avait rien à voir à Luang Nam Tha parce qu'on a quand même passé une chouette journée à faire du vélo dans les rizières et les villages alentours. On est arrivé juste à point avant l'orage dans le meilleur restaurant du Laos, on a fait péter le budget avec une addition de plus de 10 dollars à nous trois ! On a donc admiré la pluie et les éclairs à l'abri en savourant de bons petits plats bien épicés. De retour en ville, on a fait un tour au marché avec ses étals de viande, ses poissons frétillants dans des bassines, ses paniers en rotin. Puis on a craqué pour des cafés laos et de bons petits gâteaux maison. Et là on a de nouveau essuyé un bel orage qui s'est transformé en grêle. Le toit en bambou a commencé à fuir, puis une vitre a cassé et on a aidé à tout barricader en attendant que ça passe. Avant de rendre les vélos, nous avons profité de l'éclaircie pour pédaler jusqu'au temple qui domine la ville et obtenir de superbes clichés à la lumière tombante.

Jour 11 : trek dans la réserve naturelle de la Nam Tha
Le lendemain, nous ne sommes que tous les trois pour notre trek. Il faut dire qu'après la pluie de la veille, on se demande ce que ça va donner de crapahuter dans la jungle... On a déjà connu la gadoue en Corse sur le GR20, alors on est équipés de nos capes de pluie, mais bon si on pouvait randonner au sec, ce ne serait pas de refus... On part sous la grisaille mais au sec. Ce n'est que de courte durée, la pluie est au rendez-vous et on essuie une petite douche raffraichissante. Nous sortons donc les capes de pluie et commençons les glissades sur l'argile rouge. Nos pantalons prennent donc des teintes barriolées. Seuls nos guides sont à toute épreuve avec leur petits parapluies dénichés dans la nature : ils coupent d'énormes feuilles pour s'abriter ainsi que des tiges de bambous qui nous servent de canne et nous évitent plus d'une glissade. Heureusement, la pluie n'est que de courte durée. Nous arrivons à notre halte de pique-nique sous un beau soleil et mettons nos affaires à sécher pendant que nous dégustons un délicieux poisson grillé, une petite sauce bien relevée et l'incontournable sticky rice, le tout présenté avec un art de la table étudié sur de grandes feuilles de bananiers.

Nous repartons par un chemin en descente qui après la pluie de la matinée nous réserve quelques unes de nos plus belles glissades, mais on commence à gagner en technique avec nos cannes en bambou (j'en ai demandé une deuxième et je peaufine ma technique de dérappage contrôlé, pieds parallèles, glissé pointé de bâton et hop on tourne, vous vous rappelez les bronzés font du skis ? et bien c'est assez similaire sauf que la neige ne laisse pas de grosses tâches rouges sur vos bas de pantalon et vos chaussures...). Nous arrivons fort à propos au pied d'une petite cascade qui nous permet de nous décrotter un peu les chaussures ! Nous longeons ensuite une petite rivière que nous enjambons à multiples reprises, ou passons en équilibre instable sur des rondins de bois, sauf quand nous mettons les pieds dedans (n'est-ce pas Christine), et là gare aux sang-sues ! Elle s'aggripent à nos pantalons et remontent le long de nos bâtons de marche. On en a plein partout, vite on remonte les chaussettes par dessus les pantalons, on est d'une classe ! Après un dernier plouf particulièrement réussi de Christine, nous arrivons sains et saufs mais crottés jusqu'à la taille dans un charmant petit village Akha. Nous sommes à moins de 50 km de la frontière chinoise et cette tribu parle une langue proche du chinois. Les faciès des habitants sont d'ailleurs plus ronds. Et c'est tous sourires que les femmes aux lèvres et aux dents rouges de bétel nous accueillent, les seins à l'air, portant sur leur dos de lourdes charges de riz. Pendant ce temps, les hommes sont occupés dans les plantations d'hévéas détenues par les Chinois, mais chaque fois qu'on les a croisés ils étaient plutôt à se la couler douce, à rigoler et à fumer, plutôt qu'à s'éreinter.

Après nos 5 heures de marche, on pose nos sacs dans notre grande hutte où notre guide s'affaire aux fourneaux (il a fait trois flambées dont deux à l'intérieur pour faire cuire notre dîner gargantuesque). Comme il refuse notre aide, nous décidons d'aller explorer le village. Nous croisons une marmaille criante et pleine d'enthousiasme qui nous réclame des photos en gigotant dans l'eau. Nous admirons le travail des femmes au métier à tisser. On nous propose même de la Lao Beer qui est arrivée jusqu'ici mais en l'absence de frigos, nous déclinons l'offre de bière chaude... Nous sinuons au milieu des cochons, des chèvres, des poules et des poussins et rejoignons notre hutte pour un fantastique repas. Nous goûtons à tous les plats. J'ai un faible pour les tomates fraîches aux épices. Et Matias fait un concours de Chipato (santé/cul sec) au Lao Lao (alcool de riz) avec un habitant du cru. Nous terminons la soirée par un massage Lao réalisé avec entrain par de jeunes villageoises qui se font récompenser avec des photos en posant très sérieusement (surtout ne pas sourire). La nuit se passe au milieu des courses de souris qui font un tintamarre du diable à travers toute la hutte et nous empêchent de fermer l'oeil.

Jour 12 : au pays des Akhas
Nous repartons de bonne heure, après une délicieuse omelette accompagnée de morning glories, pour visiter l'école où les enfants sont déchaînés. Le guide nous explique que les petites cabanes sur pilottis près desquelles nous passons sont de petits nids d'amour pour les jeunes villageois qui ont atteint la majorité et souhaitent un peu d'indépendance pour folâtrer avec de jeunes demoiselles. Nous repartons ensuite à travers la jungle accompagnés d'un Akha qui siffle pour attirer les oiseaux. En chemin nous admirons le soleil qui filtre au travers des arbres et fait resplendir le vert des bananiers. Nous apprenons à reconnaître quelques plantes médicinales très utilisées ici, le premier hôpital est à Vientiane, autant dire qu'il faut se débrouiller avec ce qu'on a sous la main en cas de soucis. Comment soigner le palus, la diarrhée et autres maux sévissant sous ces latitudes. Nous découvrons également de gros tubercules qui ont un jus allant du jaune au rouge en passant par l'orangé et qui servent aux teintures des robes des moines que nous avons tant admirées à Luang Prabang. Au sortir de la jungle, la chaleur devient plus accablante que jamais et le soleil nous frappe en direct. Nous longeons de magnifiques paysages de rizières et traversons une dernière rivière, plus large que les autres cette fois, si bien qu'il faut se déchausser et retrousser les pantalons pour traverser en glissant sur les galets. C'est là que je découvre que je n'aurais pas dû remettre mes chaussettes mouillées de la veille parce que mes plantes de pieds ne sont plus que deux grosses ampoules. Heureusement, il ne reste plus que trois quarts d'heure pour arriver au point de rendez-vous avec le tuk-tuk qui doit nous ramener à Luang Nam Tha. C'est un peu le supplice avant d'arriver mais une fois que le pied est chaud on s'habitue...

De retour à l'auberge, je laisse Christine et Matias repartir négocier le minibus du retour pour Luang Prabang, en sirotant un jus de citron à la terrasse. Les aubergistes sont en plein dîner et m'invitent à leur table pour boire une bière. J'accepte volontiers et commence à siroter tranquillement ma bière. Mais là mon voisin me fait signe que ce n'est pas la façon laotienne : il n'y a qu'un seul verre pour toute la tablée, et le principe c'est de le boire cul sec avant de le passer à son voisin. On tourne ensuite dans le sens des aiguilles d'une montre jusqu'à ce que ça revienne à votre tour, et ainsi de suite. Autant avec le Lao Lao, c'est raide, mais ça passe si on n'en abuse pas, autant avec la bière et les bulles, c'est une autre affaire. Mais politesse oblige je me prête au jeu en négociant tout de même de passer mon tour une fois sur deux ! Quand Matias et Christine reviennent de leur longue négociation, nous avons déjà vidé une bonne caisse de Lao Beer et je suis bien contente de céder ma place...

Jour 13 : de Luang Nam Tha à Luang Prabang
Après notre longue marche dans la jungle, je ne suis pas mécontente d'avoir une petite journée en minibus pour reposer mes orteils en regardant défiler le paysage avant de regagner Luang Prabang où nous faisons l'ascension du Mont Phousi juste à temps pour admirer le coucher du soleil avec vue sur le Mékong et les montagnes environnantes. Je suffoque un peu devant la horde de touristes qui sont au rendez-vous et je m'échappe vers le versant plus calme qui abrite une foule de Bouddha dorés et l'empreinte du pied de Bouddha lui-même que nous n'avons jamais vue. Notre dernière soirée à Luang Prabang a un planning bien chargé et minuté : après le coucher du soleil, shopping au marché de nuit, petit en-cas sur un stand végétarien dans la rue, puis on file au salon de massage avant la fermeture pour se délasser des courbatures du trek et du minibus !

Jour 14 : de Luang Prabang vers Paksé
De là, nous avions initialement prévu de faire 8h de bus pour aller visiter la plaine des jarres, mais on se dit que ça fait beaucoup de route pour voir un champs avec des pots en terre cuite, et Christine, qui est toujours pleine d'imprévu, calcule que si l'on se rend à Vientiane, on peut chopper un bus de nuit pour le sud du Laos et gagner ainsi du temps qui nous permettra de visiter cette région, ce qui nous avait paru de prime abord ingérable dans le temps imparti. Nous changeons donc allègrement notre plan et rempilons pour 6 heures de bus jusqu'à Vientiane.

Ici, petit quiproco. Alors que nous avions réservé nos billets la veille pour le bus, au moment de monter et de prendre place, le poinçonneur nous signale qu'il fallait faire un check-in au guichet de la gare pour échanger nos billets contre des places attribuées. Matias a donc gagné une place tout au fond du bus à côté des toilette, mais discute avec de charmants compagnons de route. Quand à moi, je cède ma place à l'avant à Christine, qui a mal au coeur dans les virages, et elle en profite pour taper la discute avec un Réunionais, qui fait également le tour du monde pour un an avec sa femme et son fils de 5 ans ! La route est longue et tourne tant et plus si bien que nous devons faire quelques pauses pour les malades, mais on arrive à bon port.

Cela nous laisse juste le temps de retrouver notre port d'attache à Vientiane, le café Wifi où nous tapons la discute avec un Français, qui a bien du mal à trouver ses mots après une nuit arrosée, et passe sa vie à voyager et à refaire la déco d'hôtels et de restos à l'occasion, histoire de trouver de quoi survivre. A peine le temps de se dégourdir un peu les jambes et hop, nous montons à bord de notre bus de nuit direction Paksé pour 11h de voyage, mais en ligne droite pour une fois et sans trop de nids de poule, ce qui nous permet de piquer un petit roupillon avant de voir se lever le soleil.

Jour 15 : de Paksé à Champassak
Arrivés à Paksé, nous posons nos bagages dans une auberge tenue par un charmant Chinois, qui parle un Français impeccable et nous donne une foule de conseils pour notre séjour dans le sud. Mais finalement, nous n'allons pas nous arrêter en si bon chemin, et décidons de nous armer de courage pour reprendre un bus/pick-up/tuk-tuk local avec les locaux pour gagner Champassak qui semble plus sympathique que Paksé pour passer la nuit. Nous attendons que le bus se remplisse de passagers et de victuailles avant de prendre la route. Et quand on croit que le bus est plein, en fait il reste encore de la place, et il semble que l'on puisse entasser un nombre illimité de passagers à bord de ces petits engins motorisés. C'est donc assis sur une demi-fesse que nous démarrons pour une petite heure de transport folklorique. Puis nous descendons du bus en pleine chaleur pour prendre le bac qui va nous permettre de traverser le Mékong. Tout cela est très couleur locale et il ne faut pas être trop pressé car on doit attendre que le bac soit plein de bus avant d'entamer sa lente traversée. Puis, il faut décharger de l'autre côté. De là, nous remontons à bord de notre bus. Enfin, moi comme j'en ai un peu marre d'être entassée à l'intérieur par cette chaleur, je reste debout à l'arrière sur le marche-pied, ce qui me permets d'admirer le paysage et les villages alentours, mais m'oblige à descendre à chaque halte pour laisser passer les passagers qui déchargent leurs marchandises.

Nous finissons par arriver à destination, et prenons juste le temps de poser nos sacs dans une auberge recommandée par notre ami Chinois de Paksé, avant de louer des vélos et affronter la chaleur accablante du sud du Laos, pour nous diriger vers le temple de Wat Phou classé au patrimoine de l'Unesco à 8 km de là. De prime abord, on se dit qu'on arrive sur un tas de ruine et que c'est une énorme entourloupe. On nous avais prévenu que ça ne vallait pas Angkor mais tout de même, on s'attendait à mieux. Mais en avançant, on découvre le paysage au fur et à mesure. L'architecture du site est faite de telle sorte que l'on découvre les degrés du temple au fur et à mesure qu'on les grimpe. C'est donc une sorte de passage inititatique au milieu d'une rangée de frangipaniers en fleur. Le site n'est pas exceptionnel en lui même, mais le paysage et la végétation qui l'entourent nous saisissent peu à peu et nous laissent sous le charme. Je mitraille donc tant et plus, avant de regagner l'ombre fraiche du petit musée, qui nous explique les spécificités de ce site khmer, qui mèle joyeusement Bouddhisme et Indouisme dans sa cosmogonie.

Nous ne pouvons pas repartir à vélo sous cette chaleur sans avoir fait une pause revigorante à base de régime de banane et de citrons pressés. Tous ces trajets nous avaient fait sauter la pause déjeuner et on commençait à se sentir un peu faibles. En regagnant Champassak, nous faisons une petite halte pour observer de jeunes moines en train de disposer de petits drapeau en préparation de festivités pour la soirée. Nous n'arrivons pas vraiment à nous comprendre mais ils semblent beaucoup s'amuser à tenter de répéter phonétiquement les mots que je prononce en Anglais avec leur petit accent Lao. De retour à l'auberge, je ne peux pas m'empêcher de piquer une tête dans le Mékong avec les enfants du cru. J'ai eu tellement chaud ! Après dîner, et malgré la fatigue après ces 48h éprouvantes, nous trouvons la force de retourner au temple où la fête bat son plein. Stands de nourriture en tout genre, attractions genre fête forraine, grande scène qui se prépare pour un concert live, et bien sûr les moines en prière pour l'inauguration du temple. La cerise sur le gâteau : un manège de cheveaux de bois, activé à bout de bras par deux hommes, petits mais costauds, pour le plus grand plaisir et l'émerveillement des petits. Christine et moi tombons de fatigue et allons nous coucher mais Matias reste pour assister au début du concert lao-rock. Je suis tirée de mon sommeil en sursaut par un aboiement dans ma chambre, juste le temps de réaliser dans un demi-sommeil qu'il s'agit d'un gekho , sorte de gros lézard très répandu dans la région, qui a la particularité d'émettre un cri à s'y méprendre avec celui d'un chien. C'est alors que je sens quelque chose sur mon pied, réflexe primaire, je balance un grand coup de pied pour éjecter l'intrus et j'entends un grand 'chpok' contre le mur. Je réalise un peu tard que c'est le pauvre gekho innoffensif qui vient de se faire un vol planné et probablement finir sa vie écrasé contre le mur de ma chambre ! Je rassure mes amis protecteurs des animaux, j'ai vérifié le lendemain matin et il s'était carapaté, je me suis sentie soulagée d'un gros poids sur ma conscience.

Jour 16 : de Champassak à Don Khône

Nous quittons Champassak de bonne heure le lendemain matin car un trajet hasardeux nous attend. En effet, il n'y a pas de bus officiel pour aller dans la région des 4000 îles sur le Mékong à la frontière avec le Cambodge. Nous prenons un tuk-tuk qui nous ramène au bac pour traverser à nouveau le Mékong puis nous dépose au lieu-dit "km 30", il s'agit d'un croisement de routes où quelques marchandes de pommes se ruent littéralement sur chaque nouveau véhicule en tentant de vendre leur marchandise. C'est aussi une sorte d'arrêt où l'on hèle les tuk-tuks en provenance de Paksé et qui se rendent dans le sud. Il faut donc arriver de bonne heure car il y a plus de passage et donc moins d'attente en théorie.

Au bout d'un bon quart d'heure, un tuk-tuk arrive complètement bondé or nous sommes 5 à chercher de la place à bord. Je me dis donc de prime abord que l'on ne va jamais tous rentrer, grossière erreur. C'était sans compter la capacité d'entassement et la possibilité de voyager sur le toit. Mais d'abord il faut franchir un obstacle de taille. 3 cochons sont enfermés dans des sacs de jute et suspendus à l'arrière du camion, si bien qu'il faut les enjamber si l'on veut rentrer dans le bus. Petites âmes sensibles s'abstenir, les droits de l'animal et Brigitte Bardot ne sont pas encore arrivés au Laos. Christine monte bravement au dessus des cochons qui couinent tant et plus à vous fendre l'âme. Là, j'ai vraiment un haut le coeur et je me dis que je ne vais pas pouvoir. Mais il faut se rendre à l'évidence, je n'ai pas vraiment le choix alors j'arrête de faire ma chochotte. Toutefois, je ne peux me résoudre à prendre les chochons pour marche-pied et je me contorsionne pour grimper sur le côté via l'échelle qui mène au toit.

Une fois dedans, je n'ai pas la place de m'asseoir. Je glisse une fesse sur le banc du milieu et place mes pieds tant bien que mal complètement de guingois entre des sacs, des bidons, les pieds d'autres passagers, tant et si bien que j'en perd mes tongues dans la mêlée. Qu'à cela ne tienne, c'est plus pratique pieds-nus et je les retrouverai plus tard. Le bus part, mais où est donc Matias ? Ne le voyant pas, nous supposons qu'il a atterri sur le toit avec nos bagages... Je réalise seulement à ce moment là en ouvrant mon guide du Routard que nous sommes partis pour deux heures de route dans ces conditions. Là dessus mon voisin de derrière se contorsionne tant et plus pour essayer d'allumer une cigarette avec un briquet qui se refuse à fonctionner. Au bout d'un bon quart d'heure il y parvient enfin empuantissant tous ses voisins mais au moins il a cessé de gigoter. Ensuite, il faut s'occuper des cochons qui couinent tant et plus parce qu'ils sont chahutés. Cahin caha, nous avançons sur la route.

Puis, au bout d'un temps qui nous semble interminable, nous quittons la route pour une piste. Et là, la situation s'aggrave, puisqu'en plus de la compression, la chaleur, la fumée de cigarette, nous avons maintenant droit à une poussière du diable. C'est tellement dingue que les locaux qui ont l'habitude ont emporté de petites serviettes éponges pour se couvrir la bouche et le nez et empêcher la poussière de les étouffer. Novices en la matière, nous nous contentons de fermer les yeux pendant les trois quarts du trajet et de nous mettre en apnée le plus longtemps possible. Nous bouffons néanmoins énormément de poussière, mes lentilles de contact sont complètement scotchées et menancent de ne pas tenir le coup, je ne parle même pas ne nos vêtements, visages, bras et jambes qui sont recouverts d'une épaisse poudre brune, quand aux cheveux ils ne ressemblent plus qu'à des paquets agglomérés de sueur et de crasse. Nous faisons une longue halte dans un temple qui se fait approvisionner en Lao Beer, eau minérale et autres boissons en préparation d'une grosse fête. Voyant que le déchargement va prendre un bout de temps deux Allemands et trois Italiens prêtent main forte bénévolement sous une chaleur éprouvante. Nous les regardons faire en se disant qu'ils sont vraiment cinglés surtout que quelques hommes du coin les regardent également faire les bras croisés ! Mais bon, ils ont droit aux remerciements et multiples courbettes de la destinataire qui semble très touchée de cette gentille attention.

Après une dernière petite étape sur la piste, nous sautons à bas du camion épuisés. C'est donc un peu contris que nous embarquons à bord de la pirogue qui nous emmène à Don Khône à l'extrême sud du Laos et qui fait face au Cambodge. Nous naviguons entre les 4000 îles sur le friselis de l'eau. Le soleil darde ses rayons et nous comprenons pourquoi nous nous sommes donnés tout ce mal. C'est si paisible de voguer à bord de la pirogue après notre interminable trajet en tuk-tuk. Nous admirons au passage les grands arbres qui surplombent le Mékong, les cocotiers, le sable blanc, les maisons en bois sur pilottis, le paradis quoi. Une fois débarqués, il nous faut trouver un gîte et nous jetons notre dévolu sur le premier venu car nous n'en pouvons plus de marcher avec nos sacs par cette chaleur. Le sud du Laos c'est vraiment un micro-climat tropical. Nous avons sauté l'heure du déjeuner et je décide de tenter le gâteau de riz pour changer un peu mon ordinaire !

Après une bonne douche pour nous décrasser de ce voyage, nous faisons un petit tour dans le village qui compte quelques anciennes maisons coloniales, une multitude de palmiers effilés plus beaux les uns que les autres, et même une carcasse de locomotive datant de l'époque où les Français avaient trouvé ce moyen pour faire circuler les marchandises sur cette étape du Mékong qui n'est pas navigable en raison de chutes d'eaux en aval. En nous dirigeant vers le pont sur lequel circulait la voie ferrée, nous découvrons une superbe terrasse qui sera notre port d'attache pendant ces deux jours sur l'île. Non seulement le cadre est splendide, mais ils servent du Pastis et des cocktails maisons fantastiques : Matias a testé le Lao Lao - miel - citron et moi le Pina Colada local (on remplace le rhum par le Lao Lao), tout ce qu'il nous fallait pour nous remettre d'aplomb. Le vent se lève et l'on admire l'orage qui arrive au coucher du soleil. Nous regardons les enfants barboter dans l'eau au pied du pont pour la douche du soir et commandons un excellent repas : nous n'avions pas encore goûté au red curry with pumpkin qui a marqué des points en se classant dans notre top 3 de la gastronomie lao très disputé.

Jour 17 : 20 bons km à pied sur Don Khône
Le lendemain, après une nuit quelque peu agitée entre le bruit de la turbine pour l'électricité, le croassement des crapauds qui ont annexé ma salle de bain et la crainte qu'on rentre dans ma hutte pour me cambrioler (les racontards des guides de voyage), nous sommes d'attaque pour visiter l'île. Nous partons pour 7km de marche sur l'ancienne voix ferrée pour atteindre la pointe sud de l'ïle d'où l'on a une vue superbe sur les îlots du Mékong et la rive Cambodgienne. De là, nous avons soit disant trois km à faire pour rejoindre un site de baignade. En fait, je pense que les Laos de l'île confondent les miles et les km parce qu'on a fait nettement plus que 3 km... Mais le site est également très chouette avec une plage et plein de petits rochers à escalader. Comme nous transpirons à grosses gouttes et que c'est la pire heure pour être en train de crapahuter au soleil, nous faisons une petite pause dans une hutte et je bois mon premier coca du séjour car il vaut mieux éviter les jus de fruits et autres boissons à base de glaçons sur cette île où certains aubergistes peu scrupuleux utilisent l'eau du Mékong que les touristes digèrent apparemment assez mal. Enfin, nous on a goûté à tout ce qui était possible et jusqu'ici nos intestins tiennent le choc. Il faut dire qu'avec notre régime riz-banane, le contraire serait surprenant ! C'est donc requinqués, que nous repartons toujours en pleine chaleur en direction des chutes du Mékong, après que Christine et Matias ont fait quelques brasses rafraichissantes. Là encore nous avons marché bien plus que la distance indiquée au milieu des bambous géants, des rizières à sec et des palmiers avant d'arriver aux fameuses chutes. C'est une très bonne surprise car elles sont beaucoup plus spectaculaires que ce à quoi on s'attendait. Une sorte de Grand Canyon miniature entouré d'arbres aux fleurs jaunes superbes. Quelques touristes téméraires se sont même aventurées à la baignade dans une sorte de jacuzzi naturel assez impressionnant. Nous nous contentons de les regarder d'en haut et de mitrailler le site qui nous plaît beaucoup. De retour au village, je fais un petit crochet par le temple qui est entouré d'un paisible jardin avec vue sur la rivière et les montagnes au loin. Nous avons bien dû parcourir 20 km mais je repars à l'autre bout du village pour nous rapporter quelques bananes pour un petit en-cas et en prévision du petit dej matinal que nous prévoyons de faire le lendemain.

Jour 18 : de Don Khône vers Vientiane
En effet, nous avons décidé de nous lever à l'aube pour aller voir les dauphins d'Irrawadi (des dauphins d'eau douce qui ont le nez tout cabossé). Au début, on n'y croyait pas vraiment, on se disait que c'était un mythe et qu'on allait surtout profiter d'une jolie ballade en pirogue au milieu des îlots, mais le pêcheur qui nous emmène nous fait descendre sur un bout de rocher à quelques encablures du poste frontière cambodgien en nous montrant du doigt l'horizon. Alors on plisse les yeux et on se concentre mais au bout de 5 bonnes minutes on ne voit que le clapotis de l'eau. Nous commençons à désespérer quand Matias repère un premier dauphin qui s'est pointé à l'horizon. Ce n'est pas évident à voir mais au bout d'un moment on finit par repérer leur trajectoire et surprendre quelques uns qui font de petit sauts pour reprendre de l'air. On a bien essayé de vous rapporter un cliché, mais tout ce qu'on a réussi à avoir c'est une grande étendue d'eau avec le Cambodge à l'horizon. Mais, vous nous croyez sur parole ?

Après une petite heure d'observation, nous regagnons le village et pressons le pas car nous avons réservé le bateau et le minibus VIP de 11h pour Paksé. Il était hors de question de se refaire le pittoresque voyage de l'aller. Nous prenons donc place à bord de notre bus climatisé pour une route beaucoup plus paisible et confortable. De retour à Paksé, nous nous précipitons à la banque pour refaire le plein de Kips car nous sommes à sec. Il faut dire que nous avons un peu de mal avec les horaires des banques (ça ferme à 4h de l'après-midi, c'est bien sûr fermé le week-end, et comme on est en vacances on a du mal avec les jours et les heures... moi ça ne fait que trois semaines que je suis partie et déjà je suis déconnectée, mais imaginez Christine et Matias qui vagabondent depuis 7 mois !). Nous profitons de cet après-midi pour faire un petit tour dans Paksé, petite ville coloniale avec quelques jolies maisons, comme d'habitude un petit temple au bord de l'eau, un marché où l'on cherche quelques gâteaux secs et des bananes, et puis finalement on essaye des sortes de muffins-beignets qui ont l'air bien appétissant et se révèlent être exactement ce qu'on pensait des muffins-beignets, pour une fois qu'on devine ce qu'on va manger ! Nous terminons par un petit apéro sur le toit de l'hôtel chic de Paksé où il y a plus de serveurs que de clients. On admire le coucher du soleil avec vue plongeante sur la ville qui est entourée de rivières sur 3 côtés et au loin les montagnes.

Nous sommes fin prêts pour notre dernière nuit d'aventure à bord du bus de nuit couchette. Nous espérions gagner en confort sur le bus de nuit de l'aller où nous avions voyagés assis, cependant le calcul n'est pas évident. En effet, le principe c'est qu'on est dans des lits superposés 2 places (donc on a un voisin). Pour Christine, c'est Matias, donc tout va bien. Pour moi, c'est heureusement un petit asiatique plutôt qu'un grand néerlandais, car le lit fait grosso modo 1,65 m de long et 30 cm de large. On tient donc tout juste côte côte. On ne peut pas se tenir assis car le plafond est trop bas. Et là je me dis que je ne connaissais pas encore mon voisin, mais qu'on va vite faire connaissance sur ces 11h de trajet en promiscuité !!! En fait, il s'est tout de suite endormi et ça a été un vrai problème quand j'ai essayé de l'enjamber pour aller aux toilettes. Je me suis vite retrouvée dans une position scabreuse avec les hoquets de la route et j'ai dû me résoudre à le réveiller si je ne voulais pas lui casser une jambe en m'écrasant sur lui. Bref, une folle aventure dont je me serai bien passée surtout que j'ai mis 10 bonnes minutes à chercher mes tongues à tatons dans le noir avec les à-coups du bus.

Jour 19 : dernière journée en solo à Vientiane

On a fini par arriver à l'aube à Vientiane, un peu groguis, à la recherche d'une boulangerie ouverte à 5h30 du mat... On a fini par revenir à la case départ, la boulangerie suédoise qui ne nous avait pas branché du tout, mais bon, il fallait bien poser nos sacs. On n'a pas tout perdu car ils avaient le journal de Vientiane en Anglais avec des nouvelles toutes fraîches du Tibet. Petit entrefilet pour préciser que le Laos soutenait la Chine et avec quel argument devinez donc ? Que les tibétains sont des va-t-en guerre qui compromettent la paix dans la région. Comme capacité à manier la langue de bois, on avait rarement vu aussi intéressant... Ce fut à peu près notre seul contact avec la politique communiste de tout notre séjour, à part ça on n'a pas eu à s'en plaindre.

Après avoir fait un dernier tour au bord du Mékong, Christine et Matias repartent pour de nouvelles aventures en Asie du Sud Est. Cap sur la Malaisie avec une escale à Kuala Lumpur puis Bornéo pour un peu de plongée. De mon côté, mon avion ne repart que dans la soirée, j'ai donc une petite journée en solo à Vientiane. J'en profite pour faire le grand tour des temples du centre ville et m'arrêter pour parler aux bonzes qui sont avides de pratiquer leur Anglais. Curieuse de découvrir la ville plus en profondeur, je loue un vélo pour me rendre sur les points d'intérêt éloignés du centre. Après avoir mis cap à l'Est, où se trouve le temple le plus populaire de la ville pour ses offrandes de fleurs orangées, je me suis aventurée au nord de la ville où je me suis un peu paumée (moins facile de se repérer tout en faisant attention à la circulation sans l'aide de Matias). Fort heureusement, une charmante jeune fille, à qui j'ai demandé mon chemin, a poussé la politesse jusqu'à démarrer sa mob pour me conduire au temple, qui était finalement en travaux. Sur la route du retour, alors que je prenais une petite rue afin d'éviter une grosse artère, je tombe à pic sur un immense marché que je désespérait de trouver. Je me remplis les mirettes de potirons, piments, gingembre, champignons, bananes, tomates multicolores, disposés avec art. Je repars vers l'Ouest de la ville, en prenant un chemin de terre qui borde le Mékong. La chaleur accablante m'oblige à faire une halte dans un bar en terrasse pour un dernier jus d'ananas pressé au prix scandaleusement élevé de 20 000 Kips soit plus de 2 dollars, près de 10 fois le prix habituel ! Je suis décidément dans le quartier chic de Vientiane puisque quelques mètres plus loin, j'aborde de petites allées bordées de magnifiques maisons avec jardin. L'une d'elles est un centre de massage que je convoite car le cadre est largement vanté par le guide du Routard. En effet, l'intérieur de la maison est charmant et décoré avec soin, mais les tarifs sont le double de partout ailleurs. Mes derniers Kips étant comptés pour le tuk-tuk qui doit me ramener à l'aéroport, je préfère enfourcher mon vélo pour un massage Lao dans un cadre moins sophistiqué. Je ne suis pas déçue, ma masseuse est vraiment très appliquée et met tellement d'enthousiasme dans ses pressions que j'en ai gardé quelques bleus en souvenir ! Après une petite décoction de fruits exotiques, qui m'est offerte et dont je rapporte un petit sachet, je reprend mon vélo pour un sprint à travers la ville car je suis sur le point de rater mon dernier coucher de soleil sur le Mékong si je ne pédale pas un bon coup. Je laisse mon vélo au bord du Mékong et cours pour descendre au bord du fleuve. Mais là, au milieu des bambous et des joncs, je me trouve nez à nez avec une mare infranchissable. Alors que je m'apprête à faire demi-tour, un Lao arrive par le même chemin que moi et me guide par des sentiers détournés pour arriver sur le sable. Là il rejoint sa femme et un ami pour le dîner du soir auquel il me convie. Maïs grillé au feu de bois et tournée de Lao Lao. Il m'explique pendant que nous admirons le soleil rougissant qu'il a son champs au bord du Mékong qu'il doit arroser chaque soir, en particulier son plant de cannabis... Nous avons donc passé un incroyable moment à discuter avant que je ne saute dans mon tuk-tuk en direction de l'aéroport.